Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

Voyage en systémique

L’intervenant, les demandeurs d’aide, la formation

vendredi 12 avril 2019 par charlier Sophie

Philippe Caillé écrit de son livre qu’il aide celui qui s’intéresse à la systémique à y découvrir son propre parcours : « Marcheur, il n’y a pas de chemin. Le chemin se construit en marchant ».
Ce livre de 2008 fût d’abord un voyage pour l’obtenir car actuellement indisponible à la vente. Ensuite, il fût un partage de sens entre novices. Notre lecture s’est concentrée sur :
1. Dans le chapitre « Se penser thérapeute » :
Etudes de deux constructions du réel : thérapie systémique et Tai Chi Chuan
2. Dans le chapitre « Ceux que nous rencontrons » :
a. Les individus
b. Les familles

Chapitre : « Se penser thérapeute »

Philippe Caillé présente le chemin de la construction de la systémique à partir des découvertes scientifiques et de la complexité croissante des connaissances. De nouveaux constats apparaissent :

  • « Toute observation scientifique est relative à la théorie qui la cautionne ».
  • « Une théorie ne peut donc être objective, ni être une seule et suffisante explication ».
    Cette étude critique des sciences modernes (ce remaniement épistémologique) ouvre des passerelles avec la pensée chinoise d’il y a 1000 à 2000 ans. Cette pensée orientale dit, entre autre, que :
  • Chaque individu contient potentiellement en lui Dieu et l’Univers.
  • Toute connaissance commence par la prise en compte de sa propre nature par l’observateur.
    En terme scientifique occidental, cela se traduit par « toute observation scientifique est jugée sur l’effet qu’elle produit sur l’observateur et sur son entourage.
    Dès lors, Philippe Caillé introduit des concepts systémiques utiles à la thérapie. Il part de deux expériences concrètes, le Tai Chi Chuan et la thérapie systémique, pour y trouver des similitudes potentielles et d’éventuelles répercussions utiles pour se penser thérapeute en formation.

1. Concepts systémiques :

• Absolus cognitifs – « Allants de soi »
Toute observation faite par un observateur s’appuie sur une logique autoréférentielle de l’observateur. Cette logique autoréférentielle se construit comme suit :
Un niveau de croyance (mythe) renvoie à un niveau comportemental (rituel) et inversement. Une proposition est considérée comme « vraie » si le niveau mythique et rituel se valident réciproquement et autorisent ainsi l’apparition d’une logique de la déduction.
L’autoréférence créée des ensembles conceptuels stables : des absolus cognitifs c à d des évidences pour les gens qui les partagent. Exemple d’un prêt d’argent dont on attend le remboursement.
• Absolus culturels
Un certain nombre de propositions sont partagées par des personnes et constituent pour elles un absolu culturel. Celui-ci se réfère à un même absolu cognitif dont le partage non conscient créé un sentiment d’appartenance à un même groupe et donne une des limites invisibles de leur système. Exemple du code de la route.
• Sur logiques
Il existe par ailleurs dans la logique culturelle du grand nombre de personnes, d’autres absolus cognitifs qui délimitent des systèmes plus restreints appelés des sur logiques spécifiques qui singularisent. Exemple être un homme ou une femme.

2. Dans la thérapie systémique :

• Dans la réalité de la rencontre thérapeutique, plusieurs éléments importants sont à considérer : la chance et le flottement résultants de la rencontre de deux modèles cognitifs concurrentiels.
• Le modèle cognitif du demandeur : il veut être débarrassé des problèmes sans toucher à son identité actuelle ou sa sur logique qui définit les limites de son système : « l’anonymat ».
• Le modèle cognitif du thérapeute : il veut découvrir cette sur logique en introduisant un « invariant » pour ensuite découvrir les possibilités évolutives. Cela nécessite du demandeur d’accepter d’assumer son identité singulière. L’absolu du thérapeute est donc de rendre le demandeur actif dans le processus en lui faisant prendre conscience de lui-même.

3. Le Tai Chi Chuan et ses influences sur les méthodes de formation du thérapeute :

• Quelques définitions
CHI : l’énergie qui circule librement le long des méridiens, le souffle, le support, le pivot. TAI CHI : ce autour de quoi s’organise une circulation parfaite d’énergie. CHUAN : le poing, la force combative résultant de la circulation fluide de l’énergie chez le pratiquant.
Le Tai Chi Chuan est appelé « BOXE AVEC LES NUAGES » : cette pratique vise à développer la circulation de l’énergie dans le corps du pratiquant et en développer un contrôle conscient. L’apprentissage se fait par des exercices individuels (exécution régulière de la forme = méditation en mouvement) ou à deux (combat pour maintenir une complémentarité en toutes circonstances = invisibilité conditionnée par la recherche d’harmonie avec l’adversaire).
• Influences partagées
Philippe Caillé exprime l’utilité de partir de son absolu cognitif de thérapeute pour comprendre le Tai Chi Chuan. Une des logiques communes de notre « culture de thérapeute » est l’épistémologie de la réparation c’est à dire la « recherche de diagnostic et solutions, l’apport des modalités de transformations possibles ».
Pour le thérapeute en formation systémique, l’influence du Tai Chi Chuan est d’inviter à « apprendre les pas de danse et à aimer les danser », par le copiage de ce que fait le maître Tai. Cela amène l’apprenant à prendre conscience de son soi mouvant et adaptable : il développe alors des actions intuitives, spontanées où il existe un espace pour ses émotions et ressentis. Le Tai Chi Chuan nous apprend « qu’il n’y a que des choix dans la vie ». En effet, il existe 64 figures de Giving existentielles fondamentales dans la vie. Leur exécution régulière devient un rituel spirituel, une méditation en mouvement sur la perception de soi, du couple, de la famille etc. A partir de là, la systémique a inventé des exercices de formation pour construire le réel, pour travailler sur les allants de soi dans l’objectif de prendre conscience de l’évident qui limite les choix (et non plus pour réparer comme en psychanalyse).

Chapitre : « Ceux que nous rencontrons »

1. Les individus

Dans la pensée systémique, l’individu est inconcevable hors de la relation à l’autre et aux autres. Privé de la relation, l’individu n’existe pas car on ne peut rien dire sur lui, de lui, de ses qualités ou ses défauts qui ont toujours une connotation relationnelle. La qualité d’un système, quel qu’il soit, est toujours évalué sur les effets qu’il a ou aura sur ses membres, leur santé psychique ou physique, leur capacité à se représenter au monde, à se raconter une histoire cohérente de leur vie.
Les individus sont collectivement créateurs du système qui va les former en retour dans une constante dynamique dont l’évolution n’est connue qu’au fur et à mesure qu’elle se crée. L’individu tente donc d’influer sur le système qui le façonne à partir d’intuitions basées sur les nouveaux message qu’il en reçoit sans pouvoir être certain de la qualité des choix qu’il est toujours amené à faire avant d’en avoir constaté les effets. En systémique, nous voyons le vécu de l’individu à travers des systèmes auxquels il appartient nécessairement, à partir de trois facteurs :

  • Le vécu corporel et ses enseignements
  • L’utilisation du symbolique dans la représentation du soi au sein de la relation ;
  • La possibilité de construire un récit de vie porteur de sens.

• Corps et identité : cohérence, conflits et divorces
Une personne combine deux vecteurs d’information : le langage digital : ce sont les mots, il est rapide et efficace, il cloisonne (affirmation/négation, vrai ou faux) ; le langage analogique : c’est le langage du corps, il est plus nuancé et plus subtil, il nécessite une bonne connaissance de l’autre.
C’est par la combinaison de ces deux vecteurs que deux humains peuvent arriver à un savoir réciproque de la réalité perçue par l’autre et à la création d’une perception commune. Comment l’individu arrive à se servir de ces deux vecteurs puissants (la parole et le langage corporel) dans la construction de son identité ou en fait un piège de la communication ?
Dans une perspective systémique, il est naturel de considérer d’emblée le contexte de notre observation qui influera naturellement notre propre lecture de la situation. La parole exprime et le corps ressent, il n’y a pas de conflit en apparence, c’est un couple essentiel qui symbolise la nature duelle de l’homme.
En occident, il existe une longue tradition qui tend à accorder une préséance à l’esprit sur le corps mais cette division est artificielle car les deux peuvent ne peuvent exister l’un sans l’autre. Le retour à l’unité est essentiel dans toute psychothérapie comme dans tout rapport humain véritable. La présence dans une situation ne peut se concevoir sans que le corps et l’esprit y participent de manière cohérente.
La médecine psychosomatique reconnait l’homme comme système complexe dont la structure interne peut être perturbée si les échanges avec l’environnement, lui-même composé de systèmes complexes comme la famille, le lieu de travail, le milieu social, sont perturbés. L’objectif est d’établir une harmonie dans le microcosme qu’est l’homme. On peut intervenir au niveau du microcosme (sur l’équilibre intérieur de l’individu) mais aussi s’intéresser à ce qui se passe au niveau du microcosme en travaillant sur les liens familiaux, les liens sociaux et leur influence sur l’individu. Cette technique est plus efficace. Un axiome systémique est que si un élément d’un système relationnel se modifie, tous les autres éléments doivent également évoluer. Le système tentera donc toujours de s’opposer à la transformation isolée de ses membres car cette transformation met son organisation en crise. L’intervention sur l’ensemble du système peut rendre tous les partenaires conscients de la nécessité d’une évolution et leur faire accepter les impondérables de la crise.
Il existe plusieurs méthodes analogiques pour éclaircir le sens du double lien : les sculptures, la chaise vide, l’espace intermédiaire, le jeu de l’oie, les masques, l’équipe réfléchissante.
La technique de la sculpture : il s’agit de demander à la famille une représentation à travers la disposition des corps dans un espace, le modelage des physionomies et des postures, le jeu des rapprochements et des distances, la direction des regards. Le système humain devient conscient de la logique de son organisation, du lien autoréférentiel qui unit croyances et comportements spécifiques au système. La philosophie actuelle du système, sur lequel repose son sentiment d’identité, se trouve légitimée. Le système assume son absolu cognitif, ce qui gère le système à travers sa logique interne autoréférentielle, la croyance déterminant le comportement et le comportement prédicable confirmant la croyance. Cela rend possible l’émergence dans le système du désir de choix radicaux et de l’acceptation du risque lié à la mise en question de son absolu.

• Le symbolique dans le quotidien. Son importance en thérapie comme ailleurs
Nous pensons en symbole avant de penser en parole. Le jeune enfant construit sa propre notion du calme en associant la chaleur de sa joue au contact du sein tiède de sa mère. Il construit, au fil de ses expériences, des récits sans parole. C’est la logique symbolique qui est surtout lié à la perception de signaux traits physiques. Elle a un rapport direct avec les sensations corporelles et la motricité. Plus tard, avec l’apprentissage du langage, ces expériences pourront se raconter, sans doute en s’écartant de l’original et du caractère immédiat pour en faire un récit comparable ceux des autres, c’est la logique rationnelle.
Chez l’adulte, les deux coexistent et s’influent réciproquement sans pour autant se mélanger. On peut percevoir la logique symbolique à l’œuvre à l’intérieur d’un système abstrait de signe. Les rites observés se situent au niveau du comportement (phénoménologique), les croyances observées se situent au niveau du sens (symbolique).
Toute relation humaine stable possède un référent symbolique. Elle repose sur la revendication partagée d’un récit, d’une histoire qui s’inscrit dans une perspective de temps. Ce récit doit être important, crédible pour tous les intéressés. La relation humaine stable est fondatrice de notre identité. Nous existons en nous racontant à nous-mêmes et ce récit que nous faisons ne peut exister sans qu’il ne puise constamment dans les récits qui nous relient aux autres. Ce récit a une grande partie immergée qui appartient au symbolique qui dépasse largement le domaine du langage. Ce récit auquel nous adhérons, impose pour nous certaines conduites et induit certaines opinions (rituels et croyances). Ce que nous faisons valide ce que nous croyons et ce que nous croyons impose d’agir comme nous le faisons, le tout constituant une structure autoréférentielle autonome. Le récit comporte de nombreuses attentes mais pas de règles explicites pour les satisfaire. Il est un secret partagé, susceptible d’évolution. Il est le référent symbolique du système. Privé de référent symbolique, le système cesse d’exister.
Le travail du thérapeute sera celui d’un passeur, il les emmènera de la berge des mots à celle de l’action qui le découvre. Au cours de ce passage doit apparaître le référent symbolique qui légitime et authentifie le système. Celui-ci sera revisité afin que les protagonistes puissent prendre leur responsabilité dans sa genèse et décider de son sort. Ils peuvent le faire renaître ou décider d’en faire le deuil. Le passeur sélectionnera la meilleure barque parmi celles qu’il a à disposition, donc faire son choix parmi les méthodes d’entretien systémiques privilégiant l’analogique auxquels nous avons donné le nom d’objet flottant (Caillé et Rey, 2004b). Les barques à disposition seront la technique de la chaise vide, le blason, l’exploration par les méthodes de sculpturation, le jeu de l’oie systémique, le dialogue avec les masques, etc. Selon les cas, le passeur se contentera d’une seule barque ou il devra en changer en cours de trajet.

• De l’intérêt de bien pouvoir se raconter
Exister face à l’autre, c’est pouvoir se raconter. Toute relation n’existe et ne se maintient que par la construction d’un récit. Pour exister en tant qu’individu porteur d’expériences passées et de projet d’avenir, nous nous racontons continuellement à nous-même avec des mots. Ce que nous avons l’habitude de considérer comme étant une description fidèle de nous-mêmes, que la relation que nous entretenons avec notre entourage, n’est rien d’autre que la construction d’un récit, ou plutôt d’un assemblage de récits. Ces récits sont appelés les absolus relationnels. Absolus par le fait qu’ils vont tout à la fois expliquer et conditionner une relation, absolus aussi parce qu’ils échappent en grande partie à notre attention consciente et à notre réflexion critique.
Le récit autobiographique est une armure historico-narrative (car elle comprend le récit et l’histoire qui en est la source) qui conditionne à la fois notre vision du monde et notre identité. Il a une double fonction :

  • Une fonction cognitive qui nous donne les moyens de déchiffrer le monde en nous y situant
  • Une fonction identifiante qui donne un sens à notre vie.
    La structure de la totalité de cette armature historico-narrative est fort complexe car la multiplicité de nos points d’ancrages fait qu’il s’agit de plusieurs récits superposés. L’auteur utilise la métaphore de « l’oignon cognitif » dont les couches superposées correspondent aux différents récits qui nous représentent. Ces couches sont différentes en longueur et en épaisseur mais arrivent à s’adapter les uns aux autres pour former un tout cohérent.
    Les méthodes analogiques peuvent nous apporter une aide précieuse. Elles ne contestent en rien le récit autobiographique et elles mettent d’emblée le sujet dans une position de compétence puisqu’il peut rapidement contribuer au travail commun par l’apport de connaissances authentiques écartées de la conscience dans le récit autobiographique. L’histoire du sujet se trouve revitalisée par l’exploration du non verbal avec ses aspects subconscients ou purement sensoriels sans que soit contesté le récit autobiographique qui justifie la demande d’aide. Cette coexistence tacite sera préservé jusqu’au jour où le sujet lui-même, ayant repris possession des grandes lignes de son histoire, aura la force d’inventer un nouveau récit autobiographique, lui à nouveau adaptatif car relié à un passé et orienté vers un futur.

2. Les familles

La famille est un élément essentiel de notre identité que ce soit dans la réalité vécue d’un rapport constant ou par le besoin d’un récit à construire. Pour exister au monde, nous devons nous représenter ce que nous avons reçu et ce que nous transmettons. En devenant parent, l’individu devra avec son conjoint, inventer des rôles de parents sans pouvoir se fier à des modèles reproductibles car la société évolue vite dans les valeurs qu’elle impose. La famille actuelle doit fournir des efforts pour élever des enfants et leur transmettre des valeurs dans un monde incertain.

• Etre parents aujourd’hui. Performance d’un rôle ou vécu d’un état
Les transformations du dernier demi-siècle ont eu un impact dans le microcosme familial. Nous vivons actuellement une crise transitionnelle où nos jugements essayent de légitimer en même temps deux modèles de sociétés qui sont inconciliables.
La mythologie de la société occidentale traditionnelle où l’homme s’inscrit dans une relation de dépendance (à sa famille, à sa classe sociale, à une morale religieuse) pour se donner du sens. Pour obtenir une identité reconnue, l’individu doit se soumettre ou s’exclure de l’ordre dans lequel il naît (réalité omniprésente du lien social). L’individu prend signification au sein d’un ensemble plus vaste. Objet de prescription, il sera récompensé dans sa persévérance à l’obéissance. Les autres, s’ils lui sont proches, représentent une obligation de soumission, de protection, de solidarité.
La mythologie de la société occidentale postmoderne où le choix personnel pur est dégagé de toute influence du milieu et libéré des tabous (réalisation individuelle singulière). Les choix propres créent l’obligation d’en faire. Il en résulte une dépendance occulte de satisfactions accessibles. L’individu doit se créer une identité dans des choix réussis notamment via la préconisation médiatico publicitaire. Les autres représentent des choix faits par le sujet en tant que possible objet de satisfaction et le sujet se propose lui-même comme objet de satisfaction. Les relations sont basées sur la séduction. L’individu n’a de valeur que s’il reste désirable et désiré.
Dans le monde de la famille postmoderne entrent en compétition, une mythologie du devoir où la récompense est à attendre dans la reconnaissance d’autrui et l’acceptation sociale, et une mythologie qui sacralise la réussite individuelle.
Dans la famille néo traditionnelle, c’est l’enfant qui crée la famille à partir d’un couple. Dans la constellation affective, c’est l’enfant qui engendre la famille par son existence. La famille a aujourd’hui principalement et essentiellement une fonction d’initiation cognitive. Elle reste une des constructions mentales, absolus cognitifs, dont nous avons besoin pour nous sentir individu à part entière (récits cognitifs - oignons cognitifs). La famille doit fonctionner comme un système vivant, une structure devant créer du sens pour les personnes qui l’ont conçue et aussi pour celles qui y viennent au monde. Les membres de la famille partage un même récit structurant (absolu cognitif) qui a une fonction identitaire et une cognitive (réalité du système à un moment donné). La vraisemblance du récit structurant repose sur le renforcement réciproque entre une idée et certains comportements rituels. La relative autonomie cognitive entraîne une certaine logique propre au système : sa métalogique ou sur logique.
Dans la famille néo traditionnelle, le mythe est de reconnaitre un couple parental unique, considéré comme permanent, qui a comme référence deux couples grands-parentaux. Ce mythe insiste sur la transmission de l’adulte à l’enfant de valeurs, de traditions qui maintiennent l’identité de la famille à travers les générations. Il existe une solidarité du groupe familial, une préséance du groupe sur l’individu. Le rituel va privilégier l’exercice de l’autorité des parents sur les enfants avec, à partir de la puberté une contestation progressive. Il en résulte une claire distinction de statut entre parents et enfants formant deux sous-groupes très distincts (tabou officiel fort de l’inceste physique et affectif). Dans la métalogique opérante, les choix individuels se font dans l’intérêt du groupe avec une valeur importante au sacrifice et renoncement. La priorité est donnée aux projets à long terme.
Dans la constellation familiale, le mythe se construit essentiellement autour de l’enfant. Il est le projet et l’espoir de réalisation. Il porte souvent la responsabilité implicite de donner un sens à la vie de ou des adultes. La présence de l’enfant peut entrer en concurrence avec l’investissement dans une relation de couple. L’individu peut entreprendre deux projets réparateurs : être partenaire d’un couple et être parent (fonction similaire comme support de l’identité). Dans ces nouvelles structures où il n’existe pas de rapport logique entre le lien existant dans le couple et le lien unissant l’enfant à un adulte, ces deux relations peuvent être par leur fonction de même nature et entrer en compétition (l’interdit de l’inceste n’y est pas quelque chose d’évident). Le fait que l’enfant fonde la constellation affective lui donne des pouvoirs accrus. Il y a un aplatissement et une démocratisation de la structure pouvant aller jusqu’à la parentification. Le système opère sous le signe de la fonctionnalité (satisfactions des attentes de chacun). Dans la métalogique opérante, les valeurs sont l’individuation et l’authenticité.
Les deux types de familles semblent peu respectueuses des besoins de l’enfant qui sont essentiellement la nécessité pour lui de se construire un récit fiable de lui-même. L’enfant doit avoir connaissance de ce qu’il est pour pouvoir construire avec suffisamment de confiance un récit autobiographique.
Le parent de demain doit imaginer un compromis entre deux mythologies contradictoires. Un nouveau mythe de la famille et de la société sont à inventer. Etre parent aujourd’hui est souvent une « recherche par l’action » tentant de garder le meilleur des deux mythologies qui protégerait l’individu sans lui ôter la possibilité de développer ses dons propres.

• Fratries sans fraternité
La fratitude est un nouveau terme qui permet de représenter les conditions caractéristiques de la fratrie. Ceci dans le but de différencier le concept sociologique de « fratrie » avec le concept moral de « fraternité ». Le concept de fraternité suppose la prise en compte et le respect de l’autre. Vivre en état de fratitude, c’est faire l’expérience d’une condition existentielle qui nous est imposée et dont on peut envisager les conséquences pour l’individu.
Le mimétisme entre les membres de la fratrie est prescrit. Ils doivent se mesurer les uns aux autres puisqu’ils se reconnaissent d’une certaine façon semblable. Il leur est également interdit de le faire puisqu’en définitive, ils ne doivent pas l’être. La violence des frustrations imposées par le double-lien est compréhensible puisqu’il existe un enjeu de taille dans cette rivalité complexe, le regard admiratif des parents. Le rapport de fratrie est toujours concurrentiel et en attente d’un jugement extérieur. Les fratries heureuses seront celles où les frères arrivent à se différencier à tel point qu’ils ne sauraient plus entrer en concurrence directe les uns avec les autres. Afin de résoudre le double-lien à l’intérieur de la fratrie, il faudra une sortie de la fratitude par le haut. Il s’agira de reconnaître et d’utiliser de façon constructive les potentiels de différenciation qui existent au sein des conflits inévitables. On ne peut éviter de jouer, de s’opposer, de mesurer ses forces au sein d’une fratrie. Mais en fonction de la nature du jeu qui se joue, la finalité sera différente. Si les joueurs jouent pour gagner, le jeu se répète et les frères deviendront ennemis (jeu fini), empêchant la fratrie de se dissoudre. Si les joueurs jouent pour poursuivre le jeu, ce jeu deviendra évolutif (jeu infini) et conduira à la dissolution de la fratrie ce qui permettra de passer de la fratitude à la fraternité.
Dans le jeu infini, on voit les traits d’un système évolutif apte à s’auto-transformer. L’absolu relationnel, le plus un d’une famille est un partenaire actif de la relation. Le récit de la relation dans l’instant présent est un absolu relationnel. Rituels et mythes, les deux niveaux de l’absolu relationnel du moment, sont essentiels pour faire exister le système et lui donner une stabilité. Mais leur fonction est aussi de lui permettre d’évoluer en découvrant de nouveaux rituels et de nouveaux mythes. Un système humain qui veut survivre ne peut se donner pour but de pérenniser certains rituels et certains mythes. Ainsi, le concret observé, le fait brut survenu doit toujours avoir priorité sur l’abstraction et pouvoir la remettre en question (…)
Pour être compris, un système familial, dont l’intérieur est en équilibre dynamique, se doit d’être appréhendé de façon concrète et comme un ensemble complet. Une compréhension systémique satisfaisante devra ainsi prendre en considération les rapports entre plusieurs générations de la même famille (…)
« La rencontre thérapeutique doit permettre une évolution dans la vie du thérapeute si elle doit avoir ce même rôle dans celle de ses clients » Philippe Caillé.


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