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Commentaires à l’étude de cas du petit Jean. Isomorphisme et changement

jeudi 2 avril 2020 par Dessoy Etienne

COMMENTAIRES A L’ETUDE DE CAS DU PETIT JEAN.
ISOMORHISME ET CHANGEMENT [1]

par E.Dessoy.

Le début du traitement institutionnel du petit Jean a mis évidence l’importance de l’ambiance et l’opportunité offerte au thérapeute de modifier une dimension aussi évanescente en provoquant des changements surprenants. Elle a permis aussi de cerner la manière dont l’institution répète une partie essentielle de l’organisation familiale - celle précisément qui maintient le patient dans son état de malade -, répétition dont la notion d’isomorphisme rend compte.

Sous le couvert d’une simple étude de cas, l’histoire du petit Jean décrit un modèle généralisable à bien d’autres situations. Les commentaires de ce chapitre l’explicitent davantage en soulignant les étapes de la démarche qui conduit à la description d’un diagnostic psycho-sociétal liant le patient, sa famille et son institution.

Cette première démarche est le prélude d’une autre : une action thérapeutique en prise avec le diagnostic psycho-sociétal. Nous la construirons plus loin dans le syllabus en nous aidant du concept de rite de passage.

 1. L’ORGANISATION DE LA FAMILLE DU PETIT JEAN.

 1.1 De l’importance de l’ambiance dans la conduite d’un entretien.

Au début du premier entretien familial, l’ambiance est froide et le contact distancié. La femme prend toute la place et le mari s’installe à une certaine distance d’elle dans une position de figurant. Nous nous demandons comment modifier l’atmosphère de telle façon qu’une proximité puisse aussi se vivre. La mère résiste à collaborer, à répondre à nos propositions et le père ne dit rien ; il donne la consigne implicite que sa femme est la seule interlocutrice valable.

Un subterfuge, suggéré par les habits des parents, parvient néanmoins à amorcer un changement de climat. Lorsque les parents se mobilisent et montrent à la thérapeute leurs souhaits vis-à-vis des éducateurs, ce n’est pas en tant que parents qu’ils le font, mais sous le déguisement imaginaire de l’habit de l’éducateur. Dès ce moment, en crescendo, ils remobilisent le contact vers des régions plus chaudes et conviviales jusqu’au point culminant d’un contact fusionnel qui unit l’ensemble de la famille sur la moquette.

Si, dès le départ, nous avions accepté leur proposition implicite de vivre durant toute la séance un contact distancié et froid, il est très probable que nous n’aurions pu engager un traitement de l’enfant avec la collaboration de la famille : nous aurions nous-mêmes amplifié la distance et suscité, à notre tour, des interactions antagonistes qui auraient abouti à une rupture du dialogue et à la conviction que cette famille était rigide et incapable de collaborer.

Cette expérience fortifia l’idée qu’il est possible de modifier des ambiances et la nature du contact qui s’éprouve au départ d’une relation thérapeutique.

Six mois plus tard, nous observons une transformation radicale de la manière de prendre contact en famille : Jean court dans les bras de sa maman qui l’accueille chaleureusement tandis qu’elle continue à parler avec la thérapeute ; le papa est tout à fait impliqué dans les relations avec son fils et sa femme.

 1.2 L’analyse du milieu familial à l’issue du premier entretien.

La mère et Jean.

Dès les premières minutes de l’entretien, la mère induit une ambiance froide et hostile qui se poursuit lors du récit épouvantable des repas qu’elle donne à Jean. Comme dans un film, les images du pugilat mère - enfant se déroulent et l’analyse des interactions est aisée : elles sont constamment antagonistes. Nous constatons donc une association entre une rupture du contact dans l’atmosphère mère-enfant et une interaction antagoniste au niveau de l’éthique (cf. tableau2).

Au-delà du contact, la question se pose de savoir à quelles représentations, à quelles valeurs, bref, à quelles croyances se réfèrent les comportements de la mère avec son enfant.
Au terme de la première rencontre, une réponse définitive est prématurée. Néanmoins, une hypothèse fait surface : la maman veut absolument que son fils apprenne à manger comme un garçon de son âge.

Le père et Jean.

Comme les thérapeutes, le père participe à l’ambiance impulsée par la mère. Il ne dit rien, ne contredit pas son épouse ; tout, dans son attitude, nous fait croire qu’il est parfaitement en accord avec elle. Il nous dit mal connaître son fils et, si nous voulons en savoir davantage, nous devons nous adresser à sa femme (« suivez mon regard », semble-t-il dire).

A première vue, rien ne semble distinguer le père et la mère, ils s’efforcent de nous montrer un accord parfait. Et pourtant, quand le père se lève pendant le récit horrible de son épouse, quand il prend le biberon dans le sac à main et qu’il installe Jean sur ses genoux avant de lui donner le biberon, que fait-il de si incompatible avec le discours de la mère qui expliquerait que nous n’avons pas pu voir cette « merveilleuse » scène ?
 [2]2 Nous renvoyons au tableau figurant dans l’étude de cas.

Durant la prise du biberon, la caméra nous révèle une position idylique dans laquelle tous deux vivent une ambiance fusionnelle et des comportements essentiellement complémentaires (cf. tableau).

Les représentations que les parents ont de leur enfant.

La première partie de la séance permet de poser une hypothèse quant aux représentations que les parents ont de l’enfant. La séquence du biberon laisse penser que le père se représente Jean comme un tout petit enfant, un vrai bébé, tandis que la mère, voulant le faire manger à table avec un couteau et une fourchette, semble avoir de Jean la représentation d’un grand garçon capable de manger proprement.

Si tel est le cas, il s’agit de deux représentations clivées de l’enfant, d’un côté un bébé et de l’autre un grand garçon. Dès lors, Jean est défini de manière antinomique : en devant être à la fois bébé et grand garçon, il est pris dans un paradoxe sémantique.

La situation nous fait penser à un autre premier entretien familial où la maman est très heureuse que l’institution accepte son enfant car, dit-elle,
« il y a une bonne pédopsychiatre qui ne manquera pas de donner à ma fille un traitement médicamenteux dont elle a toujours manqué ». Tandis que la mère parle, le père opine de la tête, faisant comprendre qu’il confirme les dires de sa femme.
Pourtant, vingt minutes plus tard, le père manifeste sa satisfaction que son enfant fréquente notre institution car « il y a de bonnes éducatrices qui s’occuperont enfin de ma fille ». Pendant qu’il parle, sa femme approuve de la tête.
Un intervenant non averti comprend que le couple est en parfait accord sur la question de placer leur enfant dans cette institution-là. Ces deux discours sont évidemment noyés dans l’ensemble de la séance où beaucoup de sujets sont abordés et l’intervenant peut ne pas remarquer les représentations antinomiques que le couple se fait du traitement à donner à l’enfant et des mises en scène antagonistes que ces croyances ne manqueront pas d’entraîner par la suite.

En effet, lorsque la mère croit que son enfant a besoin de soins médicaux, elle opte pour une conception uniquement biologique du problème, elle évite ainsi la culpabilité que des générations de psychologues et psychiatres ont engendrée chez les mères de ces enfants, en leur faisant comprendre qu’elles n’ont pas été adéquates dans l’éducation qu’elles leur ont donnée. Quant au père, il opte pour une conception exclusivement relationnelle du problème et, en étant heureux de la prise en charge de son enfant par des éducatrices compétentes, il accuse implicitement sa femme d’avoir été une mauvaise mère.

Cette antinomie n’est jamais révélée par les parents, au contraire, elle se dissimule sous le couvert d’une complémentarité rigide. Hélas, si l’institution ne débusque pas l’antinomie (non pas nécessairement pour en faire état au moment même, car sa révélation serait sans doute trop sauvage et inutile dans ce premier temps du traitement), si elle la fait sienne, il ne faudra guère de temps pour que l’antinomie soit reprise à l’intérieur de l’institution en créant des conflits sur la nature du traitement à donner à cette fille.

Une telle situation paralyse le développement de l’enfant.

La présence continuelle d’une antinomie sémantique dans les représentations parentales bloque le développement de l’enfant. Pensons à notre propre développement.

Le paradoxe sémantique (ou antinomie) est l’un des trois paradoxes inhérents à la nature humaine , il est présent dans la construction d’une psycho-sociopathologie (cf. le chapitre du présent syllabus « Croyances et double lien »).

Si nous avons pu grandir et devenir tels que nous sommes, nous le devons surtout au fait que nos parents ont eu, et gardent encore de nous, des représentations relativement communes. Bien que les parents n’aient jamais exactement la même représentation de leur enfant, une partie importante de celles-ci se recouvre et c’est à l’intérieur de ce tronc commun que nous avons construit notre identité.

Parfois, le recoupement fait défaut : « vois ce que ta fille a fait ! », dit l’épouse à son mari. A d’autres moments, l’époux dit à sa femme : « ta fille est encore sortie hier soir… ». A ces moments-là, il n’existe plus de représentations communes de l’enfant, une antinomie passagère surgit jusqu’au moment où l’enfant se hâte de retrouver une définition univoque de lui-même.

Jean ne vit pas la même situation : les définitions qu’il reçoit de lui ne s’inscrivent jamais dans une représentation commune. S’il tente de correspondre tantôt à une définition, puis tantôt à l’autre, il ne faut pas s’étonner de le voir se comporter de façon si étrange.

Les croyances antinomiques des parents, renforcées constamment par les attitudes de Jean, s’incarnent dans les comportements que chaque parent met en scène avec son enfant (éthique) et elles s’éprouvent dans les ambiances que les comportements suscitent ; en ce sens, l’ensemble des foyers organisateurs du milieu familial sont modifiés.

Ainsi, le récit du repas met en scène un antagonisme profond qui induit une rupture de contact, tandis que la scène du biberon montre une parfaite complémentarité qui induit un contact fusionnel. Le reste du temps, dans la première partie de la séance, Jean tourne en rond, comme une âme en peine, sans que quelqu’un le concerne. Il éprouve là une rupture majeure du contact et parfois une fusion sans qu’il puisse de lui-même éprouver les tendances intermédiaires.
Cette constante configuration du contact où Jean opère un saut de la rupture à la fusion, sans éprouver les régions intermédiaires du contact (cf. tableau), cette configuration signe une psychopathologie et certains psychanalystes parleront de lui comme d’un enfant psychotique.

L’intérêt de la démarche consiste à ne pas nous en tenir uniquement à un psycho-diagnostic devant lequel le thérapeute demeure souvent impuissant, mais à lier ce diagnostic, centré sur l’enfant, à un socio-diagnostic qui décrit précisément en quoi les parents sont, à leur corps défendant, parties prenantes du problème en le ré-alimentant constamment.

Autrement dit, notre intention est de lier le saut que Jean éprouve dans l’humeur avec l’éthique et les croyances de son milieu d’appartenance afin d’articuler la dimension psychologique (le problème spécifique de Jean) et la dimension sociétale (l’organisation de sa famille et, par la suite, de son institution), avec l’espoir qu’en ouvrant la perspective, des solutions au problème ainsi redéfini puissent être plus aisément trouvées.

L’histoire de la famille du père, un autre regard.

Avoir voulu aborder la première rencontre du seul point de vue de son ambiance nous priva de l’anamnèse et de l’histoire de la famille.

Cette histoire, ils nous l’ont racontée dès le deuxième entretien. Le père est fils unique et ses parents ont consacré toute leur vie à faire prospérer un garage situé dans une petite ville de province. Aujourd’hui, ce garage a bonne réputation et les propriétaires figurent parmi les bourgeois de la ville.

Ce fils unique rencontre une jeune fille, la future mère de Jean. Elle est quasi orpheline, du moins sans réelles attaches familiales et elle voue à ses beaux-parents une reconnaissance infinie de l’avoir acceptée comme bru, elle qui, selon ses termes, « venait de rien ». Elle travaille au secrétariat de l’entreprise à côté du bureau de sa belle-mère qu’un mur vitré sépare.
Le petit Jean passe son temps à courir d’un bureau à l’autre mais sa mère ne le prend guère près d’elle de peur de mal accomplir son travail. Il ne demeure pas davantage près de sa grand-mère. Comme dans les séances, il fait de constants aller-retour entre les deux bureaux. Satisfaire ses beaux-parents semble être le premier souci de la maman de Jean. Chaque jour, la jeune femme va chercher les pièces de rechange nécessaires aux réparations dans un dépôt à une dizaine de kilomètres du garage. Elle conduit la camionnette et prend son fils. C’est quasi le seul moment de la journée où, en dehors de l’entreprise, elle se sent libre d’exister vraiment avec Jean.

Nous apprenons que le père n’aime guère son métier et, s’il était libre, il travaillerait à autre chose. Mais il ne s’autorise pas à en parler à ses parents, car le garage est comme un lieu sacré que la famille doit faire prospérer de génération en génération. L’arrière grand-père du père de Jean a construit un premier garage dans une remise de sa maison. Il est la figure emblématique de la famille, l’aïeul de référence auquel la famille rend hommage en développant son oeuvre. Son fils transforme la remise en garage, il installe une pompe à essence et devient concessionnaire d’une marque de voiture française. Le fils de cet homme, le grand-père de Jean, étudie la mécanique et donne une impulsion nouvelle à l’entreprise au point qu’aujourd’hui, le père de Jean n’a d’autre choix que de poursuivre lui-même l’oeuvre ancestrale malgré le peu de goût qu’il a pour ce métier qu’il trouve salisant.

Depuis plusieurs générations, la famille habite le site du garage. Mais récemment les grands-parents ont modifié la règle, ils ont fait construire une maison dans le même quartier, laissant le grand appartement au-dessus du garage au jeune couple. En racontant cette histoire, les parents se souviennent de la séquence où ils ont joué avec Jean sur le tapis de laine à la fin du premier entretien. Ils nous apprennent qu’ils ont vécu à quelques reprises une pareille situation, lorsque Jean était malade et qu’il appelait ses parents. Dans la nuit, rideaux tirés, en dehors du regard des grands-parents, les parents s’allongeaient sur le lit de Jean en entourant le petit malade.

Comprenant l’importance des grands-parents dans la gestion de la vie du jeune couple, nous demandons que la troisième séance se déroule en leur présence.
Le contraste avec les deux premières séances est saisissant : d’entrée de jeu la famille donne l’impression d’une communauté très soudée et les grands-parents éclairent certains points de leur histoire qui se confond avec l’histoire du garage.
Afin de comprendre la place que Jean occupe aujourd’hui dans cette communauté, nous leur demandons de faire une sculpture de leur famille et c’est la grand-mère qui se propose de la réaliser. Elle place tout le monde en cercle fermé et elle fait en sorte que les personnes se tiennent par le bras, si bien que chacun est collé à l’autre. Elle situe Jean au centre du cercle, il ne touche personne mais semble alors relié et appartenir à tout le monde. Quand on discute la sculpture, personne n’est étonné, chacun renforce verbalement la nécessité d’une communauté soudée. La grand-mère ajoute même, avec un petit sourire désarmant, que c’est Jean qui les soude le mieux.

La sculpture terminée, le grand-père évoque les difficultés de la vie auxquelles il a dû faire face pour développer si bien le garage ; mais en pensant à son propre père, il est fier de l’avoir fait. C’est alors que le père de Jean prend la parole et avoue devant ses parents que « si c’était à refaire, il choisirait un autre métier ». Enfant unique, il n’a eu d’autre choix que de poursuivre le chemin tracé par trois générations.
Avec humour et beaucoup d’à-propos, la grand-mère élude la critique déguisée de son fils.

Commentaires.

1° Si la première séance donne l’impression d’une famille nucléaire dissociée, cette impression disparaît à la troisième séance.
Quand la communauté est présente, la famille nucléaire se fond en elle et se présente comme un membre indissociable de la communauté. Coupée d’elle, la famille nucléaire ne semble guère exister.

Nous avions déjà reçu ce message lors de la première rencontre : les parents étaient venus en habit de travail comme s’ils voulaient rendre présent, dans la séance, leur véritable système d’appartenance. Mais nous étions incapables, à ce moment, de saisir la légitimité d’un tel comportement qui nous semblait si incongru.

2° Nous voudrions, à présent, associer trois faits : d’abord la récrimination du grand-père qui, sans critiquer l’entreprise familiale, se plaint de la somme de travail que le garage impose ; ensuite, le peu de goût que montre le père à poursuivre l’oeuvre ancestrale qu’il accomplit avec des pieds de plomb ; enfin, l’état de santé de Jean qui empêche actuellement la famille d’imaginer un avenir à l’entreprise familiale qui devra disparaître lors de la retraite du père de Jean, si l’enfant ne change pas.

3° Mais un fait plus troublant encore apparaît lorsque la grand-mère, très sereine, dit que celui qui permet le mieux aujourd’hui de maintenir la communauté en vie n’est autre que le petit Jean ! Dans ce contexte, il paraît légitime de lier le développement du garage, entendu comme une entreprise familiale qui soude ses membres depuis plusieurs générations, avec l’avènement des comportements psychotiques de Jean, comportements qui ont la vertu de souder avec autant de bonheur qu’auparavant la communauté familiale.

L’histoire de cette famille montre que la soudure communautaire est l’objectif principal, quels que soient les moyens employés : d’abord une entreprise commerciale dans laquelle tous s’investissent, ensuite, les comportements psychotiques de Jean dont tous s’inquiètent. Dans la hiérachie familiale, le petit Jean prend quasi la place de l’aïeul qui veille sur la cohésion de la communauté au moment où son père semble faire mine d’abandonner ce pourquoi il est là : poursuivre et agrandir encore l’entreprise familiale. Dans cette perspective, la problématique de Jean s’inscrit en droite ligne dans la culture familiale et son traitement devrait en tenir compte.

4° En quoi ce troisième entretien de famille éclaire-t-il l’existence des croyances antinomiques que nous avons mises en évidence dès le premier entretien ? Le grand-père est certes fier d’avoir développé l’entreprise familiale, mais il fait sentir combien la chose fut pénible.

Son fils n’a plus d’énergie, il est démotivé et se contente de suivre son père. Il profite de la troisième réunion pour avouer son désir de travailler ailleurs, autrement dit, il menace, à moyen terme, de mettre fin à l’entreprise…

Lorsqu’il considère Jean comme un tout petit enfant incapable de grandir et de reprendre la succession du garage, le père ne fait-il pas de son fils un puissant allié reconnu par les grands-parents comme capable d’assurer, à lui seul, la soudure de la communauté familiale ? Ne voit-il pas son fils comme lui succédant non pas dans l’entreprise qu’il ne veut plus, mais comme la personne capable de maintenir l’unité familiale tout en donnant à son père la liberté de changer de métier ?

Par contre, la mère est fidèle au projet ancestral et soutient ouvertement l’entreprise ; elle s’y dévoue corps et âme même au prix de délaisser son enfant. Sa lutte avec Jean n’est-elle pas une lutte désespérée pour qu’il grandisse et qu’il puisse un jour, lui aussi, être fier de poursuivre l’entreprise ?

Voilà deux projets - l’un soutenu par le père, l’autre par la mère -, effectivement incompatibles, mais qui possèdent néanmoins un commun dénominateur : les deux projets veulent maintenir la cohésion de la communauté, mais par des moyens antinomiques.
Faute de ne pouvoir délibérer ouvertement de l’avenir du garage et des risques que sa fermeture ferait courir à l’unité familiale, ce sont les comportements et les ambiances que nous avons décrits qui semblent faire la loi sous la houlette des représentations antinomiques. Celles-ci, progressivement, prennent sens dans notre analyse de la famille.

 2. JEAN ET SON MILIEU DE VIE INSTITUTIONNEL.

Suite à la première réunion avec la famille, Jean est accueilli dans un des trois milieux de vie de l’institution, il est pris en charge de 9h à 16h, après quoi il retourne en famille. Ce milieu de vie comprend 8 enfants, trois éducateurs et un stagiaire éducateur. Les premiers jours se passent à faire connaissance et à s’apprivoiser.

Jean crée un réseau autour de lui : la naissance d’un isomorphisme.
A la manière de Merlin l’Enchanteur, comme tous les autres enfants qui l’ont précédé, dès son entrée, Jean ouvre un sac à dos imaginaire dans lequel il conserve soigneusement les différents modes de communication qu’il utilise habituellement, les fonctions qu’il remplit depuis bien longtemps, et il se met en devoir de les proposer avec beaucoup de discernement et de finesse aux différents acteurs institutionnels : les éducateurs, le stagiaire, la secrétaire, le directeur, la cuisinière, les psychologues, etc. Cette opération se déroule à l’insu de tous et sa finalité vise, en recréant autour de Jean le même environnement, le maintien de son identité que certains qualifient de psychotique.

Cette attitude n’est pas propre à Jean ni aux autres enfants de l’institution qui se comportent de la même façon. Qui que nous soyons, nous possédons un sac à dos et nous puisons dedans à la recherche des modes de communication et des manières de contacter qui nous sont propres chaque fois que nous nous engageons dans un nouveau milieu. Les Américains ont compris cela depuis longtemps, eux qui ont construit partout où ils se promènent dans le monde des hôtels Hilton, des restaurants Mac Donald ; ils exportent même dans ces pays leur Coca-Cola.

Quelle différence essentielle y a-t-il entre la manière de faire des enfants de l’institution et la nôtre ? En principe, nous évoluons dans des milieux relativement dynamiques qui permettent une grande variété de comportements, d’alliances et de fonctions, tandis que Jean et ses compagnons d’infortune reproduisent dans l’institution inlassablement des modèles de communication et des comportements très stéréotypés qu’ils ont appris dans les milieux qu’ils ont fréquentés auparavant, qu’ils ont encodés comme une manière naturelle de vivre et qu’ils ne cessent de reproduire rigidement avec l’aide, tout à fait involontaire, des membres de l’institution. Ce faisant, l’institution ne peut que reproduire, elle aussi, ce qui fait le problème de Jean, au lieu de susciter un véritable lieu de changement.

L’invention d’un modèle familial qui s’implante dans l’institution, dans l’école ou dans n’importe quel autre milieu s’appelle un isomorphisme. Depuis très longtemps, certains thérapeutes disent que l’institution répète ce que fait la famille (famille dont ils ont une vision très négative). Depuis longtemps, ils dénoncent ce fait en disqualifiant l’institution comme un lieu impossible de changement. En fait, ces thérapeutes n’ont guère pris la peine de décrire les tenants et les aboutissants de cet isomorphisme, ils se sont contentés de lancer des slogans et de condamner l’institution comme la famille en posant un jugement de valeur sur elles deux.

Sans aucun doute, il est possible aujourd’hui de procéder à une description précise de cet isomorphisme et, à partir de lui, de poser un diagnostic psycho-sociétal, prélude à une nouvelle forme de traitement.

En effet, l’étude de cas nous apprend tout d’abord que « le petit Jean se développe bien dans le milieu de vie institutionnel et qu’il ne demande qu’à apprendre ». Le jeu de rôle qui suit cette déclaration fait comprendre qu’il s’agit d’un mythe, d’une représentation unilatérale qui ne reflète pas l’ensemble des opinions, mais à laquelle les professionnels du milieu de vie semblent néanmoins adhérer passivement. Sous le « tout va bien », se dissimule un désaccord et même un antagonisme qui ne fait pas surface, mais qui donne aux acteurs des positions très différenciées.

L’éducatrice qui préside aux apprentissages de Jean est celle qui énonce le mythe et qui engendre des interactions « musclées » avec Jean lorsqu’ils sont dans l’atelier d’apprentissage ; c’est elle aussi qui suscite des ambiances au contact rompu. Bien que cette éducatrice ne ressemble en rien à la mère de Jean, force est de constater que chacune, à leur manière, atteigne le même résultat. L’autre éducatrice est disponible et elle veut engager des relations chaleureuses avec Jean ; elle voit l’enfant « comme un tout petit qu’il faut constamment secourir et entourer » ; mais Jean refuse souvent ses avances et s’écarte d’elle. Cette éducatrice ne ressemble en rien au père et pourtant tous deux pensent et se comportent de telle façon qu’ils aboutissent au même résultat. Reste le stagiaire éducateur. Il rencontre Jean uniquement lorsqu’il sort de l’institution pour acheter sa gazette et boire une tasse de café au bistrot du village ; une grande qualité du contact s’éprouve lors de cette sortie quotidienne.
N’est-ce pas une caricature des sorties en camionnette que la mère fait avec son fils lorsqu’elle va chercher les pièces de rechange ? N’est-ce pas à ce moment de la journée que la mère, en dehors des autres regards, éprouve un court instant de proximité avec son fils ? Notons au passage que la mère ne dit rien de la qualité de cette rencontre ; il est plausible que l’expérience du stagiaire soit semblable à celle que la mère éprouve avec son fils lors du mini-trip.

On le voit, la construction de l’isomorphisme s’appuie sur les informations que livrent progressivement la famille et le groupe de vie institutionnel ; pas à pas, chaque milieu éclaire le processus en voie d’élaboration.

Du moins au début du traitement, l’institution n’échappera sans doute jamais à la répétition en ses murs du modèle qui fait vivre et souffrir le patient. Mais au lieu de considérer ce phénomène comme un problème funeste, nous aurions intérêt à en accepter l’idée et à repérer activement le processus en train de naître car, comme nous le verrons plus loin, à partir de sa reconnaissance, il est possible de construire une nouvelle approche thérapeutique. Ainsi, nous ferions d’un processus que l’institution voudrait occulter - parce qu’il ne plaide pas d’emblée en sa faveur -, l’amorce d’un instrument de changement.

 2.1 La réaction de l’institution.

L’expérience montre que l’institution n’adhère pas aisément à une telle conception des choses. On la comprend puisque des professionnels bien formés sont considérés comme des agents actifs du non-changement du patient ! L’histoire du petit Jean est un bon exemple qui illustre la disqualification que nous avons fait subir à l’institution et en particulier aux éducateurs. Le sommet fut sans doute atteint lorsque nous leur avons demandé d’exposer leur problème à la famille en espérant que celle-ci, experte de Jean, puisse donner des indications utiles aux éducateurs quant à la résolution de leur problème. Là, ils ont trouvé une parade : ils avaient « résolu le problème » avant la réunion, dans l’espoir de ne pas devoir s’exposer devant la famille.

A ce moment précis de l’histoire, nous nous rendons vaguement compte qu’il y a de notre part une tromperie vis-à-vis des éducateurs puisque la première séance avec la famille nous a fait comprendre qu’il existe un clivage entre la représentation que le père et la mère ont de Jean. Dès lors, inviter la famille comme experte d’un problème qu’elle éprouve elle-même est un procédé pour le moins curieux. Mais tout cela, nous ne le saisissions pas vraiment ; il fallut attendre la réaction des parents à la fin de la grande réunion, lorsqu’ils réclament la paternité du problème, croyant que les éducateurs leur jouaient un mauvais tour.

Le soir de cette réunion, nous avons compris la difficulté de gérer la rencontre de l’institution et de la famille. Rétrospectivement, nous comprenons notre chance d’avoir obtenu la collaboration des éducateurs ; ils l’ont fait parce qu’une relation de confiance et d’estime réciproque existait entre nous.

 2.2 La formation et l’encadrement du personnel.

Pouvoir poser un tel diagnostic psycho-sociétal demande quelques conditions préalables ; nous en développerons deux, la formation des professionnels et leur encadrement.

La première de ces conditions concerne la formation des professionnels à la dimension relationnelle et contextuelle. La recherche de l’isomorphisme demande des éducateurs comme du psychologue d’être capables d’utiliser leurs ressources personnelles et leur style propre dans l’exercice de la profession. Il est banal d’avancer une telle idée, car toute personne exerçant une profession s’exprime aussi personnellement.

N’est-ce pas le charme et le charisme d’un vendeur qui fait de lui un excellent professionnel ? Son style personnel, ce qui fait de lui un être unique, conforte la dimension professionnelle. Par contre, dans des actes hautement techniques, le style personnel s’estompe au profit de la précision. Ainsi, Neil Armstrong lorsqu’il pose son vaisseau spatial sur la lune est quasiment « automatisé », seule son intelligence est intensément sollicitée ; de même le pilote de jet dans une manoeuvre difficile ; de même chacun d’entre nous aux prises à une situation qui demande de la concentration.

En matière humaine, et spécialement dans les contextes thérapeutiques, tel que celui du petit Jean, la dimension personnelle prend une importance insoupçonnée, car c’est à partir d’elle que l’enfant distribue rôles et fonctions et qu’il recrée autour de lui l’isomorphisme dont nous parlons.

La première éducatrice est une personne dont le contact est relativement distant, elle se centre davantage sur les apprentissages et elle demeure quelque peu extérieure à la relation. Jean a très vite capté le style de cette éducatrice et il lui a proposé une proximité du contact qu’elle pouvait difficilement accepter, du moins en mode majeur.
L’autre éducatrice, celle qui adore confectionner des petits plats, aurait parfaitement convenu pour vivre avec Jean une proximité du contact, car ce goût de la proximité lui est personnel, mais Jean s’en est détourné.

C’est donc une véritable danse qui anime constamment le milieu de vie, un ballet même qui entraîne les « professionnels » dans un mouvement qui associe sans cesse les différents styles personnels en présence, en recréant, du moins au début du traitement, les conditions du non-changement de Jean. Ce ballet trouve sa vérité et sa force dans le fait que Jean ait été capable de découvrir en chacun des acteurs la partie personnelle avec laquelle il est entré en résonance.
A l’inverse d’Amstrong, l’éducateur est concerné d’abord par son style et ses modes d’expression émotionnelle, mais comme l’astronaute il a besoin de toute son intelligence et de ses connaissances pour déchiffrer la partition du ballet et, avec ses collègues, la modifier dans une perspective de changement.

Une deuxième condition concerne l’encadrement des professionnels en relation directe avec les patients. Si la première condition insiste sur l’importance de l’implication personnelle de l’éducateur, faut-il encore que l’institution mette en place les conditions favorables à l’expression correcte de cette implication. Si les éducateurs bénéficient de réunions régulières avec un psychologue (qui lui-même ne craint pas l’expression de ses propres émotions), ils seront invités à parler de leurs relations à Jean et des émotions dont elles sont chargées. Mieux encore, ils quitteront le champ verbal, pour mettre en scène la situation à l’ordre du jour, comme cela s’est fait pour Jean. Cet encadrement permet également une expression mesurée des antagonismes entre éducateurs, puisque la plupart des conflits sont d’ordre professionnel.

L’histoire du petit Jean l’évoque aussi quand les deux éducatrices s’opposent violemment au sujet de leurs représentations divergentes de l’enfant. Souvent de tels conflits sont interprétés comme l’expression de problèmes personnels que les professionnels sont priés de régler ailleurs ; on conseillera parfois à l’un d’eux de suivre une psychothérapie, au pire, on le mettra à la porte. Il est certain qu’une dimension très personnelle est présente dans la gestion des différences - les deux éducatrices ont des styles et une conception de la vie relativement opposés – mais, comme ces différences se jouent sur une scène professionnelle, nous avons intérêt à aborder cette différence et à la traiter comme un comportement professionnel et à comprendre en quoi le maintien d’une confrontation cachée apporte de l’eau au moulin du non-changement de l’enfant.

Si l’équipe ne bénéficie pas de l’aide d’un psychologue capable de soutenir les éducateurs dans la gestion de leurs émotions et de leurs conflits, bientôt ils se replieront dans leur coquille et ne décriront plus que des faits et des événements produits par le seul patient sans plus s’impliquer personnellement. En fait cette équipe est sage, car pour oser dire ses attirances aussi bien que ses répulsions vis-à-vis d’un patient ou d’un collègue, pour oser parler librement de ses représentations divergentes, il est indispensable qu’elle se sente protégée et solidement encadrée.

 2.3 La contamination générale de l’institution.

Le réseau particulier que l’enfant construit dès qu’il entre dans l’institution est spécifique à son problème. Or, la plupart des institutions hébergent des patients souffrant d’une même pathologie, par exemple, celle qui héberge le petit Jean est réputée s’occuper d’enfants psychotiques et autistes.

L’ensemble des enfants psychotiques d’une institution tisse d’innombrables réseaux dont les caractères communs donnent un profil à l’institution. Celle qui héberge Jean fonctionne le plus souvent en complémentarité rigide où il n’est pas de bon ton que les conflits s’expriment au grand jour.

La règle serait celle d’une entente générale qui rend très malaisée l’expression des antagonismes. En quelque sorte, il s’agit d’une épure du milieu familial. Il en va tout autrement des réseaux induits par les délinquants ou par les jeunes réputés caractériels. Ici, le conflit est largement ouvert et devient la règle parmi les membres du personnel. Contrairement à l’hôpital qui prend mille précautions lorsqu’il soigne des malades contagieux, l’institution semble ignorer qu’elle puisse être contaminée par les patients qu’elle accepte et, ce faisant, à son tour, l’institution re-contamine ses patients. Les résidents se comportent de la sorte entre eux et ils induisent les mêmes comportements entre les membres du personnel.

L’institution aurait donc intérêt à reconnaître cette « contamination » et à agir en meilleure connaissance de cause dans la mesure où réfléchir à une plus grande efficacité d’elle-même passe nécessairement par la prise en compte du réseau qu’elle nourrit à son insu et à partir duquel, pourtant, elle pourrait imaginer une nouvelle forme de changement.

 3. DE L’ISOMORPHISME AU CHANGEMENT.

Décrire la répétition du réseau familial du petit Jean dans le contexte institutionnel et reconnaître l’isomorphisme en présence est une opération qui demande la collaboration de toutes les parties concernées. Travail d’envergure qui, somme toute, on retrouve cette « forme » dans toutes les instances institutionnelles : aussi bien dans les réunions du personnel ouvrier que dans celles du Conseil d’Administration, ne débouche que sur un diagnostic et encore, vu du côté de l’institution, un diagnostic à caractère dépressif tant qu’il n’est pas assorti d’une proposition de traitement.

Cette position dépressive est nettement ressentie à la fin de l’histoire du petit Jean où les éducateurs, la famille et les psychologues doivent bien reconnaître qu’ils partagent le même problème sans pour autant savoir quelle conduite adopter pour le solutionner. A l’époque du récit, la question du changement demeurait donc sans réponse.

Néanmoins, un mois après l’admission du petit Jean, l’institution et la famille se sont découvert suffisamment de points communs pour former quasi une association : les parents acceptent l’idée d’abord saugrenue que les professionnels éprouvent des difficultés de même nature qu’eux, et l’institution accepte certaines compétences de la famille. Autrement dit, les professionnels sont reconnus par les parents comme compétents dans les connaissances qu’ils ont acquises à propos du problème de l’enfant, tandis que certaines compétences des parents sont reconnues par les professionnels. Deux types de compétences très différentes qui s’associent à la fin de la séance, lorsque tout le monde se rassit … en avouant son incompétence momentanée.

Il faudra attendre deux ans encore, deux ans de recherche pour que notre équipe trouve une solution au problème de l’isomorphisme, solution inspirée par le vieux concept de rite de passage. En bonne logique, le changement que nous voulons susciter concerne autant la famille que l’institution, car que penser, par exemple, d’une pratique qui engage seulement la famille dans une « thérapie familiale » en la désignant du même coup « structure dysfonctionnante », comme cela se pratique malheureusement encore aujourd’hui en institution ? Que penser alors de la position intenable de Jean, invité par ses parents à modifier ses comportements tandis que l’institution continuerait à reproduire d’anciens comportements ? L’enfant serait pris dans une situation paradoxale puisque sa famille l’inviterait à changer tandis que l’institution le maintiendrait dans son ancienne situation. L’inverse est tout à fait possible, il arrive que l’institution tente seule l’aventure du changement en délaissant la famille. Nous nous sommes adonnés à ces deux pratiques et nous avons pu mesurer nos erreurs. Il est logique à présent de considérer la famille et l’institution comme une même entité ayant le même problème et devant toutes deux le résoudre.

Le rite de passage nous est apparu comme capable de susciter le changement que nous recherchons dans la mesure où il lie le changement de la personne au changement de sa communauté d’appartenance. Cette communauté d’appartenance est formée par les différents groupes et personnes impliqués directement dans le traitement : principalement la famille et l’institution auxquelles il convient d’ajouter l’envoyeur et parfois l’école, la Justice, etc. Il s’agit d’une association provisoire à la manière de celles que créent des entrepreneurs qui doivent associer leurs savoirs et leurs engins mécaniques pour réaliser, par exemple, un tronçon de TGV.

Cette association provisoire, cette solidarité, nous l’avons nettement éprouvée à la fin de la grande réunion avec la famille de Jean où nous étions tous… dans le même pétrin ! La famille et l’institution mesuraient leur impuissance, mais les deux entités étaient prêtes à unir leurs forces pour réaliser un changement. Ce resserrement du lien communautaire, nous
ne le savions pas encore à l’époque, constitue la première phase du rite de passage. L’idée sera développée dans la suite du syllabus.

[11 L’étude de cas a été publiée en 1994, ce commentaire est un texte inédit écrit en 2000. Référence le site.

[2Ni la thérapeute, ni l’observateur derrière la glace sans tain n’a vu la scène du biberon et, pendant longtemps, nous nous sommes interrogés sur notre cécité. C’est en vain que nous avons consulté les manuels de psychophysiologie.

Aujourd’hui que nous mesurons mieux l’importance de l’ambiance dans la communication humaine, il nous semble intéressant d’avancer l’hypothèse suivante. Etant donné que dans l’ambiance il n’est possible d’éprouver qu’un contact à la fois – on éprouve totalement la fusion, ou totalement le désaccordement du contact ou totalement la rupture, etc. – et que la nature du contact vécu depuis le début de la séance est la rupture, pris dans cette atmosphère qui s’associe à des interactions antagonistes, nous ne pouvions « voir » la scène du biberon puisque celle-ci implique une fusionalité et des comportements nécessairement complémentaires.

Tout se passe comme si nous avions « opté » pour le contact dominant la séance en étant dans l’incapacité psychophysiologique d’éprouver ce que la scène du biberon proposait. Mais si cette hypothèse permet d’éclairer ce qui est arrivé aux deux thérapeutes, elle n’éclaire pas ce qui s’est éprouvé entre le père et Jean à ce moment précis de la séance


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