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Introduction de la conférence de Jean Van Hemelrijck

intitulé Ulysse en systémique : prise en charge systémique et contexte ; à la recherche des ressources.

vendredi 16 avril 2021 par Melen Marc

Introduction Première conférence 2020-2021

Bienvenue au cycle de conférences 2020-2021 du CFTF intitulé Ulysse en systémique : prise en charge systémique et contexte ; à la recherche des ressources.

Ce titre a un air de déjà entendu. Effectivement, cette année plutôt que de proposer un thème nouveau, les circonstances nous ont amené à reprendre le cycle là où nous l’avions laissé. Ainsi, nous reprenons le cycle avec la conférence de Jean Van Hemelrijck suivie le 5 mars 2021 de celle de Luigi Cancrini concernant la psychothérapie des enfants victimes de violences ou d’abus. Viendront ensuite, le 23 avril 2021, la conférence de Marco Vannotti sur la question de l’éthique dans la thérapie puis la conférence de Jean-Paul Gaillard consacrée aux contradictions inhérentes aux institutions de soins. Cette conférence aura lieu le 18 mai 2021.

Depuis six ans maintenant, nous avons fait le choix de placer le cycle de conférences sous les auspices d’un mythe célèbre que nous tentons de revisiter en lui appliquant un regard systémique. Je rappelle brièvement les finalités ainsi poursuivies, dans l’intérêt des candidats en début de formation et du public extérieur pour qui la démarche pourrait paraître incongrue sans un mot d’explication.

L’intention est triple. Il s’agit, premièrement, de favoriser un fonctionnement en système ouvert où le fait de participer à une conférence ne se réduit pas à écouter la bonne parole prodiguée par un conférencier-expert mais plutôt à entamer un processus de réflexion, au risque de repartir avec davantage de questions que de réponses au terme de la conférence. Notre intention est donc de proposer une introduction en contrepoint par une amplification métaphorique plutôt qu’une introduction linéaire ou redondante.
Il s’agit, deuxièmement, de mettre en œuvre, un principe fondamental de la deuxième systémique, celui de la co-construction. En fonction de ce principe, nous tentons, dans le cadre du mandat qui est le nôtre, de construire avec les systèmes consultants des façons de voir la réalité qui offrent des perspectives différentes pour aborder les difficultés qui sont les leurs. Proposer une introduction sous forme d’amplification métaphorique, c’est offrir au conférencier une réflexion lui donnant peut-être l’occasion d’envisager le thème abordé sous un angle différent. C’est aussi lui signaler qu’il nous a déjà mis au travail.
Il s’agit, enfin, d’inscrire notre réflexion dans un cadre qui nous dépasse. Si des récits inventés parfois depuis plusieurs millénaires nous parlent encore aujourd’hui, c’est qu’ils concernent les questions qui nous préoccupent depuis la nuit des temps en tant qu’espèce capable de produire une réflexion sur soi-même. Ainsi le mythe d’Œdipe nous a aidé à réfléchir sur la question des violences dans la relation, celui de Sisyphe de réfléchir au risque d’inertie qui menace les systèmes confrontés à la maladie grave ou chronique. Déméter enfermée dans le deuil impossible de sa fille Perséphone nous a offert quelques points de projection ou d’identification à propos du processus de deuil. Je ne vais pas citer tous les mythes parcourus, ces exemples suffisent je crois à situer l’intérêt d’une lecture systémique des mythes.

Reprenons la métaphore d’Ulysse. L’année dernière, à l’occasion de la conférence du Dr Mertens, nous avons suggéré qu’Ulysse était une métaphore du patient hospitalisé en psychiatrie. Nous avons vu aussi, lors de la conférence de la Docteure Meynckens-Fourez, comment le séjour chez la nymphe Calypso pouvait être assimilé à une aide sous contrainte aux résultats mitigés.
Pour mettre en perspective le mythe d’Ulysse avec la conférence du jour, je repars des deux éléments esquissés par Jean Van Hemelrijck dans le résumé de sa conférence, celui du voyage et de l’exploration de l’intime en toute discrétion. Se soigner, nous suggère Jean Van Hemelrijck c’est en quelque sorte accomplir un périple qui conduit ou bien vers des lieux convenus, préétablis par les instances officielles ou bien vers le lieu plus improbable d’un thérapeute en pratique libérale sur base de telle ou telle recommandation. Or Ulysse est bien la personnification du voyage thérapeutique. Les différentes étapes du voyage d’Ulysse sont autant d’épreuves au cours desquelles il est amené à se débattre contre des sources d’ennui, de tracas. Pour reprendre la suggestion d’Alessandra Lukinovich, dans son analyse littéraire structuraliste du mythe, on peut réunir les différentes épreuves d’Ulysse en deux types, celles où il s’expose au risque des tentations séductrices et celles où il s’expose au risque des monstres dévoreurs. Dans la première catégorie, on pense aux confrontations avec Calypso ou Circé pour n’en citer que deux. Dans la deuxième catégorie, on pense à l’escale sur l’île des Lotophages ou au combat contre le Cyclope, par exemple.
En réfléchissant à cette question, nous nous sommes dit, Jacques Beaujean et moi-même, qu’il y avait un lien entre ces catégories d’épreuves. Un peu comme si dans certaines circonstances, les patients pouvaient parfois être à la fois en lutte contre des tentations séductrices et dans le combat avec des monstres dévoreurs. C’est en tout cas ainsi qu’à posteriori nous relisions l’histoire d’un patient que nous avions en commun, lui dans le cadre d’une thérapie de couple et moi le monsieur dans le cadre d’une thérapie individuelle. Ce monsieur combinait deux traits principaux, celui d’être un coureur de jupons invétéré et celui de prendre la posture du justicier prêt à sortir son arme – c’est un militaire – pour restaurer l’ordre en s’attaquant à tous les dysfonctionnements qui gangrènent son institution, se mettant ainsi à dos sa hiérarchie. Le travail thérapeutique mené sur deux niveaux lui a permis de cheminer là-dedans, peut-être parce que progressivement il a pu sentir en quoi ses expositions aux tentations séductrices étaient en lien avec ses luttes contre ses monstres dévoreurs, à savoir ses parents perçus comme destructeurs de sa légitimité. Dans mon cadre, il y a eu un travail sur les loyautés invisibles au sens de la thérapie contextuelle : être meilleur que le père sur le plan de l’éthique relationnelle dans son métier tout en étant aussi grand coureur de jupons que lui. Comme parfois la loyauté changeait de domaine, être un bon professionnel sur le plan technique comme le père et faire mieux que lui dans les galipettes, le patient tournait en rond.
Revenons au mythe d’Ulysse, pour aborder la question de l’intime, autre dimension à laquelle Jean Van Hemelrijck nous invite à réfléchir aujourd’hui. Il y a dans le mythe, ce moment capital où échouant sur l’île des Cimmériens, Ulysse est amené à descendre aux enfers. La descente aux enfers est une métaphore du processus d’intériorisation, de la plongée dans l’intime. Là, c’est un autre Ulysse qui apparaît. Un Ulysse qui cesse d’être l’homme aux mille ruses -principal attribut d’Ullysse- pour se risquer à un dialogue authentique avec de nombreuses figures majeures de son existence. En effet, par un procédé rituel, Ulysse rend vie aux spectres errant dans les enfers pour échanger avec eux. Il y rencontre Tyrésias, le devin qui lui fait part de sa destinée prochaine, sa mère, son compagnon d’arme Agamemnon, etc. Avec chacun, il échange des propos qui l’amènent à faire le point sur son existence, sur ce qui l’anime. Ce n’est pas sans rappeler ce que nous essayons d’instaurer dans les séances avec les systèmes consultants : un dialogue fécond entre eux et avec nous pour favoriser des relations plus authentiques où chacun peut sentir reconnu dans ce qu’il est individuellement et dans sa contribution au fonctionnement familial.
Cette descente aux enfers, située quasiment au centre de l’œuvre, joue véritablement le rôle de bascule, de pivot. A partir de là, la nature du voyage d’Ulysse va changer radicalement. Ayant baissé les armes pour aller plus authentiquement vers lui et les autres, le voyage devient moins une lutte contre des ennemis extérieurs. Il prend de l’étoffe et devient le véritable héros qu’il veut être en fonction de lui-même et non de la prescription sociétale qui lui a été faite jusque-là : sois un guerrier et un roi. Cette transformation intime va lui donner une nouvelle boussole lui permettant de réaliser son rêve le plus cher, revenir sur son île natale, Ithaque.

Je termine ici et laisse le soin à Isabelle Neirynck de présenter le Cimmérien facilitateur de la rencontre intime qu’est Jean van Hemelrijck.


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