Caillé:La société post-moderne peut-elle faire l’économie du couple ?

La société post-moderne peut-elle faire l’économie du couple ?

par Philippe Caillé

Les impératifs de la culture -
Approche anthropologique et approche systémique

Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux -n° 23, 1999/2

Françoise Héritier, dans son livre « Masculin /Féminin » (1996), montre que, partant de certaines observations inéluctables comme l’existence de deux sexes différents, la procréation, la mort, la relation entre les générations, chaque culture doit créer un discours qui intègre ces données en une construction logique organisant la vie en société. Ces faits incontournables constituent le lexique de base de toute culture. Le produit fini varie certes largement d’une culture à l’autre, mais les cultures peuvent pourtant faire l’objet d’un classement relativement simple. En effet, il n’existe pas de possibilités illimitées de distribution de sens aux faits fondamentaux de l’existence humaine quand le tout doit garder une certaine cohérence.

Dans cette édification d’un ordre social et des règles lui permettant de fonctionner, Claude Lévi-Strauss (1967) distingue trois produits constants de l’esprit humain, trois piliers fondamentaux de toute construction d’une culture, à savoir la prohibition de l’inceste, une répartition sexuelle des tâches et une forme reconnue d’union sexuelle. Françoise Héritier y ajoute l’idée d’une valence différentielle des sexes, c’est à dire une perception culturelle des sexes comme ayant des caractères et propriétés différentes, perception si profondément ancrée dans les fondations communes des cultures, qu’elle peut difficilement faire l’objet d’une étude critique. Elle semble tenir de l’évidence.

Cet abord anthropologique du problème est cohérent avec l’approche systémique qui ne voit également de réalité que construite. L’esprit humain ne saurait que faire des données chaotiques qui découleraient d’une observation étrangère à tout système de classification. Il n’y a pas d’observation sans a priori. Dans ce sens, un jugement vraiment objectif ne peut être que celui qui prend en considération qu’il repose sur certains postulats, « vérités » couramment admises,…

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