Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

Plaisirs de Lectures Partagées

mercredi 9 décembre 2020 par beaujean , Melen Marc

Théorie selon la pratique systémique

La réflexion théorico-clinique est capitale pour le travail thérapeutique. Pourtant les thérapeutes entretiennent généralement un rapport compliqué avec la théorie. Dans le travail thérapeutique, le matériau clinique apporté par la rencontre et les échanges qui la sous-tendent doivent toujours primer sur toute autre considération. Il s’agit donc de convoquer la théorie en tenant compte du contexte clinique.

Deux attitudes radicalement opposées peuvent tenter le thérapeute : se détourner complètement de la théorie et suivre son bon sens ou son « feeling » ou alors chercher à appliquer des modèles théoriques en considérant les situations rencontrées comme des illustrations des théories apprises.
Ces deux attitudes sont en fait deux traductions d’un même rapport à la théorie. Dans les deux cas, la théorie est vécue comme un corpus de connaissances externes à soi et on essaye de s’en détacher en s’appuyant sur son « feeling » (première attitude) ou on la met en oeuvre avec un maximum d’application, sans l’enrichir au départ de sa pratique (seconde attitude).

Bien que radicalement opposées, ces deux attitudes répondent en fait à la même finalité : apporter une solution au système consultant, répondre à son urgence de sortir des difficultés ou de la souffrance.

Comment dès lors sortir de cette alternative ? En poursuivant une autre finalité. Notre finalité ultime n’est pas d’apporter des solutions mais plutôt d’utiliser les ressources des consultants en vue d’effectuer avec eux un cheminement réflexif et émotionnel qui confirmera leurs capacités à reprendre le processus eux-mêmes. Poursuivre cette finalité permet de sortir de l’alternative « feeling/application » en permettant de développer face à la théorie une attitude qui soit au service de la variété des modalités d’application de celle-ci au bénéfice du consultant.

Pour réaliser cette finalité, le thérapeute doit parvenir à assimiler les éléments théoriques si intimement qu’ils nourrissent son dialogue intérieur et son dialogue avec les consultants de telle sorte qu’ils soient stimulés dans leurs interrogations, tout en accordant la priorité à ce qui se passe dans la séance.

Ce que le thérapeute produit alors est un dialogue descriptif qui vient parfaitement s’aligner sur celui des consultants parce qu’il utilise les mêmes mots. Il renvoie ainsi quelque chose aux consultants sans donner l’impression de vouloir donner une leçon ou de considérer la situation comme une simple illustration de telle ou telle conception théorique. En somme, le thérapeute doit s’approprier les éléments théoriques qui lui semblent pertinents de façon si intime et si personnelle qu’ils imprègnent ses interventions sans qu’il ait même toujours l’impression qu’il s’appuie sur tel ou tel élément théorique.

Le modèle de la référence à la théorie est donc moins l’encyclopédie que l’on ouvre à la page concernant telle ou telle notion que le palimpseste, c’est-à-dire un texte écrit par le système consultant et le thérapeute qu’ils effacent partiellement ou totalement à chaque rencontre pour le réécrire en fonction des particularités de la séance en cours.

Notre suggestion n’est, au fond, qu’une illustration supplémentaire d’un des principes de la deuxième cybernétique : l’observateur, ou l’acteur, ne peut jamais être séparé de la réalité qu’il observe ou dans laquelle il agit. La théorie n’existe donc qu’à travers sa mise en œuvre par le thérapeute. Lui et les consultants co-construisent un récit ouvert et qui connaîtra de nouveaux développements pour en affiner la structure.

Une telle attitude implique de revoir fondamentalement notre rapport aux articles, livres ou manuels de psychothérapie. Il s’agit non pas de les concevoir comme des expressions de vérité à apprendre mais comme des invitations à l’échange entre l’auteur et le lecteur. Lire un texte, c’est d’abord sentir comment il nous parle, en fonction de notre pratique clinique. C’est s’affilier plus ou moins complètement au texte, c’est le laisser résonner en nous et voir où il vient nous toucher. Ainsi des éléments théoriques vont venir se déposer en nous et percoleront à travers nous lors du travail clinique.

En fonction des arguments qui viennent d’être développés, il nous semble cohérent de proposer de construire ensemble nos références théoriques, par un échange entre cliniciens.

Nous proposons dès lors de constituer des groupes de lecture. Ces groupes s’appuieront d’abord sur les articles du site. Mais d’autres lectures peuvent y être ajoutées. Les échanges seront soutenus par un dispositif d’annotations partagées des textes où chacun aura l’occasion de mentionner comment il reçoit tel ou tel concept théorique, quel lien il fait avec les situations qu’il rencontre, etc. Nous appellerons ce dispositif Plaisirs de Lectures Partagées (PLP).

Pour concrétiser la démarche proposée, voici le modèle que nous suggérons pour les PLP :

RESSENTI ÉMOTIONNEL
Le rédacteur va ici décrire ce qui l’ a touché, ce qu’il retient et lui a donné envie de se questionner et de le partager à partir du contexte qui est le sien. Le PLP se rédige en utilisant le « Je » et relate ce qui a émergé du vécu, ce qui a été construit dans la rencontre avec le texte : idée, découverte, point d’interrogation, réussite, échec...

CONTEXTE
Définir le contexte de travail dont l’auteur s’est servi (institutionnel, d’équipe ou administratif, expertise) et, le cas échéant, faire un parallèle avec le sien.

ILLUSTRATION PAR EXTRAITS DE TEXTE
Ce champ doit contenir des extraits de textes qui illustrent au mieux ce qui nous a touché émotionnellement et intellectuellement. On privilégiera les mises en relation des faits ou des personnes entre elles.
Ou bien, toujours sur la même situation, on peut créer une autre vignette mais en retenant davantage les affiliations réussies ou ratées avec le texte.
De même, le processus d’écriture peut mettre en évidence la description des mythes ou des rituels du récit et de la culture dans laquelle ils ont été vécus.
Les accréditations du lecteur induites par l’auteur peuvent aussi être mentionnées. Il ne s’agit pas de mettre tout sur une seule vignette : chaque article peut générer trois ou quatre vignettes.

TITRE
Donner un titre à la PLP, évocateur de notre ressenti (et en rapport avec les extraits).

MOTS CLÉS
Établis sur notre ressenti et sur les extraits.(facultatif)

LIENS
 soit vers une PLP décrivant de nouveaux extraits qui complètent ou ajoutent à un nouveau ressenti obtenus plus tard dans la suite de la lecture de l’article
 soit d’un ressenti déjà évoqué dans une autre PLP.

MODALITES PRATIQUES
Les groupes de lecture se réuniront pour six séances de deux heures par visioconférence à un rythme convenu par les participants. Les discussions s’appuieront sur les textes et les annotations.

Nombre de participants : 6 à 12 personnes.

Participation aux frais : 200 euros/cycle à verser sur le compte IDRES ASBL, Rue Côte d’Or 293 4000 Liège (IBAN : BE90 7320 5503 5932,
BIC : CREGBEBB), avec la mention « Groupe PLP 2021 ».

Première séance : 16 février 2021 de 18 h à 20 h.D’autres heures pourront être envisagées par l’ensemble des participants.

Payement souhaité avant le 8 février 2021.

Nous sommes à votre disposition pour tout autres explications, soit par mél., soit par Zoom ou autres outils, sachant que notre adresse mél. pour cette activité est idresasbl@gmail.com.


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