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Comment questionner son travail au bénéfice de son expérience ?

mercredi 9 décembre 2020 par Melen Marc , beaujean

 Comment questionner son travail au bénéfice de son expérience ?

L’expérience clinique, c’est-à-dire la somme des adaptations que chaque situation requiert pour améliorer l’écoute singulière de la personne, a rarement fait l’objet d’une réflexion écrite. Une partie se retrouve dans les écrits théoriques, mais leur forme est dans une telle distanciation, une telle objectivité, que ceux-ci reflètent mal ce qui a pu se passer dans les échanges. Ces écrits tentent d’ériger en savoir académique aux frontières claires, un savoir qui par nature ne peut que demeurer flou. L’écoute ne peut supporter cette quête de démonstration parfaite, car elle doit nous motiver à ne pas clôturer trop vite le sujet et à toujours nous interroger. Dans ce qui suit, nous voudrions rendre compte de l’expérience clinique en essayant de rester au plus près de ce qui la rend vivante.

 Comment mettre nos difficultés au service de notre créativité ?

Aujourd’hui, c’est exceptionnel, Thérèse n’a qu’une consultation de couple, ce matin. Elle se sent détendue. Très contente de cette perspective, elle coupe quelques fleurs avant l’arrivée de ce premier rendez-vous. 

Elle ne le sait pas encore, mais ce premier rendez-vous va être un cauchemar. Dialogue de sourds, violences verbales, elle ne peut pas avoir de place malgré toutes ses tentatives. Comme dans la passion, ils restent seuls, créant eux-mêmes leurs insécurités. Leurs vibrations sonores sont amplifiées, de peur de perdre sans doute la preuve du caractère « exceptionnel » de leur amour.

Thérèse s’est mise à fonctionner sur mode machinal. Elle se posa la question de la pertinence de leur remettre un autre rendez-vous, elle le fera. Elle constata avec amertume qu’elle en a même perdu la notion du temps, car elle leur a accordé une demi-heure de plus.
 Elle s’est sentie humiliée, impuissante. Et elle s’en veut. Peut-être qu’une autre fois, elle sera plus cassante ou plus sur la défensive. Mais est-ce la bonne solution ?

 Divers options pour soutenir la créativité

Vous pourriez penser que Thérèse suivrait le conseil d’une de ses amies : « Va donc te défouler, fais du sport ». Thérèse utilise déjà ce type d’activité cathartique. Grâce à un travail psychothérapeutique personnel antérieur, elle a appris la valeur de mettre ses souffrances au travail ou de revisiter ses traumatismes, de regarder ses imperfections et ses difficultés avec bienveillance et sait aussi que les intégrer dans le récit de sa vie peut véritablement constituer en soi un processus d’évolution personnel.

Elle va s’appliquer à essayer de tirer réellement parti de ce ressenti d’impuissance, peut-être de honte, d’humiliation. Elle est convaincue du cadeau que constitue cette invitation au voyage par ce couple dans ses émotions personnelles. Il n’est pas exclu que sa propre démarche narrative puisse être analogue à la leur et, si c’était le cas, cela lui permettrait d’être plus authentique avec eux. Ils découvriraient une communication plus subjective donc plus proche.

Thérèse connaît les diverses formes d’aides pour transformer cette mésaventure en expérience enrichissante. Elle peut choisir en fonction de ses ressentis. Après le temps du risque et de l’inattendu, prenons le temps du récit se dit-elle.

Elle se remémore quelques scènes piquantes de cette séance paralysante et elle se met à rédiger en répondant à quelques questions.
A quoi leur sert d’utiliser une telle opposition entre eux ? Comment se sont-ils identifiés à un ego d’eux-mêmes tellement menaçant ? Se doivent-ils (se) défendre d’un enjeu d’emprise entre eux ?

En même temps, elle se revoit elle-même dans une ou plusieurs situations analogues et par ce biais, il lui sera sans doute plus facile d’entrevoir une lueur d’espérance à laquelle elle songera dans sa rédaction et dont elle vérifiera la faisabilité avec le couple lors de leur prochaine rencontre.

Voir la description concrète du modèle proposé ici.

Peut-être fera-t-elle de la prochaine séance un enregistrement vidéo. Elle a expérimenté son intérêt pour rendre compte de l’interaction entre consultants et consulté. Prudente, elle sait que l’image est captatrice par son réalisme et que l’on a, à l’inverse de l’écriture plus imaginaire, difficile de ne pas prendre ce que l’on voit comme objectif et vrai.

Elle n’en fera pas une séance cathartique avec ses collègues en racontant son désarroi parce qu’elle sait que les conseils qu’elle recevra en retour ne seront comme autant de dépannages sans vue d’ensemble, ni quant aux sens ni quant à la finalité des enjeux du couple consultant.
Quand cette catharsis a lieu en équipe elle se structure en référence à un leader qui garantit les décisions prises et apaise les craintes de commettre des erreurs.

Non, se dit-elle, je préfère m’appuyer sur des références théoriques qui elles constituent à un moment donné la somme des connaissances, variées et diverses, sur un sujet. Et pour laquelle il convient aussi de mettre en oeuvre une appropriation subjective.

 Comment s’enrichir de la théorie en se l’appropriant ?

Notre finalité ultime n’est pas d’apporter des solutions aux consultants mais plutôt d’utiliser leurs ressources en vue d’effectuer avec eux un cheminement réflexif et émotionnel qui confortera leurs capacités à reprendre eux-mêmes le processus de travail.

Pour réaliser cette finalité, le thérapeute doit parvenir à assimiler les éléments théoriques si intimement qu’ils nourrissent son dialogue intérieur et son dialogue avec les consultants de telle sorte qu’ils soient stimulés dans leurs interrogations, tout en accordant la priorité à ce qui se passe dans la séance.

Voir la description concrète du modèle proposé ici :

 Comment développer son questionnement par le partage ?

Tous les modèles repris ci-dessus supposent que, pour être profitables et se transformer en expérience c’est-à-dire en connaissance subjective propre à sa singularité, le récit soit partagé.

Le partage avec autrui est une partie importante, c’est par lui que l’on découvre toutes les différentes possibilités d’intervention. C’est par un voyage dans d’autres régions que l’on apprend à investir la sienne et aussi en reconnaissant le gain que le voyage a pu éveiller en nous.
D’abord le partage se fait avec les consultants. Il a pour objectif de vérifier, si la narration que l’on fait, le plus souvent sous forme de questionnement, rencontre leur ressenti avec les nuances qu’ils donneront.
Ensuite, le partage se fait avec des collègues de son équipe que l’on a choisi et enfin par voie numérique à tout groupe qui s’engage à une règle de réciprocité.

Cela impose le respect du secret professionnel et de mettre les situations à l’abri de toutes indiscrétions.


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