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Les thérapies familiales systémiques

jeudi 16 mai 2019 par Lekien Laura

couverture du livre

Introduction

Qu’est-ce qu’une thérapie familiale systémique ?
Ce n’est pas parce que les thérapeutes rencontrent des familles qu’ils font de la thérapie familiale et systémique. Tout dépend de la façon de considérer la famille soit comme une unité à part entière ou alors de façon individuelle.
La thérapie systémique prend en compte la conception de la famille en tant que système. Le symptôme présenté par un membre de la famille est à replacer dans un contexte globalisant et circulaire.

L’élaboration du modèle systémique

La systémique s’est inspiré des philosophes et des autres courants psychologiques comme la psychanalyse, les neurosciences, la psychiatrie tout en ayant toujours une vision circulaire du symptôme.
Le courant systémique a voulu se distinguer des courants qui analysaient la famille sur un mode clivé, comme le bon ou mauvais parent…
En s’inspirant des modèles de cybernétique Wiener et le domaine de la linguisitque avec Korzybski qu’il y a eu un renouveau qui allait conduire à la naissance de la thérapie familiale systémique. On ne s’interroge plus sur l’individu malade isolément mais sur la relation de celui-ci avec son environnement.

Apport de la psychanalyse à la systémique
Il y a des liens étroits entre la psychanalyse et la systémique. Certains thérapeutes ont la double formation en systémique et en psychanalyse.
Freud donne le mérite de comprendre que le symptôme qui apparaît chez un sujet peut être ressenti comme une souffrance mais il y a aussi le sens donné à ce symptôme, il a une fonction pour le sujet. Ce dont la systémique s’inspire également tout en la replaçant dans un contexte plus large et circulaire.
Bowen en 1978 souligne que la théorie et la thérapie psychanalytique fournirent deux contributions irremplaçables. L’une basée sur l’origine des maladies psychiques et l’autre sur l’importance de la relation à la parole. Il y a également l’inconscient qui est intégré en psychanalyse.
Les choix affectifs sont en lien également avec nos histoires familiales.
La psychanalyse s’intéresse à l’intrapsychique. La systémique s’intéresse avant tout à l’inter-relationnel.

Principales critiques des systémiciens à l’encontre des psychanalystes
Les systémiciens estiment que s’intéresser uniquement à l’intrapsychique peut s’avérer réducteur. C’est important d’ouvrir à l’environnement qui entoure l’individu.

Principales critiques des psychanalystes à l’encontre des systémiciens
Les psychanalystes reprochent aux systémiciens de s’impliquer émotionnellement plutôt que d’avoir une position de neutralité. Or comme le démontre Selvini il est important pour un thérapeute d’être en contact émotionnel avec la famille pour pouvoir travailler avec elle.

Apports de la philosophie et de la logique

Apport princeps de la philosophie grecque ancienne
On s’intéresse à l’apport de la philosophie grecque à la pensée systémique. Le philosophe est celui qui « s’autorise à penser » et cherche à savoir où sa propre pensée peut le conduire.

La pensée héraclitéenne :
« La crise est ce qui précède le changement ». Héraclite se base sur l’idée d’évolution.

La pensée parménidienne :
Contrairement à Héraclite, Parménide est celui de la pensée du non changement. Pour lui c’est la stabilité qui est la plus importante. Cette stabilité est liée à la répétition. Parce qu’un phénomène se répète il prend sens et devient important.
Pour les systémiciens les deux visions se complètent. Il est important de repérer ce qui ne va pas dans une famille et de voir ce qui va et « tient la route ». Comme le Yin et le Yang.

Socrate
La pensée socratique engendre plutôt un questionnement, elle met la personne au travail plutôt que de lui donner une réponse. La pensée systémique s’enrichit également de ce concept. La célébration au « connais-toi toi-même » pourrait se décoder ainsi « je vais t’aider à savoir ce que tu sais, mais que tu ne sais pas que tu sais, et que je ne sais pas moi-même ».

Platon
L’œuvre théorique de Platon rassemble les œuvres d’Héraclite et de Parménide au sens où le monde est en perpétuel changement dans une certaine stabilité. De plus l’idée de la réalité est imparfaite puisqu’elle est subjective.
En conclusion, la pensée systémique est une philosophie en elle-même. L’individu ne peut se concevoir séparément. Il y a un rapport entre l’individu et son environnement.

Il est possible de parler sur le langage

Ecole Palo Alto : le Métalangage (parler sur le langage)
Russel  : la théorie des types (la classe des classes) : Seule une classe (une organisation à un niveau plus élevé) peut inclure l’ensemble des éléments qui la composent.

L’énigme logique et le paradoxe génèrent toujours l’indécidabilité
L’école de Palo Alto s’est intéressée à cette indécidabilité du destinataire pour eux qui est source de malaise. Ce qui peut engendrer une psychose.

Il ne faut pas confondre l’énigme logique et la double contrainte
Double contrainte  : deux messages envoyés sur deux niveaux différents. L’un contredisant l’autre.

Au cœur même de l’autoréférence
Ce que nous observons dépend de ce que nous sommes capables d’observer. Prendre conscience de sa propre autoréférence est le premier travail du thérapeute familial.

M. Elkaïm  : la théorie de l’autoréférence : ce que ressent le thérapeute renvoie non seulement à son histoire personnelle mais aussi au système où ce sentiment émerge  : le sens et la fonction de ce vécu deviennent des outils d’analyse et d’intervention au service même du système thérapeutique.

Apport des sciences de la communication

Communication = mise en commun langage + comportement verbal et non verbal

Langue, paroles et discours
Le langage est une forme de communication basée sur le message.
La langue est un produit social, un code de collectivité
La parole est la mise en œuvre de ce code par le sujet parlant
Le discours présente l’avantage de se placer à l’intersection du langage et de la parole.

Apport princeps de la linguistique
Selon l’école d’Oxford, il existe 3 catégories d’«  actes de paroles  »  :

  • L’acte locutoire  : le sujet énonce un discours selon les règles admises
  • L’acte allocutoire  : utilisé grâce à l’utilisation des conventions linguistiques (interroger, avertir, nier, etc.)
  • L’acte perlocutoire  : résultat de l’effet produit par les actes locutoire et illocutoire sur l’allocutoire.

Une phrase peut prendre un sens très différent selon le contexte d’utilisation. Certains mots sont chargés d’émotion particulière pouvant changer la signification : Connotation linguistique et sémiologie

Lasswell  : la communication est un processus d’influence et de persuasion -> réfléchir selon 5 questions (qui  ? dit quoi  ? par quel canal  ? à qui  ? avec quels effets  ?)
On distingue alors deux grands systèmes de communication  :

  1. La communication bipolaire  : met en relation deux éléments  : le récepteur et l’émetteur grâce à un canal
  2. La communication multipolaire  : met en relation un émetteur avec plusieurs récepteur (ou inverse)

Il n’est pas possible de ne pas du tout communiquer  !
Un processus de communication et un processus de représentation se croisent sur 2 axes

  1. Horizontal  : la communication
  2. Vertical  : la représentation

Le langage n’est pas une simple reproduction de la réalité. Disposition en triangle de Ogden et Richards  : distinguer IDEES (référence), MOTS (symboles) et CHOSES (référent).

Modèle de communication verbale de Jakobson :

  • Intérêt de mettre en évidence l’axe horizontal (pour les combinaisons) et l’axe vertical (pour les sélections).
  • Modèle uniquement pour la communication verbale et le couple dyadique émetteur-récepteur.
  • Insiste sur l’opposition métaphore / métonymie

Les différentes fonctions de la communication :
Bühler distingue 3 fonctions  : émotive, conative, référentielle
Jakobson distingue 6 fonctions  : référentielle (le contexte), conative (le récepteur), phonétique (le canal), émotive (centre la communication sur le destinateur), poétique (centre la communication sur l’énoncé du message), métalinguistique (code employé).

Les différents niveaux du langage  : multicanalité ou multimodalité de l’interaction
Bateson distingue 2 niveaux dans un message  : l’information et la manière dont il convient de prendre cette information. Tout message porte à la fois sur le contenu et sur la relation.
Suite à ces travaux, il existe deux grands niveaux à tout échange communicationnel  :

  1. Un axe discursif  : verbal digital, assure la dimension informative du discours
  2. Un axe de coordination  : prédominance non-verbale, analogique (émotions, gestes, etc.)

On a ensuite dégagé 3 axes  : verbalité, vocalité et gestualité permettent de comprendre l’énoncé total.
Cosnier  : «  la voie empathique  » : le corps sert d’instrument d’analyse des affects d’autrui.
Importance du corps dans les phénomènes d’interrelations langagières humaines.

Les trois axiomes  de la communication :

  1. Pragmatique  : on ne peut pas ne pas communiquer et on ne peut pas ne pas se comporter
  2. Syntaxique  : toute communication comporte deux niveaux, le contenu (indice) et le relationnel (ordre). Le second niveau englobe le premier
  3. Sémantique  : toute communication n’a aucun sens à priori. Elle a besoin d’un cadrage contextuel métacommunicatif.

Apports des recherches en sciences physiques

La cybernétique (science du contrôle) a contribué à l’origine de la pensée systémique.

Théorie générale des systèmes de Bertalanffy et cybernétique de premier ordre
La famille est comparée à un système ouvert, susceptible de présenter parfois des problèmes, équivalents aux symptômes  cette comparaison à la machine à amener les cliniciens à réfléchir davantage sur la notion de stabilité que sur celle de changement. Comment se fait-il qu’un symptôme perdure dans le temps  ? Que la famille ne trouve pas de solution  ?

Les principales propriétés formelles des systèmes ouverts à l’équilibre sont décrites de la façon suivante :

  • Totalité du système  : tout changement même mineur se ressent dans le système entier
  • Non-sommativité des éléments  : l’interaction constante des membres fait que les possibilités interactives du système se trouvent multipliées et non plus seulement additionnées.
  • Equifinalité  : le fait que le système forme un tout unique et cohérent a pour conséquence l’existence d’interactions spécifiques, codifiées. Cette cohérence interne n’existe que lorsque l’observateur étudie la finalité du système.
  • Homéostasie  : Don Jackson une famille s’autorégule de manière homéostatique. Le patient-désigné porte le symptôme de la famille entière. Le symptôme a un sens non seulement au niveau personnel mais aussi au niveau de la famille vue dans son ensemble.

Apport des recherches biologiques

Modèle de l’autopoïèse et cybernétique de second ordre
Cybernétique de premier ordre = description du système observé. On conçoit les choses sous forme de boite noire avec des entrées et des sorties d’information.
Cybernétique de second ordre se préoccupe du système observant. L’observation est participante. L’observation modifie, par sa seule existence, le système observé. L’observateur, ne peut voir qu’à travers sa propre grille de lecture.

Principales caractéristiques d’un modèle autopoïétique :
Un système est dit autopoïétique dans la mesure où il est cohérent, dynamique, ouvert à l’échange énergétique et communicatif, interactionnelle avec l’extérieur, autoproducteur et créateur. Mais avec des boucles internes, sans entrée ni sortie. Clôture opérationnelle.

Le fonctionnement familial est-il réductible à celui d’un système autopoïétique  ?
Il existe des différences  :
-* Les limites de la famille sont variables (nombre de membre, limites topologiques, etc.)

  • La famille n’est pas nécessaire à la survie de l’individu
  • Dans une famille normale, il n’est pas systématique d’observer une modification du fonctionnement global de la famille quand survient un changement important chez un d’eux.
  • La famille n’est pas un système autopoïétique mais un ensemble de systèmes autopoïétiques que sont les individus qui la composent.

Les différents modèles systémiques

Ce qui est important pour la pratique clinique personnelle, c’est de saisir la méthodologie qui a permis d’aboutir à ces modèles et de s’imprégner du courant de pensée qui est le plus en phase avec ce que l’on ressent soi-même

1. Ecole de Palo Alto et thérapies brèves

1.1 Contexte historique d’émergence de la pensée systémique à Palo Alto

  • Bateson, anthropologue : travaux sur la communication, concept d’autorégulation comportementale et mécanisme de feedback
  • Collaborateurs de formation différente (chimie, psychiatrie, communication sociale), étudiant des questions différentes (population de Nouvelle-Guinée, schizophrènes, relations entre l’homme et la machine…)

1.2. Théorie de la double contrainte

  • Dilemme : le sujet est confronté à un choix existentiel répondant à deux désirs opposés et complètement contradictoires
    Ex : le Cid, amour pour l’assassin de son père
  • Double contrainte : pas de choix adapté car les 2 messages ne sont pas sur le même plan
    Ex : une mère qui gronde son enfant en lui souriant

1.3. Techniques mises au point au Brief Therapy Center
Modèle théorique conceptuel de la thérapie stratégique

  • Le thérapeute doit avoir effectué un travail sur lui-même suffisant, lui permettant de se rendre compte de ses propres présupposés en matière de santé mentale
  • C’est le blocage dans une seule façon de voir les choses qui explique qu’il y ait problème
  • Le recours encore et toujours à la même solution inappropriée est finalement entretenu par les réactions du patient et son contexte relationnel. Une modification de comportement qui entretient le problème permettra une amélioration clinique.
    Grandes règles de la thérapie stratégique
  • Savoir avec qui on va travailler (individu ou famille ?)
  • Objectifs réels à atteindre dans un futur proche
  • Partir d’éléments concrets, empruntes à la vie quotidienne
  • Repérage minutieux des efforts déjà effectues
  • Le thérapeute a la maitrise du cadre mais adopte un profil bas

Grandes techniques stratégiques

  • Art du questionnement
  • Adoption d’une position basse
  • Non-renforcement des solutions déjà tentées

Techniques tactiques les plus fréquemment usitées en pratique

  • Injonctions comportementales : directives paradoxales
  • Recadrage (changement du contexte cognitif ou émotionnel)

2. Thérapies familiales intergénérationnelles

Idée de base : l’étude des problèmes actuels trouve un éclairage particulier à la lumière des conflits intériorisés dans le passé, en particulier familial

2.1. Théorie des systèmes familiaux de Murray Bowen

Importance de l’inclusion des familles d’origine dans le processus thérapeutique – description de ce que les individus font plutôt que ce qu’ils disent faire

Deux grandes variables du système émotionnel

  • Différenciation du self (self de base, solide, et pseudo-self, négociateur des relations avec autrui)
  • Angoisse : vécu lié à l’idée que l’on se fait d’une menace réelle ou imaginaire. Une relation a deux n’est stable que s’il n’y a pas trop d’angoisse. Sous l’effet du stress, on se tourne vers une troisième personne qui vient réguler (triangulation avec le tiers le plus sensible de l’entourage ou vers l’extérieur a la famille, police, services sociaux etc.)

Autres concepts fondamentaux

  • Transmission multigénérationnelle
  • Processus émotionnels dans la famille nucléaire
  • Position dans la fratrie
  • Processus émotionnels dans la société : parallèle entre les parents et la société (responsabilité) et entre l’angoisse de la famille et l’insécurité sociale
  • Applications psychothérapiques. L’étude de la famille élargie s’impose. L’objectif principal du traitement est le renforcement de la différenciation de soi individuelle ou systémique et la gestion de soi. Le thérapeute doit être conscient qu’il est utilisé par la famille. La différenciation ne s’opère pas en partant mais bien en restant et s’opposant.

2.2. La pensée de Boszormenyi-Nagy : la thérapie contextuelle

  • Psychothérapie familiale intergénérationnelle dialectique : le sujet n’arrive à se construire que par opposition à l’autre, d’où impossible d’imaginer une thérapie qui ferait fi du contexte familial
  • Contexte : ensemble des individus qui se trouvent dans un rapport d’attente et d’obligation ou dont les actes ont un impact sur l’autre
  • Motivations : légitimité constructive (bienfaisante et altruiste) et la légitimité destructrice (qui développe un vécu de victime)
  • Les 4 dimensions de la réalité relationnelle :
    1. les faits (réalité biologique, médicale, sociale…),
    2. la psychologie individuelle (fonctionnement psychique de la personne),
    3. la dimension transactionnelle des relations interpersonnelles (transactions et communication au sein de la famille, structures, règles etc.) et
    4. éthique relationnelle : loyauté, confiance, fiabilité, légitimité, équite SINON la relation se rompt ou se corrompt
    La question passe de « comment ça s’est mis en place ? » a : POURQUOI CA TIENT ?

Loyauté

  • On ne choisit pas d’être loyal
  • Relations symétriques ou asymétriques : la loyauté s’exprime de façon différente (dimension intergénérationnelle)
  • Loyauté clivée
  • Conflits de loyauté (entre loyauté verticale et horizontale)

3. Thérapie structurale (Montalvo et Minuchin)

Idée de base : relier les symptômes à des configurations relationnelles ou à des structures familiales dysfonctionnelles.

3.1. Axiomes fondateurs
Importance du contexte : la famille est un système social, l’individu doit s’y adapter et ses processus intrapsychiques en dépendent.
Retentissement personnel des changements collectifs : les changements dans une structure familiale contribuent à des changements dans les comportements et les processus psychiques internes des membres.
L’observation participante du thérapeute : le thérapeute fait partie intégrante du système qu’il observe.

3.2. Structure familiale :
Les interactions familiales ne sont pas le fruit du hasard, elles sont très structurées dans leur fonctionnement. Au sein d’une famille, les règles de fonctionnement sont précises et témoignent de 2 systèmes complémentaires de contraintes :
Système général : lois que l’on retrouve dans toutes les familles [loi de la hiérarchie (parent-enfant), loi des interdépendances (rapports d’autonomie entre conjoints)].
Système spécifique à chaque famille : il existe une sorte de contrat dont on ne connait même plus l’origine mais que l’on respecte.

La structure de la famille comprend des sous-systèmes (déterminés par âge, sexe, etc.). Ils permettent au système familial de se différencier. Il existe des frontières entre ces sous-systèmes, définies par des règles très précises. Celles-ci protègent les différents sous-systèmes.

3.3. Trois types de famille – Minuchin :

  • La famille idéale-adaptée : frontières claires, précises, durables et repérées par tous.
  • La famille enchevêtrée : frontières diffuses, autonomie individuelle insuffisante, sentiment d’appartenance excessif, fonctionnement de type centripète (famille tend à attirer ses membres).
  • Famille désengagée : frontières rigides, autonomie individuelle excessive, peu de sentiment d’appartenance, fonctionnement de type centrifuge (famille tend à expulser ses membres). Rem : dans une même famille, le degré d’étanchéité des frontières peut changer selon les circonstances d’évolution.

3.4. Applications thérapeutiques :

Deux étapes qui peuvent se chevaucher :

  • Affiliation : réduire la distance entre famille et thérapeute. Il se fond dans la famille et s’imprègne de son fonctionnement.
  • Restructuration : le thérapeute prend du recul par rapport à ce que la famille lui donne à voir. Puis phase d’évaluation où il précise des groupes familiaux (structure, sous-systèmes et frontières) et se lance dans la construction d’hypothèses de travail. Il fonctionne comme un constructeur de frontières.
    Le thérapeute aide la famille à trouver en elle-même, ses compétences pour élargir ses possibilités de choix et assouplir son fonctionnement.

Moyens techniques utilisés : la réorganisation spatiale (changer de place les personnes en séance), l’attribution de devoirs à la maison, utilisation des symptômes, manipulation de l’ambiance affective, etc.

4. Thérapie stratégique (Erickson, Haley, Madanes)

Idée de base : Approche pragmatique active et directive. Si l’on veut changer quelqu’un, il faut modifier ses perceptions, ses pensées. Notre comportement structure notre pensée et génère nos idées.

4.1. Approche stratégique en thérapie familiale :

Principes non spécifiques : C’est le contexte qui fait émerger le problème plutôt que le problème lui-même. Le thérapeute redéfinit le problème pour que la famille le voit sous un autre angle. Recours à des jeux, jeux de rôle, simulations, humour.
Principes spécifiques : Le thérapeute doit mener le jeu de manière active et directive en respectant les résistances de la famille.

Le 1er entretien est capital et est composé de 5 phases (Haley) : 1) Rencontre avec la famille, 2) Exploration du problème, 3) Phase interactionnelle (thérapeute invite la famille à parler du problème entre eux devant lui), 4) Fixer un objectif : contrat thérapeutique, 5) Définition des tâches (prescrit paradoxalement le symptôme et prescrit des directives à chacun des membres).

L’ensemble du traitement dure environ 10 séances. Le thérapeute compte sur la capacité de la famille pour résoudre le problème. Il les persuade en leur donnant des tâches simples à réaliser puis en renforçant leur confiance. Quand le symptôme a disparu, il continue le travail pour renforcer sa non-réapparition (phase de consolidation).

4.2. Grille de lecture originale d’une problématique familiale (PUSH) :
P (Protection) : symptôme = protection d’un ou plusieurs membres de la famille.
U (Unité) : le trio (qui permet des coalitions) plutôt que le duo.
S (Séquence) : repérage séquentiel des interactions familiales. Remplacer les schèmes comportementaux par des séquences adaptées.
H (Hiérarchie) : étudier les liens hiérarchiques permet de comprendre la dynamique des échanges.

4.3. Stratégie de la thérapie par l’épreuve : Lorsque les symptômes sont graves et invalidants, le thérapeute donne au patient ou à la famille, une tâche qui génère au moins autant de tensions que le symptôme lui-même  retrouvent leurs ressources.

5. Thérapie expérientielle - Approche empirique, a-théorique, non transmissible

Idée de base : Importance de l’expérience vécue. Ce que vit le thérapeute est aussi important que ce que vit la famille. Importance de l’expérience subjective de l’ici et maintenant et de l’intuition. Pratique de la co-thérapie.

5.1. Epistémologie personnelle de Whitaker :

  • Quatre phases importantes dans la prise en charge des familles : 1) la mise en place du cadre, 2) la bataille pour l’initiative (la famille choisit le sujet de discussion), 3) l’épreuve du travail (thérapeute tend vers le climax/l’équilibre), 4) la fin de la thérapie (retrait progressif des thérapeutes quand famille est prête à résoudre ce genre de conflit seule).
  • Concepts importants :
    La présentation paradoxale : Whitaker se décrivait lui-même comme un patient à ses patients. La famille était en position de l’aider et de trouver des outils pour résoudre en fait ses propres problèmes à elle.
    L’amplification thérapeutique : amplifier les règles dysfonctionnelles pour que les familles prennent conscience de l’inadéquation de ces règles.
    Le climax : Monter la tension émotionnelle chez les individus pour générer une situation de crise qui déséquilibre le système et permet de le faire repartir sur d’autres pistes de fonctionnement. Objectifs : libérer les sentiments profonds et aider à la communication entre les membres.

5.2. Epistémologie personnelle de Satir :
Concepts importants :

  • Basé sur un modèle holistique (l’homme est en harmonie avec la nature, l’environnement). Des interactions de toutes sortes doivent exister (entre lui et les autres, lui et l’univers, au sein de lui-même)
  • Réunion des parties : il s’agit de transformer ses mauvais côtés pour les utiliser de manière adéquate et utile.
  • L’absence de jugement de valeurs sur l’individu et les familles (existence d’un potentiel naturel de bonté et d’intégrité chez chacun).
  • Besoin d’affection de la personne (l’individu doit se sentir estimé, valorisé et aimé pour s’épanouir).
  • Perspective évolutive qui est fondée sur la croissance et l’épanouissement personnel. La maturation est l’état dans lequel l’individu est capable de se prendre pleinement en charge lui-même.
  • Complémentarité de la forme et du fond : le thérapeute doit autant tenir compte de la manière dont le problème est géré par la famille (= forme) qu’au contenu du problème (= fond).
  • Créativité des thérapeutes : faire vivre aux familles d’autres expériences que celles qui les ont conduites à la souffrance et les ouvrir à une nouvelle vision (utilisation de sculptures familiales).

6. Constructivisme et Constructionnisme – approches systémiques modernes

Idée générale : le savoir n’est qu’une construction de l’esprit. La connaissance ne peut être considérée comme la réalité. Le thérapeute aide chaque membre de la famille à approcher « sa » vérité en respectant celles des autres.

  • Co-construction de la réalité : aspect relationnel et social de cette construction intellectuelle et affective = conception systémique actuelle

6.1. Cinq postulats de la théorie constructiviste :

1. Le fait de percevoir modifie la perception elle-même : impossible de dissocier l’observateur de ce qu’il cherche à observer.
2. La réalité perçue est une interprétation construite par et à travers la communication : c’est grâce aux interactions communicationnelles avec le monde extérieur que nous pouvons nous faire une idée approximative de la réalité extérieure.
Constructivisme (quand le sujet a perçu la réalité, il la reconstruit individuellement dans sa pensée) / Constructionnisme (le sujet ne peut recréer seul. Il recrée avec les autres, par le langage. Importance de la narration pour reformuler).
3. La perception de la réalité est différente selon les individus : plusieurs points de vue permettent d’approcher la réalité. Chaque membre de la famille voit les choses à sa façon et chacun apporte sa pierre à l’édifice pour comprendre.
4. L’affectivité conditionne l’interprétation de la réalité : la perception des émotions exerce une puissante influence sur la faculté de raisonnement.
5. Chacun est enfermé dans sa propre construction de la réalité : théorie de l’autoréférence : chacun est enfermé dans son point de vue, dans sa façon de voir (subjectivité aveuglante).

6.2. Applications thérapeutiques :

Le processus de changement thérapeutique : le patient, la famille et le thérapeute discutent pour qu’ils puissent reformuler différemment leurs problèmes. Ainsi, ils se rendront compte que leur manière de résoudre leur problème n’est pas la seule.

Le thérapeute interagit avec le système. Sa stratégie sera d’amener la famille à trouver sa propre vérité en élargissant leur façon d’appréhender le problème. Important : le thérapeute n’impose pas sa vérité et sa vision.

Ecrit par :
Odile Drouguet
Laura Lekien
Laurence Rigal
Laetitia Velasti


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Les thérapies familiales systémiques

15 mai 2019
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