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Bowen : L’emploi de la théorie familiale dans la pratique clinique

dimanche 10 janvier 2010 par Bowen Murray

  L’EMPLOI DE LA THEORIE FAMILIALE DANS LA PRATIQUE CLINIQUE*

Par Murray BOWEN

En un peu moins de 10 ans, la psychiatrie familiale, jusqu’alors relativement méconnue, a atteint une importance reconnue dans le monde psychiatrique.
Le terme de thérapie familiale ou d’autres plus ou moins similaires sont connus des non-professionnels.
Quelle est l’origine et quel est le statut actuel du mouvement familial ? Je crois que c’est bien d’un mouvement que j’essayerai de donner une idée dans cet article.

Puisque, même parmi les protagonistes du mouvement familial, il y a des divergences à propos des points critiques, théoriques et thérapeutiques, toute tentative pour expliquer ou décrire le mouvement familial représentera la tendance et le point de vue de l’auteur. Dans cet article, je présenterai quelques-unes de mes idées à propos des circonstances qui ont donné un essor au mouvement familial et quelques idées à propos du statut actuel et des potentialités futures de ce mouvement.
Le corps de l’article sera une présentation de mes propres orientations théoriques qui offrent un plan de base pour l’emploi clinique de la thérapie familiale.

 [1]

Je crois que le mouvement familial a commencé au début et au milieu des années cinquante et qu’il est sorti de l’effort qui fut fait pour trouver des méthodes de traitement plus efficaces en ce qui concerne les problèmes émotionnels les plus sérieux. Au sens large, je crois qu’il se développa
comme une extension de la psychanalyse, qui avait enfin achevé de se faire accepter comme une méthode de traitement pendant les années 1930.
La psychanalyse fournit des concepts utiles et des procédés pour les besoins massifs de la seconde guerre mondiale ; une nouvelle ère commença en psychiatrie.
En quelques années, la psychiatrie devint une spécialité pleine d’espoir et de promesses pour des milliers de jeunes médecins. Les membres de l’Association Psychiatrique américaine passèrent de 3.684 en 1945 à 8.534 en 1955.

La théorie psychanalytique fournit des explications pour toute la gamme des problèmes émotionnels, mais les techniques psychanalytiques standardisées se montrèrent inefficaces pour les problèmes émotionnels les plus graves. D’ardents jeunes psychiatres commencèrent à expérimenter des méthodes de traitement nombreuses et variées. Je crois que l’étude de la famille fut l’une de ces nouvelles sphères d’intérêt.
Certains disent que le mouvement familial n’est pas nouveau et qu’il remonte à vingt-cinq ans ou plus. Il y a quelques bonnes preuves pour étayer la thèse qui veut que l’accent actuel sur la famille se développa lentement au moment où les plus anciennes formulations psychanalytiques à propos de
la famille étaient mises en pratique dans la clinique.
En 1909, Freud rend compte du traitement du « petit Hans » (1) auquel il travaille avec le père plutôt qu’avec l’enfant.

 [2]

Il y eu le développement de l’analyse d’enfant et le début du mouvement de guidance infantile dans laquelle il devint classique qu’un travailleur social ou un second thérapeute travaille avec les parents en complément de la psychothérapie principale avec l’enfant.
Plus tard, les principes de la guidance d’enfant furent adaptés au travail avec les adultes, aussi bien dans les établissements pour patients internes que ceux pour externes ; un travailleur social ou un second thérapeute travaillait avec les proches pour seconder la psychothérapie principale, celle du
patient.

Cette conscience précoce théorique et clinique à propos de l’importance de la famille justifie l’affirmation selon laquelle la formule n’est pas une nouveauté.
Cependant je crois que l’orientation familiale actuelle est suffisamment importante, nouvelle et différente pour être vue comme un mouvement.
Je passerai en revue quelques-unes des questions théoriques et cliniques qui semblent importantes dans ce mouvement.

La théorie psychanalytique fut formulée à partir d’une étude détaillée du patient individuel. Les concepts à propos de la famille furent tirés davantage des perceptions des patients que de l’observation directe de la famille.
Du fait de cette position, tout était centré sur le patient et la famille était en dehors du champ immédiat des intérêts théoriques et thérapeutiques.
La théorie individuelle fut construite sur un modèle médical, avec des concepts d’étiologie, le diagnostic de pathologie chez le patient et le traitement de la maladie chez l’individu.
Aussi inhérentes au modèle, se retrouvent les subtiles implications suivantes : à savoir que le patient est la victime sans défense de la maladie ou de forces hostiles qu’il ne peut contrôler.

Un dilemme conceptuel fut posé quand la personne la plus importante dans la vie du patient fut considérée comme la cause de la maladie de celui-ci et comme un élément pathologique pour lui.
Les psychiatres savaient que ce principe n’ était pas tout à fait vrai et il y eut des essais pour adoucir la rigueur des concepts, mais le modèle de base demeura.

Par exemple, le concept d’inconscient postulait que les parents pourraient être inconsciemment nuisibles, alors qu’ils essayent d’aider leur enfant. Cela était différent de ce qu’aurait été un préjudice intentionnel ou un acte d’omission irresponsable, mais dans cette conception, le parent était encore considéré comme pathogène.
On fit des efforts pour modifier les catégories diagnostiques et on suggéra même que, celles-ci soient supprimées, mais un patient exige un diagnostic pour sa maladie et la psychiatrie procède encore avec un modèle médical.

Un des développements les plus significatifs du mouvement familial, qui le distingue du travail précédent sur les familles, est un changement dans le procédé de base de traitement.
Depuis le commencement de la psychanalyse, l’analyse et la résolution du transfert ont été considérés comme la principale force thérapeutique pour le traitement des maladies émotionnelles.
Quoique modifiée par les différentes écoles, la relation thérapeutique est la modalité thérapeutique de base employée par la plupart des psychiatres.
La nature confidentielle, personnelle et privée de cette relation est considérée comme essentielle pour une bonne thérapie. Au fil des années, il y eut des méthodes, des règles et même des lois pour conserver cette intimité de la relation.

Depuis le commencement du mouvement de guidance d’enfants, on fit des efforts pour impliquer la famille dans le traitement, mais la relation thérapeutique patient-thérapeute fut protégée contre l’intrusion et la famille reléguée au second rang.

Parmi ceux qui lancèrent le mouvement familial actuel, il y avaient des psychiatres qui commencèrent, en plus du dilemme du patient, à faire plus attention au côté familial du problème.
Je crois que le mouvement familial actuel débuta avec plusieurs chercheurs différents qui commencèrent, chacun travaillant indépendamment, les uns avec une notion théorique, les autres une notion clinique de l’importance de la famille.

Comme le centre d’intérêt glissait de l’individuel vers le familial, chacun fut confronté avec le dilemme de décrire et conceptualiser le système des relations familiales.
Chaque chercheur conceptualisa ses observations pour son propre compte.
Un des faits intéressants a été la façon dont les chercheurs conceptualisèrent au départ le système et la façon dont, dans les dix dernières années, ces concepts ont été modifiés.
Il y avait des expressions pour la distorsion et la rigidité, la réciprocité dans le fonctionnement et pour l’enchevêtrement, la collusion, l’engluement ensemble du système.

Ce qui suit illustre des termes employés par quelques uns des premiers chercheurs. Lidz et Fleck employaient le concept de schisme et de biais (skew) et Wynne et ses collaborateurs employaient le concept de pseudo-réciprocité (pseudo-mutuality).
Ackerman, un des plus anciens chercheurs dans ce domaine, présenta un modèle conceptuel dans son article de 1956 « Pathologie d’enchevêtrement (interlocking) dans les relations familiales ».
Il développa aussi une méthode thérapeutique qu’il appela thérapie familiale. Elle peut être décrite comme l’observation, la démonstration et l’interprétation à la famille de l’emboîtement comme il s’en produit dans les séances familiales.

Jackson et ses collaborateurs employèrent un modèle différent avec le concept de double contrainte (double bind). Je remarque que sa position originale c’est : employer la théorie de la communication pour rendre compte du système relationnel et la théorie individuelle pour rendre
compte du fonctionnement de l’individu. Sa thérapie familiale conjointe que j’interprète comme l’union d’individus dans une thérapie familiale, serait conforme à sa conception.

J’imaginais, pour ma part, un collage ensemble émotionnel préexistant, une « masse » de moi familiale
indifférenciée (undifferentiated family ego mass) et je développais une méthode thérapeutique pour laquelle j’ai employé le terme de psychothérapie familiale, désignée ainsi parce que destinée à aider des individus à se différencier de la masse.
D’autres chercheurs emploient un éventail de termes légèrement différents pour décrire et conceptualiser le même phénomène familial.
Au fur et à mesure que les années passent, les concepts originaux tendent à être moins différents.

  POSITION ACTUELLE ET AVENIR POSSIBLE DU MOUVEMENT FAMILIAL.

Le mouvement familial est couramment dans ce que j’ai appelé un état non structuré, mais sain, de chaos.
Les premiers chercheurs arrivaient à la thérapie familiale après une investigation et une recherche clinique préalable.
Il y a peut-être bien une exception à cette généralisation racontée par Bell(7), un des pionniers. Il interprétait mal une communication sur la psychothérapie de la famille et il élabora son propre projet de commencer à voir les membres de la famille ensemble.

Après que l’idée de thérapie familiale se fut introduite, le nombre de thérapeutes familiaux commença à se multiplier chaque année. La plupart passèrent directement de leur orientation théorique individuelle à la thérapie familiale.
Des thérapeutes de groupe modifièrent leur thérapie de groupe pour du travail avec des familles.

Il en résulte que le terme de thérapie familiale est employé pour désigner une telle variété de méthodes, de procédés et de techniques différentes que ce terme est sans signification sans une
description ou une définition plus poussée.

Je considère que c’est sain parce que, dès que le thérapeute commence à voir plusieurs membres d’une famille ensemble, il est confronté avec de nouveaux phénomènes cliniques inexpliqués par la
théorie individuelle. Il trouve que bien des concepts antérieurs sont devenus superflus et il est forcé de trouver de nouveaux concepts théoriques et de nouvelles techniques thérapeutiques.

Le nombre croissant de journées d’étude sur la famille fait en sorte que ceux-ci deviennent un lieu de discussion des expériences et d’acquisition de nouveaux modes de conceptualisation du phénomène familial.

Un pourcentage élevé de thérapeutes emploient le terme « famille » pour désigner des méthodes thérapeutiques dans lesquelles deux générations ou plus (habituellement parents et enfants) suivent
les séances ensemble ; le terme « thérapie conjugale » quand deux époux sont vus ensemble et « thérapie individuelle » quand seulement un membre de la famille est vu par le thérapeute.
La conception de thérapie familiale la plus largement répandue, à la fois dans la profession et dans le public, est celle des familles entières, habituellement parents et enfants, rencontrant le thérapeute tous ensemble et acquérant la possibilité de verbaliser et de se communiquer les uns aux autres
pensées et sentiments, le thérapeute étant à leur côté pour faciliter le processus, faire observation et interprétation.

C’est ce que j’ai appelé thérapie du groupe familial.

Selon mon expérience, c’est un processus à court terme, extraordinairement efficace pour améliorer la communication au sein de la famille. Même une légère amélioration de la communication peut provoquer des changements spectaculaires dans le réseau des sentiments, voire même une période
émoustillante.
Je n’al pas été à même de l’employer comme méthode à long terme pour la résolution des problèmes plus profonds.

Quoique le mouvement familial puisse continuer de se centrer sur la thérapie pendant bien des années encore, je crois que le plus grand apport à la famille viendra de la théorie.
Je crois que le mouvement familial repose sur un terrain solide, mais que nous avons à peine effleuré la surface de la recherche sur la famille et que celle-ci va se développer à chaque nouvelle génération. L’étude de la famille offre un ordre complètement nouveau des modèles théoriques
servant à penser l’homme et sa relation à la nature et au monde.

La famille de l’homme est un système qui, je crois, suit les lois des systèmes naturels. Je crois que le savoir concernant le système familial peut ouvrir la voie, permettant de dépasser des concepts statiques et d’accéder aux concepts fonctionnels des systèmes.
Je crois que la famille peut fournir des réponses aux dilemmes de la psychiatrie, le modèle médical ; que les concepts familiaux peuvent devenir éventuellement la base d’une théorie différente et nouvelle sur la maladie mentale et que, en retour, elle apportera sa contribution à la science et à la pratique médicale.

  ORIENTATION THEORIQUE ET CLINIQUE DE L’AUTEUR.

Le but principal de cette publication est de décrire un système théorique et thérapeutique spécifique dans lequel la théorie familiale serve de cadre de référence pour le thérapeute lancé dans la psychothérapie familiale et aussi d’encadrement théorique pour de nombreux problèmes cliniques.
Une orientation familiale est tellement différente de l’orientation individuelle qui nous est familière, qu’elle doit être expérimentée pour être appréciée. C’est difficile, pour quelqu’un qui pense en terme
de théorie individuelle et qui n’a pas, eu d’expérience clinique avec des familles, d’entendre des concepts familiaux. Certains sont plus sensibles aux idées théoriques abstraites, alors que d’autres le sont plus aux exemples cliniques simples.
La première partie de ce chapitre fait le pont entre les orientations thérapie individuelle et thérapie familiale. Pour fournir une variété de ponts, il comprendra un éventail d’observations cliniques, de grandes idées abstraites, de concepts théoriques et quelques-unes de mes expériences alors que je passais du cadre de référence individuel au familial.

Mon expérience familiale couvre 12 ans et plus de 10.000 heures d’observation de familles en psychothérapie familiale. Pendant les 5 premières années de pratique familiale, je fis aussi quelques thérapies individuelles et j’eu quelques patients en psychanalyse.

Le terme psychothérapie familiale fut réservé aux cas où deux membres de la famille ou plus étaient vus ensemble.
L’effort technique sur lequel je me centrais fut d’analyser le processus émotionnel déjà existant entre les membres de la famille et de tendre à rester dégagé émotionnellement moi-même, ce que j’appelais rester en dehors du transfert. Ceci sera discuté plus tard. Pendant ces années, j’employais le terme « psychothérapie individuelle » pour les cas où seulement une personne de la famille était vue.

Je ne m’étais pas suffisamment occupé de mon propre fonctionnement émotionnel et je ne développais pas des techniques pour éviter le transfert ; il y avait bien une distinction nette entre, d’une part thérapie familiale et thérapie individuelle de l’autre. Je considérais que c’était « familial » quand le processus émotionnel pouvait être maintenu à l’intérieur de la famille et « individuel » quand cela
n’était pas possible.

Pendant ces années, un autre processus d’évolution s’instaurait. Après avoir consacré des milliers
d’heures avec des familles, il me devint de plus en plus impossible de voir une personne isolément,
sans voir tous les membres de sa famille présents comme des fantômes autour d’elle. Cette perception d’une personne comme un segment d’un plus large système familial a orienté ma manière de penser et de réagir à l’individu et cela a changé fondamentalement mon concept de la
psychothérapie.

Pendant ces 7 dernières années, ma pratique a été entièrement consacrée à la psychothérapie familiale, quoique j’ai passé environ un tiers des heures avec un seul membre de la famille. C’est dans la pratique privée, où j’avais une consultation clinique moyenne de 40 familles,
vues dans un maximum de 30 heures par semaine, que mon bagage d’expériences cliniques fut acquis.
Dans les années passées, seulement quelques familles ont été vues plus d’une fois par semaine et un nombre croissant s’en sort bien avec des rendez-vous moins fréquents.

Il a été difficile de communiquer qu’il fallait éviter le transfert et la psychothérapie familiale avec un
seul membre de la famille. Mon souhait est que cela puisse être mieux clarifié dans cet article.

Beaucoup d’aspects du phénomène humain, obscurcis dans quelque forme d’entretien individuel, se
dévoilent quand on observe les membres de la famille tous ensemble.
Tout qui s’expose à des observations quotidiennes de familles où les membres sont en relation et
interagissent les uns avec les autres, est confronté avec un tout nouveau monde de données cliniques
qui ne s’accommodent pas des modèles conceptuels individuel . J’emploie les termes "être en
relation« et »interagir" parce que ceux-ci sont parmi les termes inadéquats qui ont été employés pour décrire le
phénomène familial.
Actuellement, les membres de la famille sont, font, agissent, interagissent, font des transactions,
communiquent, simulent, prennent des attitudes de façon tellement variée qu’une structure et un ordre sont difficile à voir.
Il y a quelque chose de faux à employer seul un des termes qui ont été cités. A cet égard, la recherche familiale a sélectionné certains domaines à étudier de manière détaillée et contrôlée.

En 1957, un de mes associés dans la recherche a fait une étude appelée « The Action Dialogue in an Intense relationship » (le dialogue d’action dans une relation intense(8)) qui est une tentative de
supprimer les mots et d’établir un dialogue cohérent à travers une période d’action globale entre une mère et sa fille.
Birdwhistell et Scheflen(9-10)ont apporté une contribution importante par leur définition précise des kinésies, système de langage corporel automatique dans toute relation.
Un domaine plus particulièrement étudié fut la communication qui, au niveau le plus simple, est la
communication verbale.
On fit des études linguistiques et celles de différentes communications qui sont transmises par les
nuances du ton de la voix, de son inflexion et les manières de parler ; communications que chaque
personne apprend dans l’enfance et emploie sans savoir qu’il les connaît.
Bateson, Jackson et leurs collaborateurs développèrent, à partir de l’analyse de la communication verbale, leur concept de double message relatif à des messages contradictoires dans la même communication.

IL y a aussi le domaine de la communication non-verbale et de la perception extrasensorielle qui agit avec une véritable précision dans quelques familles.
Il y a un avantage à employer des termes tels que système de communication ou transaction pour la raison que chacun se prête à une recherche d’analyse plus précise.

Le désavantage réside dans l’étroitesse du concept quand il est nécessaire de l’employer dans un sens large.

Par exemple, sous la théorie de la communication, il devient nécessaire d’inclure toute la série des communications verbales, actives, non-verbal, extra-sensorielles et émotionnelles, plus d’autres modalités telles qu’une réponse viscérale, à l’anxiété chez un membre de la famille, ou au
changement d’humeur chez un autre. Cependant, quiconque approche la famille, chaque chercheur doit se constituer sa propre manière de conceptualiser le phénomène familial.

Un groupe frappant de formes cliniques, présent à quelque degré dans toutes les familles, fournira une vue brève des systèmes de relation familiale. Ceux-ci suivent le modèle général du processus familial qui diagnostique, classifie et assigne des caractéristiques à certains membres de la famille.
Les observations peuvent s’avérer raisonnablement conséquentes, périodiquement conséquentes ou
incompatibles avec les déclarations de la famille sur la situation en question.
Le procédé de projection familiale, par lequel un problème familial est transmis à un membre de la famille par des années de déclarations hargneuses et ensuite fixé sur lui par un diagnostic, a été discuté en détail dans un autre article(11).
Les attributions familiales qui surestiment sont aussi peu réalistes que celles qui dévalorisent bien que celles-ci soient plus susceptibles d’être l’objet d’une consultation chez le psychiatre. Celui qui est diagnostique peut résister au verdict de la famille et précipiter une discussion familiale ; ou il
peut alternativement résister et accepter ; il peut aussi provoquer cette déclaration et alors, la caractéristique affectée devient un fait opérationnel.
Les débats familiaux sur des sujets tels que le rejet, l’amour et l’hostilité forceront le thérapeute à réévaluer l’emploi qu’il fait de tels termes. A mon avis, le rejet est un des mécanismes les plus utiles pour maintenir l’équilibre dans un système relationnel. Il se maintient de façon constante entre les gens, mais généralement on ne le mentionne pas.
A un point précis du processus familial, quelqu’un fait un tas d’histoires à propos du rejet et la discussion commence.

A certains égards, quand le rejet est présent dans toute la famille, celui qui revendique être l’objet du
rejet est habituellement plus rejetant envers l’autre que le contraire ne soit vrai.
Des affirmations sur la présence ou l’absence d’amour avec réactions et contre-réactions peuvent occuper la scène alors que, de toute évidence, il n’y a pas de changement objectif dans l’amour à l’intérieur de la famille. Peu importe ce que l’amour est en réalité, il est un fait que beaucoup de
membres de la famille réagissent fortement aux énoncés à ce sujet.
L’abus ou l’usage surfait qu’on fait du concept d’hostilité est un autre exemple de cette catégorie de termes.

Ceci peut s’appliquer aussi à des termes tels que masculin, féminin, agressif, passif, homosexuel et
alcoolique.

L’emploi du terme « alcoolique » fournit un bon exemple.
Dans une famille, deux générations de descendants parlent d’un grand-père comme d’un alcoolique.
Celui-ci a réussi dans la vie. C’était un homme qui assumait normalement ses responsabilités, excepté envers son épouse qui était une femme très anxieuse.
Il trouvait raison pour rester éloigné d’elle et il buvait avec modération.
L’étiquette mise par l’épouse fut acceptée par transmise aux petits-enfants.

Une consultation récente avec une autre famille illustre un autre aspect du problème. Une épouse avait exposé en détail l’alcoolisme de son mari.

Je m’enquis du point de vue du mari sur cette question. Il convint qu’il avait un réel problème de boisson. Quand je lui demandai quelle quantité il buvait, il s’emporta en disant « Ecoutez, quand je vous dis que j’ai un problème de boisson, je sais ce que je dis ». Quand je lui demandai combien de
jours de travail il avait perdu du fait de boire, il dit « Un, mais j’avais une vraie gueule de bois ce jour là ».

Il peut être grossièrement inexact de prendre pour faits des énoncés tels que « Il était alcoolique ».
Mais une affirmation telle que "Un membre de la famille a dit
d’un autre qu’il était alcoolique" peut être exacte et révélatrice d’un fait concernant le système de relation.
Ceci s’applique à l’éventail entier des termes employés dans le système des relations familiales.

Je voudrais présenter le concept de « la famille comme système ». Pour le moment, je n’essayerai
pas de dire de quelle sorte de système il s’agit.
Il n’y a pas un mot unique ou une terminologie qui serait exacte sans qualifications supplémentaires,
qualification qui fausserait le concept de système.
La famille est un système par le fait qu’un changement d’une partie est suivi par des changements
compensatoires dans d’autres parties du système.

Je préfère penser la famille comme une diversité de systèmes et de sous-systèmes. Les systèmes fonctionnent à tous les niveaux d’efficacité, du fonctionnement optimal au total dysfonctionnement et à l’échec.

Il est aussi nécessaire de penser en terme de sur-fonctionnement qui peut s’échelonner du sur-
fonctionnement au sur-fonctionnement décompensé.
Un exemple de ceci serait la tachycardie (sur-fonctionnement du cœur) d’un athlète en état d’activité physique intense telle qu’il va jusqu’à la tachycardie qui précède le total arrêt cardiaque et la mort.
Le fonctionnement de n’importe quel autre système est dépendant du fonctionnement de systèmes
plus vastes dont il est une partie et aussi de ses sous-systèmes.
A un niveau plus large, le système solaire est un sous-système d’un système plus vaste, l’univers.
La molécule est l’un des plus petits sous-systèmes définis qui soient. A un autre niveau, le processus de l’évolution est un système qui agit lentement sur de longues périodes de temps.
La connaissance à propos de l’évolution est suffisante pour qu’on discerne les schémas généraux de sa fonction, mais on sait beaucoup moins à propos de systèmes plus vastes dont l’évolution est un
sous-système.

Nous pouvons nous tourner vers le passé pour émettre des postulats sur les facteurs qui influencèrent le changement de l’évolution dans le passé, mais le savoir qui nous manque à propos
des systèmes plus vastes nous réduit à une simple conjecture sur le cours futur de l’évolution.

A force d’observer des familles, j’ai tenté de définir et de conceptualiser quelques-uns des plus vastes et des plus petits modèles de fonctionnement familial ; en effet, ils se répétaient toujours et de vieux modèles s’estompaient quand de nouveaux devenaient plus importants.

La recherche commença par un cas de schizophrénie dans laquelle un membre de la famille était dans un état de total dysfonctionnement et de prostration ; les modes de fonctionnement étaient si évidents que l’on ne pouvait pas ne pas les voir, mais cela demandait de travailler avec l’entièreté
des mauvais fonctionnements humains si l’on voulait envisager ces modes dans une perspective plus
large.
Un des aspects les plus importants des dysfonctionnements familiaux est un degré équivalent de sur-fonctionnement dans une autre partie du système familial. C’est un fait que dysfonctionnement et sur-fonctionnement existent. A un certain niveau, c’est un mécanisme fonctionnant de manière bien huilée, souple et alternante, dans lequel un membre sur-fonctionne automatiquement pour compenser le mauvais fonctionnement de l’autre qui est temporairement malade.
Puis il y a aussi les états plus chroniques et fixés de sur-fonctionnement et dysfonctionnement où la
souplesse n’existe plus. Un exemple pourrait être fourni dans le cas d’une mère dominante (sur-fonctionnement) et d’un père passif. Celui qui fonctionne de trop voit de manière habituelle qu’il est nécessaire de compenser le faible fonctionnement de l’autre.

Ceci pourrait être valable dans le cas d’une maladie épisodique d’un conjoint, mais, dans les états
chroniques, il est évident que le dysfonctionnement apparaît plus tard pour compenser le sur- fonctionnement de l’autre. De quelque manière qu’il se développe, le "sur-
fonctionnement/dysfonctionnement" est un mécanisme de réciprocité (complémentaire).
Dans les articles précédents(12-13), j’appelais ceci un mécanisme de réciprocité « trop- adéquat/inadéquat ».
Les symptômes apparaissent quand le dysfonctionnement est tout proche du non-fonctionnement.
Souvent, les familles ne cherchent à se faire aider que lorsque la flexibilité du système est perdue et que le fonctionnement d’un membre est sérieusement diminué.

Quand le mécanisme dépasse un certain point, l’anxiété conduit le mécanisme vers une réaction d’accroissement paniqué et rapide des deux fonctions (sur-fonctionnement et dysfonctionnement).
La pression accrue peut coincer les circuits de « l’infirme » et le rendre complètement prostré.

Même arrivé à ce point, la guérison peut commencer dès la plus légère diminution du sur- fonctionnement ou du dysfonctionnement.

Quelques-uns des principaux types de fonctionnement qu’on peut observer dans les familles ont été formulés en conceptions de base qui comportent la théorie familiale de la maladie émotionnelle. Il serait plus exact de parler du dysfonctionnement. Les grands modèles de fonctionnement familial rencontrés lors de la maladie émotionnelle sont aussi présents dans les maladies physiques et le
dysfonctionnement social tel que le comportement irresponsable et la délinquance.
Les concepts de base (sous-systèmes) sont parmi ceux dont je crois qu’ils sont les variables les plus critiques du dysfonctionnement humain.
Les symptômes dans n’importe quelle partie de la famille sont vus comme des signes de dysfonctionnement, que ces symptômes soient émotionnels, physiques, conflictuels ou sociaux.
Il y a eut des résultats plus prometteurs en faisant l’effort de voir tous les symptômes émotionnels comme un signe du dysfonctionnement familial, plutôt que comme un phénomène intrapsychique.

Le thérapeute aussi se fait à l’idée du concept de la famille comme un système. C’est une combinaison du système théorique-thérapeutique dans lequel la théorie détermine la thérapie et les observations de la thérapie modifient en retour la théorie.
Le projet original, rapporté dans un autre article(14), a été continué bien que la théorie et la thérapie
ont constamment été modifiés.

A partir des premiers jours de la recherche, le fait de se détacher de la famille a été grandissant au
point de vue émotionnel. Plus on observe les familles, plus il est facile de se détacher des étroites
limites conceptuelles de la théorie individuelle ; et, plus on se détache de la théorie individuelle, plus
il est facile de voir les modèles familiaux.

La psychothérapie, à ses débuts, était observatoire de façon dominante, avec des questions pour
obtenir plus d’informations à propos des observations.
Au fil des ans, les familles, objets de recherche, ont mieux réussi en psychothérapie familiale que
celles pour qui le premier but était la thérapie. Cela aida à établir une sorte d’orientation qui fit de
toutes les familles des familles de recherche.
Cela a été mon expérience que, plus un thérapeute apprend au sujet d’une famille, plus la famille apprend à son propre sujet et, plus la famille apprend, plus le thérapeute apprend, dans un cycle continu.

Dans le processus d’observation avec les premières familles, certains ont été capables de restaurer le fonctionnement de la famille sans beaucoup d’interventions thérapeutiques.
Les familles qui ont le mieux réussi suivirent un cours remarquablement logique en réalisant cela.
Par après, il fut possible d’intervenir et d’informer de nouvelles familles sur les succès et les échecs
des premières familles et de sauver ces nouvelles familles de nombreuses heures et de mois d’expérimentation par essai et par erreur.

En bref, le thérapeute devînt une sorte d’expert dans la compréhension du système familial et un ingénieur qui aide la famille à restaurer elle-même son équilibre fonctionnel.

Le but suprême était d’aider les membres de la famille à devenir les experts d’un système, experts qui puissent connaître le système familial assez bien que pour que la famille puisse le réajuster elle-même, sans l’aide d’un expert extérieur lorsque, éventuellement, le système familial serait à nouveau stressé.
Le mieux est que le système familial puisse commencer à changer en présence des membres importants de la famille qui assistent aux séances.
Il y a des séances où la famille devint pire durant la thérapie, le faible devenant plus faible en réponse au sur-fonctionnement de l’autre.
Certaines familles ont lutté au cours de cette période et s’acheminent alors vers le rétablissement, d’autres voulaient terminer leur thérapie.
Dans ces situations, on a trouvé qu’il était plus profitable de travailler avec un côté de la réciprocité jusqu’à ce que la famille soit capable de travailler ensemble sans augmenter le lien.

Il est de loin plus facile, pour celui qui sur-fonctionne, de diminuer le sur-fonctionnement que pour le faible d’augmenter son fonctionnement.
Si celui qui sur-fonctionne est motivé, je vois celui-ci seul pendant une période de psychothérapie familiale pendant laquelle le but est de libérer le système immobilisé et de redonner assez de flexibilité pour que la famille puisse travailler ensemble. Dans mon orientation, un système
théorique qui « pense » en termes de famille et travaille en vue d’améliorer le système familial « est » de la psychothérapie familiale.

Avec ce système théorique-thérapeutique, le problème initial du thérapeute est d’établir l’orientation du système. La plupart des familles nous sont adressées avec un diagnostic pour le dysfonctionnement. Elles pensent en termes médicaux et attendent du thérapeute qu’il change le
membre de la famille qui a été diagnostiqué ou, les parents peuvent attendre du thérapeute qu’il leur montre ou leur dise comment changer l’enfant sans comprendre, ni modifier leur part dans le système familial.

Avec beaucoup de familles, il est suprêmement facile pour le thérapeute d’établir cette orientation familiale dans laquelle il se trouve côte à côte pour les aider à comprendre et prendre les mesures pour modifier le système.

Pour aider à établir cette orientation, j’évite de diagnostiquer un quelconque membre de la famille, de même que d’autres concepts médicaux tels que « malade » ou « patient ».
Je m’oppose avec persistance à la tendance de la famille à me voir comme un thérapeute. A la place, je travaille à m’établir moi-même comme un consultant dans les problèmes de la famille lors des entretiens initiaux et comme un superviseur des efforts de la famille pour un processus à long terme.
Lorsque le thérapeute se permet de devenir un guérisseur ou un réparateur, la famille entre en dysfonctionnement en attendant que le thérapeute accomplisse son travail.
Dans la discussion de la famille comme un système, j’ai évité de dire quelle sorte de système.

La famille « est » un nombre de différentes sortes de systèmes.
Elle peut correctement être appelée un système social, culturel, un système de jeux de communication, un système biologique ou un quelconque terme parmi de nombreux autres.

A l’usage de ce système thérapeutique-théorique, je pense à la famille comme une combinaison de
systèmes émotionnels et relationnels. Le terme émotionnel se réfère à la force qui anime le système,
le terme relationnel, à la manière dont elle s’exprime. Sous « relation » peuvent être compris la communication, l’interaction et d’autres modalités relationnelles.

Ce furent quelques considérations de base à propos de l’homme et de la nature de la maladie émotionnelle, partiellement formulée avant la recherche de la famille, qui conduisirent la pensée théorique et le choix des divers concepts théoriques y compris la notion de système émotionnel.

L’homme est vu comme un assemblage évolutif de cellules qui est arrivé au stade présent après des centaines de millions d’années d’adaptation évolutionniste et de mal adaptation et qui continue à évoluer vers d’autres changements. Dans ce sens, l’homme est en relation directe avec toute la matière vivante.
En choisissant des concepts théoriques, on a essayé de les prendre en harmonie avec l’homme vu comme un être protoplasmique.
L’homme est différent des autres animaux par l’étendue de son cerveau et son habilité à raisonner et à penser.

Avec son habilité habituelle,. il a déployé de grands efforts pour accentuer son caractère unique et les différences qui le séparent des autres formes de vie et il a, comparativement, déployé peu d’efforts à comprendre sa relation aux autres formes de vie.

Une prémisse de base est que ce que l’homme pense et dit à propos de lui-même est différent en de nombreux points importants de ce qu’il « est ».
La maladie émotionnelle est vue comme un désordre du système émotionnel humain et le système
émotionnel humain est vu comme relié à la base à l’être protoplasmique de l’homme.

Je vois dans la maladie émotionnelle un plus profond phénomène que ce que conçoivent les théories
psychologiques courantes.

Il y a des mécanismes émotionnels aussi automatiques qu’un réflexe et on peut prédire cela comme on le peut pour les forces qui occasionnent la rotation de la face du tournesol vers le soleil. Je crois que les lois qui gouvernent le fonctionnement émotionnel humain sont aussi ordonnées que celles qui gouvernent les autres systèmes naturels et que la difficulté de comprendre le système est due
plus au raisonnement de l’homme qui dénie son existence qu’à la complexité du système.

Dans la littérature, il y a des vues différentes sur la définition d’ « émotion » et de « sentiments » et
leur relation entre elles.

Opérationnellement, je considère un système émotionnel comme quelque chose de profond qui est en contact avec les processus cellulaires et somatiques et le système des sentiments comme un pont qui est en contact avec des parties du système émotionnel d’une part et avec le système intellectuel d’autre part. Dans la pratique clinique, j’ai fait une claire distinction entre les sentiments qui ont
affaire avec la conscience subjective et les opinions qui ont affaire avec la logique et avec le raisonnement du système intellectuel.

La fréquence à laquelle on dit « je sens que » lorsqu’on pense « je crois que » est si fréquente que beaucoup usent des deux mots de manière synonyme.
Quelque validité qu’aient les idées qui amenèrent la sélection de ces concepts, elles jouèrent une place importante dans le choix des concepts.

On a essayé de prendre une terminologie aussi simple et descriptive que possible. Plusieurs facteurs ont déterminé cela.

L’effort pour penser la famille comme un système fluide, toujours en changement, fonctionnel a été freiné par l’usage de concepts statiques, fixes, apportés par la plupart des terminologies psychiatriques conventionnelles.

Au début de la recherche familiale, le libre usage de termes psychiatriques comme dépressif, hystérique et convulsif interférait avec des descriptions exactes et avec la communication.
Un effort a été fait pour interdire l’usage du jargon psychiatrique dans le staff de recherche et pour
employer de simples mots descriptifs. Ce fut une discipline pleine de valeur.
Il est difficile de communiquer avec des collègues sans utiliser des termes familiers.

Dans les premières années, je travaillais. à une certaine forme de corrélation entre les concepts familiaux et la théorie psychanalytique.
Dans les écrits et les communications professionnelles, l’emploi de certains termes familiers suscitait des discussions vigoureuses à propos des définitions convenant ou de l’emploi de certains termes. Quand la discussion allait au-delà d’échanges de vue productifs et tournait à des débats
cycliques non productifs qui consommaient temps et énergie, je choisis de décrire le phénomène familial en termes qui ne provoquent pas de débats, afin d’avancer dans la recherche aussi loin que possible et dans le but de laisser l’intégration des concepts individuels et familiaux pour les futures générations.

Bien qu’il y a des inexactitudes dans l’emploi du terme de psychothérapie familiale, j’ai retenu celui-
ci comme le meilleur compromis de travail entre la théorie et la pratique et pour en faire des descriptions aux autres professions avec lesquelles elle est en relation.

  LA THEORIE FAMILIALE.

Le concept central de cette théorie est la masse indifférenciée de l’ego familial.
C’est une unité émotionnelle agglomérée qui existe à tous les niveaux d’intensité de la famille dans laquelle elle est le plus intense jusqu’à celle où elle est le plus imperceptible.
La relation symbiotique entre une mère et son enfant est un exemple d’un fragment d’une de ses plus intenses versions.
Le père est, de façon égale, impliqué avec la mère et l’enfant et les autres enfants le sont avec de moindres degrés d’intensité. La notion de base à communiquer en ce moment est celle d’un processus émotionnel qui change continuellement de place à l’intérieur de la masse de l’ego de la famille nucléaire (père, mère et enfants) selon des modèles précis de sensibilité émotionnelle.

Le degré auquel un membre de la famille peut être impliqué dépend de son niveau de base d’implication dans la masse de l’ego familial. Le nombre de membres de la famille impliqués
dépend de l’intensité du processus et de l’état de fonctionnement des relations individuelles avec la
masse centrale à ce moment. Dans des périodes de stress, le processus peut impliquer le noyau familial entier. tout un spectre de membres de la famille plus périphériques et même des gens extérieurs et représentatifs de services sociaux, cliniques, écoles et tribunaux.

Dans des périodes de calme, le processus peut rester relativement contenu dans un étroit segment de
la famille, comme la relation symbiotique où le processus émotionnel fait des aller-retour entre la mère et l’enfant, le père étant isolé de ce couple intense.

Le terme masse indifférenciée de l’ego familial a été plus utilitaire que précis. Définis précisément,
les quatre mots ne vont pas ensemble, mais ce terme a été le plus efficace de tous dans la communication du concept de sorte que d’autres puissent l’entendre. Ainsi, les quatre mots, convoyant chacun une part importante du
concept, ont procuré une latitude à l’extension théorique de l’idée.

Cliniquement, les meilleurs exemples du système de relation à l’intérieur de la masse indifférenciée de l’ego familial sont procurés par les plus intenses versions de celle-ci, telles que la relation symbiotique ou le phénomène de la « folie à deux ». L’intimité émotionnelle peut être tellement
intense que les membres de la famille connaissent les sensations, les pensées, les fantaisies et les rêves de chaque
autre. Les relations sont cycliques. Il y a une phase d’intimité calme et confortable.

Cela peut devenir une intimité exagérée, anxieuse, inconfortable par l’incorporation du soi de l’un
par le soi de l’autre.
Alors apparaît la phase de rejet hostile distant dans laquelle les deux peuvent littéralement se repousser l’un l’autre.
Dans certaines familles, la relation peut évoluer en un cycle passant par ces phases à de fréquents intervalles. Dans d’autres familles, le cycle peut rester relativement stable pour de longues périodes, telle la phase de rejet irrité dans
laquelle 2 personnes peuvent se repousser l’une l’autre pour des années ou pour la vie.
Dans la phase de rejet, chacun peut arriver à un refus à l’intérieur d’une implication émotionnelle similaire avec un autre membre de la famille ou avec certaines autres personnes hors de la famille (ou avec certaines autres personnes).

A l’intérieur du système émotionnel familial, les tensions émotionnelles se déplacent continuellement en une succession ordonnée d’alliances et de rejets émotionnels.
L’élément de construction de base de chaque système émotionnel est le triangle. Dans les périodes calmes, deux membres du triangle ont une confortable alliance émotionnelle et le troisième, dans la position d’outsider défavorisé, essaie soit de gagner la faveur de l’un ou l’autre, soit pratique le rejet qui peut être destiné à gagner la faveur. Dans les situations de tension, l’outsider est dans une
position favorable et les deux personnes surinvesties émotionnellement essaieraient probablement
de faire des efforts pour impliquer la troisième dans le conflit.
Lorsque la tension augmente, cela augmente l’implication des membres extérieurs, les circuits émotionnels parcourent une série de triangles émotionnels qui s’enchevêtrent.
Dans les situations les moins impliquées, le processus émotionnel se déplace en un processus subtil
de sensibilité émotionnelle qui peut être comparé à une réaction en chaîne émotionnelle.
Les mécanismes peuvent être définis lors des étapes ultérieures de la psychothérapie familiale lors desquelles il est possible d’analyser le système émotionnel familial. Par exemple, un sourire d’un membre de la famille peut provoquer une réponse-action chez un autre et celle-ci peut provoquer une rêverie à propos d’un rêve chez un autre, lequel est suivi par une plaisanterie qui change le sujet
chez un autre.

Il y a trois concepts théoriques majeurs dans cette théorie.
Le premier se rapporte au degré de différenciation du soi d’une personne. L’opposé de la différenciation est le degré d’indifférenciation ou la fusion du moi.
On a essayé de classifier tous les niveaux du fonctionnement humain sur un simple continuum. D’un côté de l’échelle, on a la version la plus intense de la masse de l’ego familial indifférencié dans laquelle l’indifférenciation et la fusion de l’ego dominent le champ et il y a une petite différenciation
du moi.
La relation symbiotique et le phénomène de la « folie à deux » sont des exemples d’états cliniques avec une intense fusion de l’ego. De l’autre côté de l’échelle, la différenciation de soi domine le champ et il y a peu d’évidence patente de fusion de l’ego. Les personnes de ce côté de l’échelle
représentent les plus hauts niveaux de fonctionnement humain.

Un autre concept se rapporte au système relationnel à l’intérieur de la masse de l’ego de la famille nucléaire et les forces émotionnelles extérieures provenant du système émotionnel de la famille étendue et des systèmes émotionnels du travail et des situations sociales qui influencent le déroulement du processus à l’intérieur de la masse de l’ego familial.
L’important dans ce concept est le processus de projection familiale par lequel les problèmes parentaux sont transmis à leurs enfants.
Les modèles de ce processus ont été incorporés à un troisième concept qui s’occupe de
l’enchevêtrement des champs émotionnels de plusieurs générations et de la transmission parentale
des différents degrés de maturité ou d’immaturité sur de multiples générations.
Pratiquement, le terme masse de l’ego familial réfère à la famille nucléaire qui inclut le père, la mère et les enfants de la présente et de la future génération.
Le terme famille étendue se rapporte au réseau entier des membres vivants de la famille bien que, dans la situation clinique de tous les jours, il se rapporte habituellement au système des trois générations incluant grands-parents, parents et enfants. Le terme champ émotionnel se rapporte au processus émotionnel considéré comme étant dans n’importe quel domaine à ce moment-là.

« L’échelle de différenciation du soi » est un essai de conceptualiser tout le fonctionnement humain
avec un même continuum. Cette théorie n’a pas de concept de normalité. Il a été relativement aisé de
définir des taux « normaux » pour tous les domaines du fonctionnement physique humain, mais les essais d’établir une « normalité » pour le fonctionnement émotionnel ont été vains.

Comme ligne de référence pour ce système théorique, à un profil détaillé d’une complète différenciation de soi qui serait équivalent à une maturité émotionnelle complète, est attribué une valeur de 100 sur une échelle de 0 à 100.
Le niveau le plus bas : ne pas avoir de soi ou le niveau d’indifférenciation le plus prononcé est au bas
de l’échelle.

Nous présenterons quelques-unes des caractéristiques très générales de personnes de différents niveaux de l’échelle.
Les personnes dans le quart inférieur de l’échelle (de 0 à 25) sont celles avec le plus intense degré de fusion de l’ego et avec une faible différenciation de soi. Elles vivent dans un monde de sentiments si elles ne sont pas si malheureuses qu’elles en ont perdu la capacité de sentir. Elles sont dépendantes des sentiments de ceux qui les entourent. Tant d’énergie de leur vie se passe à maintenir le système
relationnel autour d’elles en « aimant » ou en « étant aimées » ou en réaction contre l’échec d’être aimé ou pour se sentir un peu plus à l’aise, de sorte qu’il n’y a plus d’énergie vitale pour autre chose.

Elles ne peuvent différencier un système de sentiments d’un
système intellectuel. La plupart des décisions de la vie sont basées sur ce qu’elles sentent bon ou simplement sur le désir d’être plus à l’aise.

Elles sont incapables d’utiliser le « je » différencié (je suis, j’aime, je veux faire, je ne veux pas faire) dans leurs relations avec les autres. Leur emploi du « je » est limité au narcissique « je désire, je suis choqué, je veux mes droits ».

Elles ont grandi comme des appendices dépendants de leurs masses de l’ego parental et, dans le cours de leur vie, elles essayent de trouver d’autres attachements de dépendance desquels elles peuvent emprunter assez de force pour fonctionner. Certaines sont capables de maintenir un système suffisant d’attachements dépendants pour fonctionner tout au long de leur vie sans symptômes.
C’est plus possible pour ceux de la partie supérieure de ce groupe.
Quelqu’un qui n’a pas de soi, qui est suffisamment adapté pour plaire à son patron peut être considéré comme un meilleur employé que s’il avait un soi.

Cette échelle n’a rien à voir avec des catégories de diagnostic. Tous dans le groupe ont des ajustements ténus, ils sont facilement stressés en un déséquilibre émotionnel et le dysfonctionnement peut être long ou permanent.
Le groupe comprend ceux qui se ménagent des ajustements marginaux et ceux dont les efforts ratent.
A l’extrémité la plus basse, sont ceux qui ne peuvent exister en dehors de murs protecteurs d’une institution.
Cela inclut les culs-de-sac de la société, beaucoup de personnes des groupes socio-économiques plus
bas et ceux des groupes socio-économiques plus hauts avec des fusions du moi intenses.
Je verrais la personne très profondément schizophrène à 10 ou en dessous sur l’échelle et ses parents à
pas plus de 20.

En thérapie familiale, je n’ai pas encore vu, dans ce groupe, une personne qui aurait atteint un niveau de
base de différenciation de soi plus haut. Beaucoup arrivent à un niveau raisonnable de soulagement de
leurs symptômes, mais l’énergie vitale est dépensée à se sentir mieux. Si elles peuvent atteindre un
certain soulagement de symptômes et un attachement dépendant dans lequel elles peuvent, puiser de
l’énergie, elles sont satisfaites du résultat.

Les personnes dans le second quart de l’échelle (25 à 50) sont celles avec des fusions de l’ego moins
intenses et avec un soi pauvrement défini ou une capacité débutante de différenciation du soi. Cela
doit être en termes généraux parce que une personne du niveau 30 a beaucoup de caractéristiques des
gens de l’échelle la plus basse et ceux entre 40 et 50 ont beaucoup de caractéristiques de l’échelle la
plus haute.
Cette échelle pourvoit une possibilité de décrire des gens avec des sentiments. A partir de 50, en
diminuant, c’est de plus en plus un monde de sentiments, excepté pour ceux à l’extrémité la plus
basse qui peuvent être trop pauvres pour sentir.
Une personne typiquement émotive est une personne qui est sensible à une harmonie émotionnelle
ou à une dysharmonie autour d’elle. Les sentiments peuvent s’élever jusqu’à des sommets avec la
louange et l’approbation ou être jetées dans le néant par la désapprobation.
Tellement d’énergie vitale se passe à « aimer », à chercher « l’amour » et l’approbation qu’il reste peu
d’énergie pour l’activité auto-déterminée centrée sur un but.
Des décisions importantes de la vie sont basées sur ce qu’on sent bon. Le succès dans les affaires et
la poursuite professionnelle est déterminée plus par l’approbation des supérieurs et le système
relationnel que par la valeur inhérente à leur travail.
Les gens de ce groupe ont quelque conscience des opinions et croyances du système intellectuel,
mais le soi naissant est habituellement si fusionné avec les sentiments qu’il s’exprime en
autoritarisme dogmatique, dans l’obéissance d’un disciple ou dans l’opposition d’un rebelle.
Une conviction peut ainsi être fusionnée à des sentiments qu’elle devient une « cause ».

Dans la partie la plus basse de ce groupe, il y a quelques bien typiquement « non soi ». Ce sont des personnalités changeantes qui, manquant de croyances et de convictions personnelles, s’adaptent rapidement à l’idéologie prédominante.

Usuellement, ils s’acoquinent avec le système qui complète le mieux leur système émotionnel. Pour éviter de secouer leur système émotionnel, ils utilisent une autorité extérieure pour soutenir leur position dans la vie.
Ils peuvent se servir de valeurs culturelles, de religion, de philosophie, de la loi, de livres de règles, de science, de la physique ou d’autres sources semblables.

A la place d’user du « je crois » des personnes les plus différenciées, elles peuvent dire « la science a montré ... » et il est possible de prendre la science, la religion ou la philosophie en dehors de son contexte et de « prouver » n’importe quoi.

Il est trompeur de corréler cette échelle avec des catégories cliniques, mais les gens dans la partie
inférieure de ce segment de l’échelle, sous stress, peuvent développer des épisodes psychotiques
passagers, des problèmes de délinquance ou d’autres symptômes de même intensité.
Ceux dans le rang supérieur de l’échelle peuvent développer des problèmes névrotiques.
La différence principale entre ce segment et le quart le plus bas de l’échelle est que ces gens ont
quelques capacités pour la différenciation de soi.
J’ai eu quelques familles de niveau 25 à 30 qui ont atteint un degré bien élevé de différenciation.
C’est une évolution possible mais de « faible probabilité ». La plupart, dans ce niveau, perdront la
motivation quand l’équilibre émotionnel est restauré et les symptômes disparus.
La « probabilité » de différenciation est plus élevée dans le rang de 35 à 50.

Les gens dans le troisième quart de l’échelle (50 à 75) sont ceux avec les plus hauts niveaux de
différenciation et de plus bas degrés de fusion du moi.
Ceux de ce groupe ont franchement des opinions et des croyances bien définies sur la plupart des
problèmes principaux, mais la pression à l’uniformité est grande et, sous un stress suffisant, elle peut
compromettre les principes et prendre des décisions émotionnel plutôt que de risquer de déplaire aux autres en restant sur leurs convictions.
Ils restent souvent silencieux et évitent d’avancer des opinions qui pourraient les écarter de celles de
la foule et perturber leur équilibre émotionnel.
Les gens de ce groupe ont plus d’énergie pour des activités à but dirigé et moins d’énergie est captée
pour maintenir le système émotionnel en équilibre.
Sous stress suffisant, ils peuvent présenter des symptômes physiques ou émotionnels assez graves,
mais les symptômes sont plus épisodiques et le rétablissement plus rapide.

Les gens dans le quart supérieur de l’échelle (75 à 100) sont ceux que je n’ai jamais vus dans mon
travail clinique et que je rencontre rarement dans les relations sociales et professionnelles.
En considérant L’échelle entière, il est essentiellement impossible pour quelqu’un d’avoir « toutes » les
caractéristiques que j’assignerais au 100. Dans ce groupe, je prendrai en considération ceux qui sont
au niveau 85 à 95, ce qui inclura la plupart des caractéristiques d’une personne différenciée.

Ce sont des gens orientés selon des principes, dirigés sur un but, qui ont beaucoup de qualités, qui
ont été appelés dirigés de l’intérieur.
Ils commencent à se séparer de leurs parents déjà dans l’enfance. Ils sont toujours sûrs de leurs
croyances et convictions mais ne sont jamais dogmatiques ou fixés dans leurs pensées.
Il peuvent apprendre et évaluer les points de vue des autres et écarter des croyances anciennes au
profit de nouvelles.
Ils sont suffisamment sûrs d’eux-mêmes pour que leur fonctionnement ne soit pas affecté par les
louanges ou les critiques des autres. Ils peuvent respecter le soi et l’identité d’un autre sans devenir
critiques ou embarqués émotionnellement dans des essais pour modifier le cours de la vie d’un autre.
Ils assurent la totale responsabilité d’eux-mêmes et sont sûrs de leurs responsabilités en famille et en
société.

Ils sont réalistement conscients de leur dépendance de leurs compagnons.
Avec l’habilité à garder un fonctionnement émotionnel contenu dans les limites de soi, ils sont libres
de se mouvoir dans n’importe quel système de relation et de s’engager dans toute une gamme de
relations intenses sans un « besoin » de l’autre qui pourrait empêcher leur fonctionnement.
« L’autre », dans une telle relation, ne se sent pas utilisé.
Ils épousent des conjoints d’un égal degré de différenciation. Avec chacun un soi bien défini, il n’y a
pas de questions ou de doutes au sujet de la masculinité ou de la féminité. Chacun peut respecter le
soi et l’identité de l’autre.
Ils peuvent maintenir des « soi » bien définis et s’engager dans d’intenses relations émotionnelles en
même temps. Ils sont libres de relâcher les limites du moi pour le plaisir du partage des « soi » dans la
sexualité ou d’autres expériences émotionnelles intenses sous réserves et avec la pleine assurance
pour chacun de pouvoir se désengager de ce genre de fusions émotionnelles et poursuivre la route,
quand ils le veulent, vers où ils le veulent.

Ces brèves caractérisations de larges segments de l’échelle transmettront une vue générale du
système théorique qui conçoit tout le fonctionnement humain sur le même continuum. L’échelle a

affaire avec des niveaux de « base » de différenciation. Un autre concept important a à voir avec les
niveaux « fonctionnel » de différenciation qui sont si marqués dans la moitié inférieure de l’échelle
que le concept de niveaux de « base » peut être trompeur. Au plus intense est le degré de fusion du
moi, au plus l’emprunt, le prêt, le don et le partage du soi avec la masse du moi de la famille est
intense. Au plus il y a des changements de « force » à l’intérieur de la masse du moi, au plus
probablement il y a des différences marquées dans les niveaux de fonctionnement du soi. Ces brefs
changements occasionnels sont frappants. Un des meilleurs exemples de cela est celui de la personne
schizophrène régressée devient débrouillard quand ses parents sont malades, pour régresser
seulement lorsqu’ils sont rétablis.

D’autres changements sont si fixes que l’on se demande comment quelqu’un de si fort peut épouser
quelqu’un de si faible. Un exemple frappant de cela est le mari très adapté qui pourrait bien
fonctionner dans son travail jusqu’à peut-être 55
en se basant sur la force d’une femme qui ne quitte pas la maison à cause des phobies, des excès de
boisson ou de l’arthrite et un niveau de fonctionnement de 15.
Dans cette situation, le niveau de base pourrait être à environ 35. Des fluctuations sont présentes
mais peu marquées dans la moitié supérieure de l’échelle et il est facile d’estimer le niveau de base.
Les gens hauts sur l’échelle n’ont souvent pas de changements fonctionnels. Les autres
caractéristiques s’appliquent à l’échelle entière. Plus bas est la personne sur l’échelle, plus elle tient à
des dogmes religieux, des valeurs culturelles, de la superstition et d’autres modes de croyance, moins
elle est capable d’abandonner des idées auxquelles on tient rigidement. Plus une personne est bas sur
l’échelle, plus elle fait un gros problème de rejet, de manque d’amour et d’injustice et plus elle
demande récompense pour ses blessures. Plus bas elle est sur l’échelle, plus intenses sont les fusions
du moi et plus extrêmes les mécanismes tels que la distance émotionnelle, l’isolation, le conflit, la
violence, la maladie physique pour contrôler l’émotion de trop de repliement. Plus intenses sont les
fusions du moi, plus grande est la chance qu’elle puisse connaître intuitivement ce que les autres
pensent et sentent. En général, plus la personne est bas sur l’échelle, plus il y a affaiblissement dans
la pleine signification de la communication.

  LE SYSTEME RELATIONNEL DANS LE MOI-COLLECTIF DE LA FAMILLE NUCLEAIRE

Un exemple de couple dont les époux se situent au niveau 30-35 peut nous donner une idée sur
plusieurs concepts de ce système théorique.
Enfants, les deux époux étaient attachés à leurs propres parents d’une manière dépendante. Après
l’adolescence, dans l’effort d’être autonomes, tous les
deux niaient cette dépendance pendant qu’ils habitent encore à la maison où ils utilisaient la distance
physique et la séparation pour arriver à cette autonomie.
Tous les deux peuvent fonctionner relativement bien tant qu’ils maintiennent la relation distante ou
fortuite. Tous les deux sont sensibles à l’intimité d’une relation émotionnelle intense. Tous les deux
aspirent à cette intimité, mais ils y sont en même temps allergiques. Pour chacun, le mariage
redouble les caractéristiques essentielles du moi-collectif familial où les frontières du moi sont
annulées et où a lieu une incorporation des deux pseudo-soi en un soi commun. Dans le rapport à
l’autre, chacun utilise les mêmes mécanismes
qui étaient en jeu avec leur famille d’origine. Par exemple, celui qui a essayé de fuir sa propre famille
tendra aussi à fuir de son mariage.
Le mécanisme le plus commun est d’user d’une distance émotionnelle suffisante pour pouvoir
fonctionner avec un niveau raisonnable du pseudo-soi.
La vie future de ce nouveau moi-collectif familial va dépendre de la constellation de mécanismes qui
opèrent à l’intérieur du moi collectif familial et d’autres qui opèrent au dehors dans leurs relations
dans le système familial étendu.

A l’intérieur du moi-collectif familial, les époux utilisent trois mécanismes principaux pour contrôler
l’intensité de la fusion du moi :

1) Le conflit marital dans lequel chaque époux lutte pour une même proportion de soi commun et
aucun des deux ne cède à l’autre.

2) Dysfonctionnement chez un des époux. Un modèle fréquent est une courte période de conflit
jusqu’à ce qu’un des époux finisse par céder, à contre cœur, pour soulager le conflit.

Normalement, les deux époux se voient comme étant celui qui cède toujours, mais il y a toujours eu
un qui le fait le plus souvent. Un autre modèle est celui où l’un des époux s’offre à ne pas s’affirmer
soi-même et ceci pour soutenir l’autre ; dans ce cas, lui ou elle devient dépendant.
L’époux qui perd son soi dans ce mécanisme peut arriver à fonctionner à un niveau si bas qu’il
ou elle est candidat à une maladie physique, émotionnelle ou sociale.
Il y a des mariages qui tiennent pendant des années où l’un fonctionne bien et l’autre est
chroniquement malade.

3) Transmission du problème à un ou plusieurs enfants.

Celui-ci est un des mécanismes les plus communs pour traiter les problèmes du moi-collectif
familial. Il y a quelques familles pour lesquelles les problèmes du moi-collectif sont relativement
contenus à l’intérieur d’un de ces trois types.

Il y en a quelques-uns qui ont des problèmes maritaux sévères mais où il n’y a pas déséquilibre chez
l’un des époux ni transmission du problème aux enfants.
Il y en a aussi quelques-uns sans conflit marital, sans dysfonctionnement chez aucun des époux, mais
dont le poids du problème est transmis à un enfant.

Il peut ne pas y avoir de symptômes significatifs avant l’adolescence et c’est seulement à
l’adolescence que l’enfant s’effondre dans un dysfonctionnement psychotique ou dans un autre type
de dysfonctionnement de même gravité.
Dans la plupart des familles, le problème entre les époux s’étendra aux trois domaines.

Les quelques familles chez lesquelles le problème reste contenu dans un seul « type » sont très
importantes au point de vue théorique. Le fait qu’il y ait des familles avec un conflit marital intense
sans déséquilibre chez les enfants montre avec évidence que le conflit marital ne doit pas, en soi,
causer des problèmes aux enfants. Le fait qu’un déséquilibre sérieux chez les enfants peut se
développer dans un mariage calme et harmonieux montre avec plus d’évidence que le déséquilibre
chez les enfants peut se produire sans conflit.

Le degré du problème entre les époux peut être représenté par des mesures quantitatives. Le système
fonctionne comme s’il y avait une certaine quantité d’immaturité qui doit être absorbée par le
système. Des grandes quantités de celle-ci peuvent être absorbées par un membre de la famille qui a
un dysfonctionnement sérieux. Un parent chroniquement malade peut être une sorte de protection
contre un déséquilibre sérieux chez l’enfant.
Quand il s’agit du type « transmission aux enfants », le processus de projection familiale se concentre
sur un enfant et épargne relativement les autres.
Il y a sûrement des familles dans lesquelles la quantité d’immaturité est tellement grande qu’il y a à la
fois un conflit marital maximal, un important déséquilibre chez l’un des époux, un maximum
d’implication des enfants, un conflit avec les familles d’origine et encore de l’immaturité flottante.

Les mécanismes qui jouent en dehors du moi-collectif de la famille nucléaire sont importants pour
déterminer la suite et l’intensité du processus qui se vit à l’intérieur de celle-ci. Quand il y a un degré
significatif de fusion du moi, il y a aussi un emprunt et un partage de la force du moi entre la famille
nucléaire et la famille d’origine.
Dans des périodes de tension, la famille nucléaire peut se stabiliser par un contact émotionnel avec la
famille d’origine ; de même, la famille nucléaire peut être dérangée par la tension de la famille
d’origine.

En général, l’intensité du processus dans une famille nucléaire
peut être atténuée par des contacts actifs avec la famille d’origine. Il y a un modèle frappant qu’on
peut illustrer par l’exemple suivant : le père s’est séparé de lui-même de la famille quand il quitta pour
l’enseignement supérieur. Il n’y avait entre eux que des contacts peu fréquents, des visites brèves, ces
lettres occasionnelles et des cartes de Noël.

Il se maria avec une femme qui maintenait un contact ferme avec sa famille par de nombreux
échanges de lettres et de cadeaux, des réunions de famille régulières et des visites à des membres
lointains du clan. Cinq des six frères et
sœurs du père suivaient le même modèle de séparation d’avec la famille d’origine. La mère venait
d’une famille de cinq et les époux de chaque frère et sœur furent introduits dans l’orbite familiale. Le
modèle est si commun que je l’ai appelé familles explosives et cohésives.
L’époux qui se sépare de sa famille d’origine ne résout pas son attachement émotionnel. La vieille
relation reste latente et peut être revécue lors d’un contact émotionnel.

A travers des rapports actifs avec la famille cohésive, le système de la famille nucléaire est sensible
aux évènements émotionnels qui passent à l’intérieur de la famille cohésive élargie.
Il y a d’autres familles nucléaires dans lesquelles les deux époux sont d’habitude plus dépendants l’un
de l’autre et le processus émotionnel dans la famille tend à être plus intense.
La famille moyenne dans laquelle les deux époux sont émotionnellement séparés de leur famille
d’origine tendent à plus investir dans les systèmes émotionnels du travail et des situations sociales ;
c’est l’exemple d’une famille dans laquelle le principal lien émotionnel extérieur était la longue
dépendance émotionnelle du père par rapport à son chef de travail. Au cours des semaines qui
suivirent la mort de son chef, son fils adolescent eut de sérieux déséquilibres liés à un problème de
comportement.

Une brève période de psychothérapie familiale avec le père seulement restitua aux parents l’équilibre
émotionnel suffisant pour travailler productivement ensemble à la résolution de l’interdépendance
familiale.
La connaissance des modèles relationnels qui jouent dans le système familial étendu est importante
pour comprendre le problème dans son ensemble et pour trouver un programme de psychothérapie
familiale.

  PROCESSUS DE TRANSMISSION MULTIGENERATIONNELLE

Un des concepts importants dans ce système théorique est le modèle qui surgit au cours des
générations quand les parents transmettent les degrés variables de leur immaturité à leurs enfants.
Dans beaucoup de familles, les parents transmettent une partie de leur immaturité à un ou plusieurs
de leurs enfants.
Pour illustrer ce modèle multigénérationnel dans sa forme la plus graphique et extrême, je
commencerai par des parents qui ont un degré moyen de différenciation et je présumerai que, dans
chaque génération, les parents projettent la plus grande partie de leur immaturité dans un seul enfant,
créant de la sorte un déséquilibre maximum chez un enfant dans chaque génération.
Je supposerai aussi que, dans chaque génération, un des enfants grandit relativement en dehors des
demandes émotionnelles et des pressions du moi-collectif familial et qu’il atteint, dans cette situation,
le plus haut niveau de différenciation possible.
Il serait essentiellement impossible que ce modèle se réalise génération après génération, mais cela
peut illustrer le modèle.

L’exemple commence avec des parents qui se situent à 50 dans l’échelle. Ils ont trois enfants.
L’enfant le plus concerné est à 35 dans l’échelle, beaucoup plus bas que le niveau de base des parents,
à un degré maximum de détérioration pour une génération.
Un autre enfant se trouve à 50, le même niveau de base que les parents. Le troisième enfant grandit
relativement en dehors des problèmes du moi-collectif familial et arrive à 60, un niveau beaucoup
plus haut que celui des parents.
En considérant l’enfant à 35 qui se marie avec une femme se trouvant aussi à 35, les caractéristiques
de personnalité de ce couple varieront en accord avec la façon dont ce moi-collectif familial manie
ces problèmes.

Une famille avec un maximum de projection peut avoir un couple tranquille et presque toutes les
préoccupations viseront la santé, le bien-être et l’accomplissement de l’ enfant le plus concerné.
Celui-ci se situera à un niveau aussi bas que 20 , un autre enfant qui grandira en dehors du moi-
collectif familial à un niveau de 45, beaucoup plus haut que celui des parents. Le fait d’avoir deux
enfants, l’un à 20 et l’autre à 45 est à peine probable.
L’enfant à 20 est désormais dans la zone de danger et il est sensible à la totalité des problèmes
humains. Au cours des premières années, il sera un enfant réussissant très bien à l’école et après,
dans les années post-adolescentes, il s’effondrera (émotionnellement Avec de l’aide spéciale, il

pourra éventuellement finir l’école, passer quelques années sans but défini puis trouver une épouse
dont les désirs d’un « autre » soient aussi grands que les siens.
A ce degré de fusion du moi, les problèmes sont trop grands pour être contenus dans une même zone.
Ils auront probablement un tas de problèmes sociaux, de santé, de couple et le conflit sera trop grand
pour être seulement projeté sur un seul enfant.
Ils peuvent avoir un enfant à 10, un autre à 15 et un autre qui grandira en dehors de la masse
familiale à un niveau de 30, beaucoup plus haut que le niveau de base des parents.
Ceux de 10 et de 15 sont de bons candidats pour s’effondrer dans des états tels que la schizophrénie
ou des comportements criminels.

Ceci illustre les premières conclusions comme quoi il faut au moins trois générations pour qu’une
personne acquiert ce niveau de non-soi qui la fera s’effondrer par après dans la schizophrénie. Dans
la plupart des cas, l’immaturité progressera beaucoup plus lentement. Aussi, dans chaque génération,
il y a des enfants qui montent dans l’échelle mais, dans la plupart des familles, cette ascension se fait
beaucoup plus lentement que dans l’exemple.

Il faut remarquer que les niveaux d’échelle utilisés dans les exemples précédents
servent à illustrer les grands principes du système théorique. Il y a une telle sensibilité aux
changements dans la moitié plus basse de l’échelle, d’heures en heures, de semaines en semaines, à
travers des bonnes et des mauvaises années, qu’on ne peut établir des niveaux, même approximatifs,
qu’après avoir

pris conscience des variables particulières les plus opératives pour une période de temps plus ou
moins longue. Ce sont le niveau général et le modèle qui ont le plus d’importance dans la situation
clinique. Les niveaux donnés dans les concepts multigénérationnels sont strictement schématiques et
dans un
but illustratif uniquement.
Les postulats pour établir les concepts ont été pris d’un matériel historique qui couvre 3 ou 4
générations pour une centaine de familles et 10 générations ou plus pour 8 familles.

Il y a un autre concept théorique que j’ai combiné avec mes conceptions de travail et qui est utilisé
avec chaque famille. Il s’agit des profils de personnalité des différentes positions dans la fratrie,
comme ils furent présentés, par TOMAN dans « Family Constellations ».
Je considère ce travail comme une des contributions de ces dernières années les plus significatives
pour la connaissance de la famille.

Il propose la thèse suivante : les caractéristiques de la personnalité sont déterminées par les positions
dans la fratrie et par la constellation familiale dans laquelle chacun grandit.
J’ai trouvé que les profils de personnalité sont remarquablement corrects, spécialement pour les
sujets se situant vers le milieu de mon échelle de différenciation du soi.
Naturellement, TOMAN fit son étude avec des familles « normales » et n’essaya pas d’estimer d’autres
variables. Il n’a pas non plus considéré les altérations de la personnalité des enfants qui font l’objet du
processus de projection familiale.

On peut donner l’exemple du changement d ’une famille avec deux sœurs dont la plus âgée est celle
qui est la plus touchée par le système émotionnel familial et se présente avec un profil d’une jeune
enfant. Et la sœur cadette, moins troublée dans son système émotionnel avec les parents a les
caractéristiques d’une sœur aînée.
Beaucoup de ces profils sont un mélange de caractéristiques d’enfant et d’adulte.
Plus un sujet est haut dans l’échelle, plus prédominantes sont les qualités d’adulte ; l’inverse est aussi
vrai.

  UTILISATION CLINIQUE DE LA PSYCHOTHERAPIE FAMILIALE

J’espère que les concepts théoriques aident le lecteur à penser plus en termes de système familial
qu’en termes de catégories diagnostiques et de dynamiques individuelles. Chaque point de la théorie
a une application dans l’évaluation clinique et la psychothérapie familiale.
Ce chapitre sera présenté en trois parties :

1) Relevé des champs familiaux ;

2) Processus de différenciation du self dans la psychothérapie familiale ;

3) Principes et techniques de la psychothérapie familiale.

1) RELEVE DES CHAMPS FAMILIAUX.

Le terme est utilisé pour désigner les processus d’évaluation d’une famille employés dans la première
entrevue avec chaque famille que je vois. Il est destiné à récolter une masse de données d’information
en peu de temps.

Cette information est utilisée avec la théorie de la famille pour formuler des modèles généraux de
fonctionnement dans la masse d’ego familial depuis deux générations. La formulation est utilisée

pour planifier la psychothérapie. Initialement, cela requiert un certain nombre d’heures pour récolter
cette information. Avec la pratique et une structuration attentive de l’entrevue et une famille
moyenne relativement peu compliquée, il est possible de faire un relevé adéquat pour la planification
de la psychothérapie en une heure.
Ceci diffère du type d’évaluation dans lequel le thérapeute doit passer plusieurs heures avec
l’ensemble des membres de la famille pour observer le fonctionnement du système des relations
familiales. Dans la formation de jeunes thérapeutes, une expérience considérable de l’observation des
groupes de membres de la famille ensemble est essentielle.
Il est impossible de connaître une famille sans observation clinique directe et il n’est pas
recommandé de travailler avec des parties de la famille tant qu’on n’a pas une connaissance
approfondie de l’ensemble.

En ce qui concerne la famille moyenne, la première interview se fait avec les deux parents qui
peuvent donner habituellement plus d’informations qu’un séparément. De plus, cela fournit une vue
de la relation conjugale au travail. S’il est évident que des conflits conjugaux peuvent interférer avec
le recueil des données,
je demande souvent à voir le parent qui connaît le mieux la famille. Quelques développements
intéressants peuvent en découler.
La plupart des familles demandent de l’aide quand il y a dysfonctionnement dans l’un des trois
principaux domaines producteurs de stress dans la famille nucléaire : 1° le conflit conjugal,
2° le dysfonctionnement d’un conjoint,
3° le dysfonctionnement d’un enfant.
Pour illustrer ce relevé, je vais me servir d’une famille consultant pour un problème comportemental
pour un enfant de 10 ans.

Dans le relevé des champs familiaux, je veux d’abord connaître le fonctionnement de la famille
nucléaire et ensuite le fonctionnement de la famille au sens large en interaction avec la famille
nucléaire. Un bon point de départ s’avère être une anamnèse chronologique du développement du
symptôme de
l’enfant de 10 ans avec les dates et les circonstances précises de l’apparition de chaque symptôme.
Plusieurs manifestations du symptôme peuvent correspondre avec d’autres évènements dans les
champs de la famille nucléaire et de la famille au sens large.
Les parents peuvent raconter que l’enfant a fait pour la première fois l’école buissonnière en 8ème
année, mais cela apporterait davantage en ce qui concerne le système familial que le jour où il a fait
l’école buissonnière était celui où sa grand-mère maternelle était hospitalisée pour un examen pour
un cancer éventuel. Une information concernant les systèmes de vécu et de fantasmes des

autres membres de la famille ce jour-là pourrait être d’une grande utilité si elle pouvait être obtenue.

La deuxième aire d’investigation est le fonctionnement de la masse de l’ego parental depuis le
mariage.

Cette unité émotionnelle a son système propre de dynamique interne qui change au cours des années.
Le système interne répond aux champs émotionnels des étendues au sens large et aux tensions
(stress) de la réalité de la vie.
Le but est d’avoir un aperçu chronologique bref du système interne tel qu’il interagit avec les forces
extérieures.
Ceci peut être comparé à deux champs magnétiques qui peuvent s’influencer mutuellement. Le
fonctionnement interne est influencé par des évènements internes tels que la proximité ou la distance,
le contact émotionnel avec la famille au sens large, les changements d’habitation, l’achat d’une
maison et les succès
et échecs dans la profession. Les évènements principaux qui influencent les 2 champs émotionnels
sont les naissances dans la masse d’ego centrale et des maladies graves ou des décès dans la famille
au sens large.

Le fonctionnement à l’intérieur de la masse d’ego peut être estimé à l’aide de quelques questions
concernant les terrains de stress qui sont le conflit conjugal, une maladie ou un autre
dysfonctionnement et la projection sur l’enfant. Un changement dans les symptômes de stress peut
être mis en rapport avec les dynamiques internes ou des évènements externes. Les dates de ces
changements sont importantes.
La transformation d’une relation sereine à une relation conflictuelle peut être expliquée par l’épouse
comme « le temps où j’ai commencé à m’opposer à lui » alors que cela peut correspondre avec un
désordre dans la famille au sens large.

Des changements importants dans la masse d’ego familial accompagnent la naissance d’enfants. La
naissance du premier enfant transforme la famille d’un système de deux personnes à un système de
trois personnes. Lors d’un évènement aussi important que cela, il est désirable de faire un relevé du
système familial entier incluant la place, la date et l’âge de chaque personne dans la maisonnée ainsi
que son fonctionnement et un contrôle de ce qui se passe dans les familles élargies.
Il est souhaitable d’obtenir des explications concernant le vécu et les fantasmes des différents
membres de la famille à propos des points anxiogènes, si c’est possible.

Un contrôle des processus de projection familiaux est souvent aisé en s’informant sur les fantasmes
de la mère avant et après la naissance de l’enfant. S’il s’agit d’un processus de projection significatif,
ses ennuis et préoccupations sont fixés sur l’enfant depuis la grossesse, sa relation avec ce dernier a
été « différente », elle a eu depuis longtemps des ennuis avec lui et elle aime en parler.
Un processus de projection intense et à long terme, ancré depuis longtemps, est révélateur d’un
problème plus profond et plus sérieux chez l’enfant. Un processus de projection qui a commencé plus
tard, peut-être à la suite du décès d’un membre important de la famille, est beaucoup moins sérieux et
plus facile à manier dans la psychothérapie familiale.

Un processus de projection, d’ habitude entre mère et enfant, change le fonctionnement interne du
système familial. Cette énergie psychique entre ces derniers change le système d’énergie psychique
de la famille. Il peut servir à réduire un conflit conjugal mais peut aussi perturber l’époux au point
qu’il commence à passer de plus longues heures à son travail ou qu’il commence
à boire ou à avoir une liaison ou à se rapprocher émotionnellement de ses parents.
Le relevé est poursuivi jusqu’à ce qu’on arrive aux symptômes de l’enfant chez qui il y a déjà des
points qui peuvent être mis en relation avec des dates et des évènements de la relation parentale. Le
relevé donne un tableau des niveaux de fonctionnement général de la sensibilité ou stress et un
aperçu de la souplesse ou de la rigidité du système entier.
Il donne aussi une notion concernant le conjoint plus adapté qui est d’habitude le plus passif. Le plus
adapté est beaucoup plus que quelqu’un qui présente un niveau superficiel contrôlé.
Cela implique le système de fantasmes, de sentiments et d’action tout entier. Un conjoint qui
développe un symptôme physique en réponse à un conflit émotionnel est dans un état de profonde
adaptation cellule à cellule.

Le champ suivant d’investigation est constitué par les deux champs de la famille élargie selon l’ordre
choisi par le thérapeute. Celui-ci est semblable au relevé de la famille nucléaire à part qu’il se centre
sur les structures globales. Les dates, âges et endroits exacts sont très importants.

La profession du grand-père et une note sur la relation conjugale et sur la santé de chaque grand-
parent donne des indications concernant la masse d’ego de cette famille.
Une information concernant chaque frère et sœur inclut l’ordre de naissance, les dates exactes de
naissance, la profession, l’endroit de résidence, quelques mots concernant le conjoint et les enfants,
une note sur le déroulement global de la vie et la fréquence et la nature du contact avec les autres
membres de la famille.

A partir de cette brève information, qui peut être obtenue en 5 ou 10 minutes, il est possible d’avoir
:une notion précise concernant la masse de l’ego de la famille et la manière dont le parent
fonctionnait dans le groupe.
Les frères et les sœurs qui réussissent sont d’habitude le moins engagés dans le système émotionnel
familial.
Ceux qui réussissent mal sont d’habitude le plus engagés. La distance avec les autres membres de la
famille et la qualité des contacts émotionnels avec la famille donnent des indications sur la façon
dont la personne manie toutes ses relations émotionnelles et si ceci mène vers une famille qui se
morcelle ou se tient. On trouve souvent des maladies physiques dans les familles à niveau peu élevé
de différenciation du self.
La position dans la fratrie est une des informations les plus importantes. Celle-ci, en plus du niveau
général de fonctionnement familial, rend possible de supposer, avec assez bien de précision, d’un
profil de personnalité qui sera à contrôler par la suite.
En général, un style de vie développé dans la famille d’origine opèrera dans la famille nucléaire et
aussi dans la psychothérapie familiale.

Les relevés des champs familiaux sont de même type pour d’autres problèmes, excepté pour certaines
nuances.
Certains domaines peuvent exiger une investigation détaillée. Il est toujours d’une grande utilité de
remonter autant de générations que possible. L’objectif général est de suivre la famille entière à
travers le temps en se centrant sur les
évènements qui peuvent être mis en relation dans les champs envisagés. Plus le niveau général de
différenciation est bas dans une famille, plus la fréquence et l’intensité des incidents à mettre en
relation sera grande.

Un second bénéfice du relevé du champ familial est le fait que la famille commence à prendre
conscience d’évènements en relation.
Le système émotionnel de la famille tend toujours à l’obscurcissement et au souvenir erroné et à
considérer de tels évènements comme des coïncidences.

La famille réagit à l’effort d’obtenir des dates précises par "c’était quand il avait à peu près ...11 ou 12
ans« , « il devait être en 5ème année » ou »il y a à peu près 5 ou 6 ans" ; il faut des questions
persistantes et des calculs savants pour obtenir une information précise.
Le processus d’obscurcissement est illustré par une famille en thérapie familiale : 10 jours après que
l’épouse soit revenue des funérailles de sa mère, sa fille fait une néphrite. Quelques semaines après,

l’épouse affirmait que la maladie de sa fille précédait la mort de sa mère. La mémoire du mari et mes
notes étaient exactes.
En principe, je n’ai jamais voulu considérer comme établie une relation de causalité ou aller plus loin
que de noter que de tels évènements avaient une relation chronologique frappante.
De la même façon, je crois que cela a à voir avec le refus de dépendance qu’un homme éprouve vis-
à-vis d’autrui.
J’évite des hypothèses dynamiques spécieuses et j’enregistre des explications familiales telles que "le
membre de la famille disait...". Je n’ai jamais été capable d’utiliser des évènements relatés, tôt dans la
psychothérapie.
Au début de la psychothérapie familiale, il y avait la tentation de montrer cela à la famille après la
1ère interview. Certaines familles y trouvent une raison de ne jamais revenir. Mon but est de poser
des questions et de laisser parler le calendrier lorsque les autres sont capables d’entendre.

Le relevé de champs familiaux est primordial pour la connaissance de la famille, la manière dont elle
opère et la planification de la psychothérapie.
Si les symptômes se développent lentement dans la famille nucléaire, il est probable qu’ils sont le
produit d’une lente construction dans la famille nucléaire.
Si les symptômes se développent plus rapidement, la situation nécessite une investigation
approfondie recherchant un trouble dans la famille élargie ; s’il s’agit d’une réponse à la famille
élargie, il peut être considéré comme une crise aiguë et il est probablement facile de restaurer le
fonctionnement familial.

Ce qui suit est un exemple de multiples problèmes aigus qui se produisent à la suite d’un trouble dans
la famille élargie.

Une femme de 40 ans nous est adressée pour dépression pour laquelle on a proposé une
hospitalisation. Son mari appartient à une famille serrée de 6 frères et sœurs qui tous vivent à une
distance de quelques centaines de milles de leurs parents. Deux ans avant, sa mère, âgée de 65 ans,
avait subi une mastectomie complète pour cancer du sein.
Deux semaines après l’opération, une sœur du mari avait eu un sérieux accident d’auto requérant
plusieurs mois d’hospitalisation. Six semaines après l’opération, un des frères du mari a un fils arrêté
pour une série d’actes délinquants dont le premier s’est produit deux semaines après l’opération.
Après une première interview de l’épouse déprimée uniquement, on voit les deux conjoints
ensemble.

Quelques heures de travail centré sur les sentiments concernant la mère amènent une amélioration
rapide de la dépression et posent les bases pour une psychothérapie familiale à long terme avec les
deux conjoints.

2) LE PROCESSUS DE DIFFERENCIATION DU SELF

L’effort principal de ce système thérapeutique tend vers une aide à chaque membre de la famille
individuellement pour arriver à un plus haut niveau de différenciation du self.
Un système émotionnel fonctionne avec un équilibre délicatement balancé dans lequel chacun
apporte un peu de son être et son soi pour le bien-être des autres.
Dans un état de déséquilibre, le système familial opère automatiquement pour restaurer l’équilibre
précédent, quoique ceci coûte à certains.
Lorsqu’un individu évolue vers un plus haut niveau de différenciation du self, il trouble l’équilibre et
l’ensemble s’y oppose avec vigueur.
Dans un système émotionnel plus large, un individu peut joindre un allié ou un groupe pour
s’opposer aux forces du système, seulement pour se retrouver dans une nouvelle unité indifférenciée
avec ses alliés (comme une secte ou une

minorité à l’intérieur d’un système plus large), unité dans laquelle il est encore plus difficile de se
différencier, que de celle dans laquelle on se trouvait.
Chaque effort couronné de succès pour la différenciation est celui d’un individu seul. Quelques-unes
des forces qui s’opposent à la différenciation du self seront décrites dans la suite.
Lorsqu’un individu peut maintenir sa différenciation en dépit de l’opposition, plus tard, la famille
applaudit.

Un des concepts importants de ce système théorique est celui qui concerne les triangles.
Il n’était pas inclus dans les autres concepts parce qu’il a plus à voir avec la thérapie qu’avec les
fondements théoriques de base. L’élément structurant de base de tout système émotionnel est le
triangle.
Lorsqu’une tension émotionnelle dans un système de deux personnes dépasse un certain niveau, il
implique une troisième personne, ce qui permet à la tension de voyager à l’intérieur du triangle. Deux
personnes, n’importe lesquelles du triangle, peuvent y ajouter un nouveau triangle. Un système
émotionnel est composé d’une série de triangles rattachés les uns aux autres.
Le système de tension émotionnelle peut voyager de l’un à l’autre des circuits préétablis.
Le fait est établi que le système de tension originaire entre deux personnes se résout de lui-même
automatiquement lorsqu’il est inclus dans un système de trois personnes dont une reste
émotionnellement détachée. Il sera discuté sous le titre de « détriangulation du triangle ».

A partir de l’expérience de ce système thérapeutique, il y a deux voies principales menant à un plus
haut niveau de différenciation du self :

1° La meilleure consiste en la différenciation d’un self, par rapport à son conjoint, comme un effort
en coopération en présence d’une triangulation potentielle (psychothérapeute) qui peut rester
émotionnellement non impliqué. Pour moi, c’est la baguette magique de la psychothérapie familiale.
Ils doivent être suffisamment impliqués l’un avec l’autre pour supporter l’anxiété de la différenciation
et suffisamment mal à l’aise pour être motivés à faire l’effort.

L’un puis l’autre progressent à petits pas jusqu’à ce que la motivation disparaisse.

2° Commencer la différenciation seul, sous la direction d’un superviseur, comme un pas préliminaire
vers le principal effort de différenciation du seul, par rapport à l’autre personne importante. Cette
seconde voie constitue un modèle de psychothérapie familial avec un membre de la famille.

3° Une troisième voie est moins efficace. C’est le processus entier sous la tutelle du superviseur qui
mène les opérations des coulisses. L’utilisation directe du triangle peut se faire ; le processus est
généralement plus lent et les risques de déboucher dans une impasse sont plus fréquents.

Comme commentaires généraux sur la différenciation le plus haut niveau de différenciation qui soit
possible dans une famille est le plus haut niveau que chaque membre peut atteindre et maintenir
contre l’opposition émotionnelle de la cellule familiale dans laquelle il vit.

3) PRINCIPES ET TECHNIQUES DE LA PSYCHOTHERAPIE FAMILIALE.

Mon approche optimale de tout problème familial s’il y a conflit conjugal ou déséquilibre d’un
conjoint ou d’un enfant est de commencer avec les époux ensemble et de continuer avec eux deux
pour toute la période de la psychothérapie familiale. Dans la plupart des familles, ce parcours
optimal est impossible. Quelques 30 à 40% des heures destinées à la famille se passent avec un
membre de la famille, surtout pour des situations dans lesquelles un époux est opposant ou peu
motivé ou lorsque le progrès avec les deux est trop lent.
La méthode d’aide apportée à un membre de la famille pour différencier un soi sera discutée par la
suite.
La méthode de travail avec les deux parents provient de plusieurs années d’expérience dans laquelle
les deux parents et l’enfant- problème (habituellement un comportement post-adolescent et des
problèmes névrotiques) assistaient à toutes les sessions ensemble.

Une durée moyenne pourrait être d’un an ou plus.

La communication familiale est améliorée, les symptômes ont disparu et les familles voudraient
terminer, très contentes du résultat. Il n’y a pas de changement fondamental dans la structure de la
relation parentale considérée comme étant à l’origine de problèmes. En supposant que le système
familial entier changerait si la relation parentale changeait, je commençai à demander à de tels
parents de laisser l’enfant à la maison et de se centrer sur leurs propres problèmes. Ceci a donné les
résultats les plus satisfaisants dans mon expérience.
Beaucoup d’enfants qui ont été à l’origine de l’effort familial n’ont jamais été vus et d’autres l’ont été
une fois seulement.
Les parents qui obtenaient les meilleurs résultats auraient continué à peu près 4 ans, à raison d’une
fois par semaine, pour un total de 175 à 200heures avec de meilleurs résultats que ce qu’ils auraient
pu obtenir avec toute autre méthode psychothérapeutique dans mon expérience.
Les enfants étaient débarrassés de leurs symptômes en quelques semaines ou quelques mois et les
changements dépassaient de loin la famille nucléaire pour atteindre la famille élargie.
La durée se situait de façon si constante aux environs de 4 ans que je crois que c’est la somme de
temps nécessaire pour une différenciation du soi.
Certaines personnes peuvent passer une vie sans se définir elles-mêmes par rapport à de nombreuses
questions vitales.
Je suis maintenant occupé à essayer de diminuer la fréquence des rendez-vous pour réduire le total
de temps.

Le processus de base du travail avec mari et femme ensemble est resté très semblable à travers les
années, avec quelques accentuations et quelques modifications différentes dans les concepts
théoriques. Avant, je poussais la communication des impressions et l’analyse de l’inconscient à
travers les rêves.
Plus récemment, j’ai porté mon attention sur le processus pas à pas d’extériorisation et la séparation
de leurs fantasmes, impressions et système de pensée. C’est un processus de découverte de son
propre soi et aussi du soi de l’autre. Il y a eu des commentaires tels que "je ne savais pas que tu avais
ces idées là", et la réponse « je n’ai jamais osé raconter cela à personne avant et surtout pas à toi ».

Ce qui suit constitue un exemple de deux petites étapes de différenciation avec la réponse
émotionnelle de l’autre. Une femme, après plusieurs heures de réflexion privée, annonce "j’ai décidé
de consacrer toutes les réflexions, le temps et l’énergie que j’employais à essayer de te rendre
heureux, pour essayer de devenir une femme et une mère plus capable. Rien de ce que j’essayais ne
marchait réellement. J’ai réfléchi et j’ai un plan". Le mari réagit avec la réaction habituelle lorsqu’un
autre se pose en « je ». Il est anxieux et heurté. Il termine avec "si j’avais réalisé que cela deviendrait
comme cela après 15 ans, je peux vous dire une chose : il n’y aurait jamais eu de mariage". Endéans

la semaine, il est heureux avec sa « nouvelle » femme. Quelques semaines plus tard, après avoir
beaucoup réfléchi, il annonce "j’ai essayé de penser à mes responsabilités envers ma famille et mon
travail. Je n’ai jamais été très clair à ce sujet. Si je travaillais tout le temps, je sentais que je négligeais
ma famille. Si je passais plus de temps avec ma famille, je sentais que je négligeais mon travail.
Voici mon plan".
La femme réagit avec émotion à ce manque réellement égoïste d’intérêt montrant finalement sa vraie
nature. En une semaine, cela s’est tassé.
Quand des époux modifient les relations entre eux, ils perturbent l’équilibre émotionnel de leur
famille d’origine où ils ont les mêmes réactions et décisions qu’entre eux.
La plupart de ces époux sont devenus les plus responsables et les plus respectés de leur deux clans
familiaux.
La même résistance au changement se produit dans les systèmes sociaux et professionnels.
Le point important à communiquer ici est que le changement dans le soi perturbe l’équilibre
émotionnel et provoque les forces d’opposition dans tous les systèmes connexes.
Si les deux époux peuvent réaliser un premier changement dans leurs relations à deux, il est
relativement facile de poursuivre avec les autres systèmes.

Un des processus les plus importants de cette méthode de psychothérapie est l’attention continue du
thérapeute pour définir son self par rapport aux familles.

Ceci commence au premier contact qui définit ce système théorique et thérapeu- tique et ses
différences avec les autres.
Les prises de position qui ont à voir avec « ce que je veux faire et ce que je ne veux pas faire » sont
importantes.
Je crois qu’un thérapeute est en position malheureuse lorsqu’il demande à une famille de faire
quelque chose qu’il ne fait pas lui-même.

Lorsqu’une famille progresse lentement dans sa définition, je me demande s’il n’y a pas un domaine
important de vague ambiguïté face auquel je ne me suis pas situé moi-même.

A présent, je vais décrire la psychothérapie familiale avec un membre de la famille.
La notion fondamentale de celle-ci concerne la découverte d’une voie pour commencer quelque
changement dans une famille où plus rien ne bouge, la découverte d’une voie pour entrer en contact
avec les forces et les ressources familiales et briser le contact avec le marasme morbide, et
l’apparition d’une différenciation pour sortir de ce bourbier familial.
Réellement, s’il est possible d’obtenir une différenciation à partir d’un membre de la ramille, cela peut
libérer l’entièreté du système familial. La communication de cette idée a été difficile. Pour ceux qui

utilisent un modèle médical et considèrent la relation thérapeutique comme le principal remède à la
maladie émotionnelle, cette idée est erronée.
J’ai utilisé différents concepts pour essayer d’écrire au sujet de cette idée et bon nombre de ponts de
vue pour essayer de l’enseigner.
Il y en a qui considèrent cela comme le traitement du membre le mieux portant de la famille à la
place du patient en se basant sur le fait que le plus sain est le plus capable de modifier son
comportement. C’est une description adéquate du but, mais elle utilise le terme « sain » au lieu de
« malade », ce qui constitue encore un modèle médical. Un thérapeute qui cherche à traiter le plus sain
avec son orientation médicale pourrait, soit le pousser à partir, soit en faire un « patient ».

Le mariage conflictuel donne un des meilleurs exemples de travail avec un conjoint. C’est une
situation clinique dans laquelle le système émotionnel est

probablement coincé dans un dysfonctionnement avant qu’il demande de l’aide. Le mariage a
commencé sur un mode idyllique dans lequel chacun a voué un haut pourcentage de son soi au
bonheur et au bien-être de l’autre.
Ceci, je l’ai appelé un contrat frauduleux à partir duquel il est réellement impossible pour chacun de
déboucher sur une satisfaction. Avec cet arrangement, le fonctionnement du soi est dépendant de
l’autre et, dans ce

sens, toute faille dans le bonheur ou dans le fonctionnement est la faute de l’autre.
L’investissement émotionnel dans l’autre continue, seulement il se transforme en énergie négative qui
accuse, inculpe et diagnostique. Le mariage conflictuel est, je crois, un mariage durable à cause de
l’énergie investie.
La quantité de temps passée à penser à l’autre est probablement plus grande que dans les mariages
sereins.
Vu l’intensité de l’interdépendance émotionnelle et la capacité d’utiliser le conflit, les époux en
conflit ne demandent habituellement pas d’aide jusqu’à ce que les mécanismes adaptatifs soient
bloqués.

Dans un haut pourcentage de mariages à problèmes, je vois un conjoint seul pendant quelques mois
avant qu’un travail paisible ensemble ne soit possible. Le choix de la personne à voir d’abord est
facile lorsque l’un est motivé et l’autre opposant ; c’est un peu différent lorsque les deux sont vus
ensemble et que, d’une façon répétée, l« accusation » de l’autre et l’excuse de soi continuent en
entrevue.
S’ils sont quelque peu capables de stopper répétitions et d’en considérer la structure, je continue avec
les deux ensemble, si un effort vigoureux pour les aider à dominer cette répétition n’aboutit pas, je

dis que je considère cela comme répétitif et non productif, que je ne veux pas passer mon temps de
cette façon et que je désire voir le plus sain, le mieux intégré seul pendant une certaine période pour
l’aider à acquérir une certaine objectivité et un contrôle émotionnel.

Demander qui est le plus sain change l’orientation et leur diagnostic à long terme "tu es le malade qui
a besoin d’un psychiatre". 

Je ne vois pas les époux alternativement. Cela mène à la triangulation personne ne s’attaque
réellement au problème, chacun
attend que l’autre le fasse et chacun essaye de se justifier devant le thérapeute.
11es positions « je », toutes basées sur l’expérience, sont en termes
de ce que je veux faire et de ce que je ne veux pas faire et elles ne sont jamais en termes de ce qui est
le mieux.

Vu que le processus de travail avec un membre de
la famille seul est semblable dans toutes les situations, je vais décrire l’effort avec un conjoint à
problème dans les détails.
Les premières sessions consistent en une communication détaillée d’orientation à l’aide d’exemples
cliniques et d’un tableau pour des diagrammes.
En d’autres termes, le principe consiste à détourner l’énergie psychique de l’autre et à l’investir dans
les limites de l’ego, précairement définies. Cela comprend l’idée de dépasser la préoccupation de
l’autre en réduisant les pensées dirigées vers l’autre, l’énergie verbale et active qui est destinée à
attaquer et à
changer l’autre et à diriger cette énergie pour le changement de soi. Ce dernier comprend trouver une
façon d’écouter les attaques de l’autre sans répondre, de trouver une façon de vivre ce qui est
sans essayer de le changer, de dire ses croyances et ses convictions sans attaquer celles de l’autre ; il
comprend aussi l’observation du rôle que le soi joue dans la situation.
Une bonne partie du temps est vouée à poser le soi du thérapeute face au conjoint.
Ces idées sont transmises pour leur utilité possible dans la définition du soi. On dit que d’autres les
ont trouvées de quelque utilité, que leur effort ratera s’ils les utilisent sans les incorporer à leur soi
comme leur propre conviction.

Demander qui est le plus sain change l’orientation et leur diagnostic à long terme "tu es le malade qui
a besoin d’un psychiatre". Je ne vois pas les époux alternativement. Cela mène à la triangulation
personne ne s’attaque réellement au problème, chacun attend que l’autre le fasse et chacun essaye de
se justifier devant le thérapeute.
Mes positions « je », toutes basées sur l’expérience, sont en termes de ce que je veux faire et de ce que
je ne veux pas faire et elles ne sont jamais en termes de ce qui est le mieux.
Vu que le processus de travail avec un membre de la famille seul est semblable dans toutes les
situations, je vais décrire l’effort avec un conjoint à problème dans les détails.
Les premières sessions consistent en une communication détaillée d’orientation à l’aide d’exemples
cliniques et d’un tableau pour des diagrammes.
En d’autres termes, le principe consiste à détourner l’énergie psychique de l’autre et à l’investir dans
les limites de l’ego, précairement définies. Cela comprend l’idée de dépasser la préoccupation de
l’autre en réduisant les pensées dirigées vers l’autre, l’énergie verbale et active qui est destinée à
attaquer et à changer l’autre et à diriger cette énergie pour le changement de soi. Ce dernier
comprend trouver une façon d’écouter les attaques de l’autre sans répondre, de trouver une façon de
vivre ce qui est sans essayer de le changer, de dire ses croyances et ses convictions sans attaquer
celles de l’autre ; il comprend aussi l’observation du rôle que le soi joue dans la situation.
Une bonne partie du temps est vouée à poser le soi du thérapeute face au conjoint.
Ces idées sont transmises pour leur utilité possible dans la définition du soi. On dit que d’autres les
ont trouvées de quelque utilité, que leur effort ratera s’ils les utilisent sans les incorporer à leur soi
comme leur propre conviction.

On dit aussi qu’il serait peu réaliste d’ essayer quelque chose en quoi l’on ne peut pas croire
réellement et que ce sera leur tâche et responsabilité que de trouver d’autres idées et principes si
celles-ci (les idées dont on a parlé) ne correspondent pas bien à son propre soi.

On leur assigne la tâche de devenir des observateurs chercheurs et on a dit qu’une grande partie de
chaque heure sera consacrée à leur compte-rendu de leurs efforts pour se voir soi.
Je leur parle des étapes prévues auxquelles ils peuvent s’attendre si les efforts sont couronnés de
succès ou ce qui concerne la définition de soi et qu’ il retiennent les actions, les mots et les pensées
critiques qui ont essayé de diriger la vie du conjoint. S’ ils sont couronnés de succès à ce point de
vue, la première réaction sera quelque tension de "tu es mesquin, plus égoïste, plus vicieux, tu ne
comprends pas, tu ne m’aimes pas et tu essaies de faire mal".
Lorsqu’ils peuvent écouter cette attaque prévue sans réagir, une borne est posée sur la route.

Ils peuvent ensuite s’attendre à un retrait venant de l’autre qui souligne "va au diable, je n’ai pas
besoin de toi". Ce sera l’étape la plus difficile. Ils peuvent devenir déprimés et confus et développer
toute une série de symptômes physiques. Ce sont les réactions de leur corps et de leur psychisme qui
crie pour garder la dépendance et l’intimité passée.
S’ils peuvent vivre avec les symptômes sans réagir, ils peuvent attendre que l’autre fasse une nouvelle
et différente demande d’affection à un niveau plus élevé de maturité.
Habituellement, peu de jours après cela, l’autre conjoint demande à prendre l’heure de thérapie et,
souvent, peu de séances après cela, ils peuvent finalement travailler ensemble.

Le style de vie de ce faible niveau de différenciation est l’investissement de l’énergie psychique dans
le soi d’un autre. Lorsque cela arrive dans la thérapie, c’est du transfert. Un but de cette thérapie est
d’aider l’autre personne à faire un projet de recherche de sa vie.

Il est important d’arriver à se contenir soi-même avec le thérapeute comme avec l’autre conjoint.
Si la personne comprend la nature de l’effort comme un but de vie et si elle comprend que le progrès
ralentira ou s’arrêtera si elle engage de l’énergie dans

le soi du thérapeute, elle est dans une meilleure position pour aider à garder l’énergie centrée sur le
but.
Si le progrès s’arrête, la thérapie familial passe à un effort similaire avec l’autre conjoint.
Il est impossible d’utiliser cette différenciation de cette approche du soi avec les deux époux. Cela
débouche sur une triangulation intense.

Le travail avec un conjoint malade dépend du problème et de qui demande de l’aide. Si le conjoint
qui est sain demande de l’aide, le malade est prêt à s’écrouler.
Avec ces gens là, je m’attache à éviter les relations avec le côté malade de la famille et j’essaye de
relier au côté non-malade de la famille en ce qui concerne ses problème avec le conjoint malade.
Certaines de ces familles montrent un soulagement remarquable du symptôme avec peu de séances,
mais ces gens ne sont pas motivés à aller au-delà du soulagement du symptôme. Lorsqu le conjoint
malade demande de l’aide, je sors une phrase détachée du genre "examinons cela et comprenons la
part que vous comprenez au problème familial". Les cellules du conjoint malade entrent littéralement
en dysfonctionnement en présence de l’autre conjoint, particulièrement chez ceux qui présentent des
troubles somatiques et sérieusement intro-jectés.
Si l’autre conjoint est introduit trop tôt l’effort thérapeutique peut se terminer en quelques heure.
Un but consiste à proposer la théorie de famille très tôt et à attendre jusqu’à ce que le soi du malade
puisse opérer en présence de l’autre sans être dysfonctionnel.

On a obtenu quelques résultats a long terme excellents, comprenant à peu près 6 mois avec le malade
et quelque deux ans avec les deux.
Les problèmes d’impuissance et de frigidité appartiennent plus au champ de fonctionnement
relationnel. Ils peuvent être habituellement transformés en familiaux en quelques heures et la réponse
a été bonne. L’impuissance disparait

souvent en quelques mois et la frigidité est rarement mentionnée après quelques mois.
La plupart de ces familles ont une thérapie familiale à long terme de deux ans ou plus.

Le problème de l’enfant triangulé présente un des problèmes les plus difficiles en thérapie familiale.
A partir de l’anamnèse de la famille, peut surgir une bonne estimation de l’intensité du processus. S’il
n’est pas trop fort, les parents peuvent se centrer sur leurs propres problèmes immédiatement ; ils
oublient presque l’enfant et subitement, il est sans symptôme.
Même avec une triangulation sévère, je fais un essai avec les parents ensemble pour tester la
souplesse de la relation parentale. Dans la triangulation sévère ou la projection du problème parental
sur l’enfant, les parents ne sont pas capables de laisser l’enfant en dehors de leurs sentiments, pensées
et actions. Il y a des situations moins graves où les parents essayent vraiment de travailler leurs
problèmes, mais leur relation est alourdie et sans vie. La vie et le soi sont investis dans l’enfant.
Une réaction viscérale dans laquelle l’intérieur d’un parent se noue en crampes en réponse à
l’inconfort de l’enfant est commune.

Après plusieurs années de méthodes destinées à soulager le symptôme, incluant un travail avec des
combinaisons variées des membres de la famille, j’ai commencé ce qu’on appelle la détriangulation
du triangle. Ceci s’avère trop complexe pour une brève discussion, mais cela comprend l’aide à un
parent pour établir une position en « je » et pour différencier un soi dans la relation avec l’enfant.

S’il y a une autre magie dans la thérapie familiale, c’est la réaction de la famille lorsqu’un parent peut
commencer a différencier un soi du « nous » amorphe de la masse fortement différenciée du soi familial.
Un morceau de soi clairement défini dans cet océan de substance amorphe peut amener une période de
calme stupéfiant. Le calme peut rapidement déboucher sur d’autres problèmes, mais la famille est
différente. L’autre parent et l’enfant fusionnent dans une unité plus intense qui alternativement attaque le
parent qui se différencie et plaide pour qu’il rejoigne leur unité. Si la personne qui se différencie peut
maintenir un « je » raisonnable pour quelques jours, il y a une diminution automatique de l’intensité de
l’attachement entre les deux autres et une diminution permanente de l’intensité du triangle.
Le second pas comprend un effort similaire auprès de l’autre parent pour différencier un self.
A présent, la relation parentale est devenue un peu plus vivante. Il y a ensuite un autre cycle avec
chaque parent séparément.
Et ensuite encore plus de vie et d’entrain entre les parents.
La différenciation avance lentement à ce niveau de fusion entre les egos, mais il y a eu quelques-unes
de ces familles qui sont arrivées à un niveau raisonnable de différenciation.

Il y a plusieurs autres configurations de psychothérapie familiale avec un membre de la famille, mais
celle-ci permet une brève discussion des principes de base.
Elle est utilisée lorsque le système familial est si bloqué que les efforts pour travailler avec plusieurs
membres de la famille augmentent le dysfonctionnement ou lorsque le travail avec plusieurs membres
aboutit à une impasse cyclique.
L’effort consiste à aider un membre de la famille à un haut niveau
de fonctionnement qui, si possible, peut rétablir le fonctionnement du système familial.

[1* Traduction du texte « The use of family theory in clinical practice » publié dans Comprehensive Psychiatry 7 345-374 (1966) et repris dans Changing Families J. Haley (editor) New-York Grune and Stratton (1974) p.159-191.

[2En 1921, Flugel publie son livre bien connu « l’Etude Psychanalytique de la Famille » (2).


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