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Métamorphoses en systémique : la relation comme moteur des transitions thérapeutiques

Cycle de conférences 2018-2019. Mise en relation du thème de la première conférence avec « Les Métamorphoses » d’Ovide. Marc Melen

mardi 5 février 2019 par Melen Marc

Bienvenue au cycle de conférences 2018-2019 du CFTF.

Permettez-moi tout d’abord de vous souhaitez nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année au nom de toute l’équipe.

Cette année, le cycle de conférences s’intitule

« Métamorphoses en systémique : la relation comme moteur des transitions thérapeutiques ».

Cela mérite quelques mots d’explicitation.

Que la relation entre un système consultant et un système consulté soit le principal facteur d’efficacité thérapeutique est un fait régulièrement démontré. Créer des espaces-temps de rencontres où les membres d’un système peuvent faire l’expérience d’un renouvellement de leurs relations grâce à celles nouées avec un système consulté est par ailleurs au cœur de la pensée systémique, en particulier depuis l’émergence de la systémique de deuxième ordre avec sa notion centrale de co-construction.

Si l’on jette un regard synthétique sur les recherches de pointe en neurosciences évolutionnaires, c’est également la relation entre les membres de l’espèce humaine qui fait figure de facteur déterminant de son évolution.

Comme le souligne Michael Tomasello, chercheur émérite à l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig, l’ « intentionnalité partagée », selon son expression, est une caractéristique spécifiquement humaine. L’aptitude à décrypter les intentions d’autres sujets a bien été mise en évidence dans pas mal d’autres espèces comme les grands singes, les corvidés ou les dauphins mais la propension à partager avec ses congénères la manière de lire les intentions d’autrui ne s’observerait que chez l’humain.

Dans le même ordre d’idée, Thomas Süddendorf, professeur de psychologie, à l’Université de Queensland en Australie, suggère que la formidable évolution cognitive de l’Humain repose sur deux facteurs principaux :

1) la capacité à imaginer des scénarios emboîtés, c’est-à-dire la capacité à envisager pour diverses situations de nombreux scénarios avec des issues variées

2) la propension à échanger nos idées avec autrui

C’est ce qu’en théorie de l’évolution on appelle des facteurs transformateurs : combinés ces deux facteurs ont façonné, transformé l’esprit humain à travers un processus de co-évolution. Les individus qui manifestent ces qualités sont sélectionnés en vertu de l’avantage adaptatif que cela procure. L’augmentation de proportion de sujets dotés de ces capacités permet d’affûter les processus, ce qui augmente la valeur adaptative du trait et ainsi de suite. Une sorte de boucle rétroactive positive.

L’évolution humaine n’est pas seulement exogène. Elle n’est pas seulement liée à la survenue d’événements externes qui favoriseraient tel génotype plutôt que tel autre. L’humain est avant tout le produit de lui-même grâce au phénomène culturel.

C’est l’hypothèse d’entraînement culturel de Alan Willson de l’Université de Californie à Berkeley. Ce n’est pas tant notre fabuleux coefficient d’encéphalisation traduisant le rapport entre masse du cerveau et masse corporelle qui nous vaut d’avoir développé la culture, c’est d’avoir développé la culture qui a permis l’accroissement de notre cerveau, la complexification des interconnexions entre les neurones, une plasticité cérébrale remarquable etc.

« Quel rapport avec la psychothérapie systémique ? », me direz-vous. Je vous répondrais : « Que fait un thérapeute familial ou de couple si ce n’est envisager avec ceux qui le consultent des scénarios imbriqués (envisager des alternatives) en étant animé du plaisir d’échanger ses idées avec eux ? ».

La systémique est donc au cœur de essentiellement humain. Nous avons voulu dès lors mettre l’accent sur la relation thérapeutique.

Mais pas sous n’importe quel angle. Nous avons souhaité réfléchir avec vous et nos conférenciers sur son rôle dans le processus thérapeutique. Comme le suggère Guy Ausloos dans La compétence des familles, le thérapeute ne devrait pas s’occuper du contenu des échanges mais du processus.

La thérapie repose sur des processus complexes qui permettent aux systèmes de passer d’un état à un autre. Ce qui est thérapeutique, ce n’est pas tant le contenu même de ce que dit le thérapeute (ce n’est pas un conseiller) mais dans quelle mesure ce qu’il dit contribue à soutenir le processus de transition d’un état à un autre. Les transitions thérapeutiques conduisent non seulement à des changements mais aussi à des transformations. Je rappelle ici la notion d’effet transformateur concernant l’aptitude à élaborer des scénarios emboîtés et le plaisir à échanger autour de ces scénarios.

La thérapie doit donc conduire à la métamorphose, en restant au plus près de l’étymologie de ce terme : le terme métamorphose renvoie à l’ensemble des processus par lesquels, un être ou un objet prend une autre (méta) forme (morphè).

Changer les schémas cognitifs, les schémas de communication, etc. ne suffit pas. Pas de véritable changement thérapeutique si le système ne change pas de paradigme en auto-générant son processus de changement.

Comme les années précédentes, nous avons choisi d’offrir une amplification métaphorique de notre propos scientifique.

Les Métamorphoses l’un des chefs d’œuvre d’Ovide, poète latin ayant vécu de 43 avant JC à 17ou 18 après JC s’imposait non pas tant parce qu’il propose une longue liste de cas de métamorphoses mais surtout parce qu’en montrant comment les métamorphoses s’enchaînent ou se répondent au fil du temps depuis la création du monde jusqu’à son époque, Ovide s’inscrit dans une certaine vision du temps, dans une conception de l’évolution du monde sur un long laps de temps. Ovide joue sur le contraste entre la soudaineté du changement et la progressivité de la transformation.

La conférence de Jennifer Denis et Stéphane Hendrick porte sur les transitions thérapeutiques en situation de crise. Grâce à une procédure d’explicitation de leur démarche, des spécialistes de l’intervention de crise mettent à jour les critères en fonction desquels ils sélectionnent les informations pertinentes et comment ils s’appuient sur celles-ci pour opérer des relances thérapeutiques permettant d’assurer une transition vers une sortie de crise.

La notion de crise évoque souvent l’image du chaos. C’est précisément avec le chaos primordial que s’ouvrent Les Métamorphoses d’Ovide : « Avant la terre, avant la mer, …un entassement d’éléments mal unis et discordants ».

Soudain, « un dieu ou la nature la meilleure » intervient : Extrait

Le spécialiste de la crise, comme « dieu ou la nature meilleure », sélectionne l’information et amène des transitions différenciatrices. Assignant une place à chaque chose, il met de l’ordre, crée des frontières internes : extraits.

Dans les systèmes humains en crise, il s’agit de sortir du chaos. C’est dans de tels moments, alors que vous avez le nez dans le chaos qu’il est heureux de rencontrer des systémiciens comme Jennifer Denis et Stéphan Hendrick qui vous aident à relever la tête vers les astres. Je laisse à Jacques Beaujean le soin de vous les présenter.


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