Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

L’appartenance repose sur un partage avec d’autres de valeurs, de croyances, de buts, d’intérêts qui créent une communauté réelle et/ou psychologique au sein des groupes d’appartenance, mais également entre ceux-ci.

Neuburger propose le terme de sublimation pour rendre compte du lien entre ces deux dimensions, celle de la relation et celle de l’appartenance : l’appartenance, c’est ce qui sublime la relation, autrement dit, qui la contient. La relation amoureuse qui ne saurait se prolonger sans devenir dévorante s’il n’y avait le « couple » pour la contenir en fournit un exemple.

Neuburger propose deux outils pour distinguer les pathologies relationnelles de celles liées à une difficulté dans le monde des appartenances : le relatiogramme (qui explore les diverses relations d’une personne) et l’appartenançogramme (qui explore les relations d’appartenance d’une personne).

Pour Mucchielli, l’appartenance signifierait : « Sentir le groupe dans lequel on se trouve et se sentir soi-même de ce groupe, ce qui englobe un ensemble d’attitudes individuelles et de sentiments ». Dès lors : « Appartenir, c’est découvrir que je m’actualise en lien avec d’autres personnes, que j’ai une part irremplaçable à exercer dans les groupes auxquels j’appartiens ».

La psychanalyse s’attache principalement à décrypter les relations qui constituent les êtres, relations primaires à la mère, au père et relation aux imagos intériorisées de ces mêmes relations. La systémique, quant à elle, s’intéresse à l’étude des groupes d’appartenance qui contiennent les sujets.

En effet, tout individu est inséré dans une multitude de groupes d’appartenance au travers desquels il manifeste son appartenance à la société, son rapport aux autres et à l’environnement et à travers lesquels il constitue son identité psychosociale.

L’appartenance n’est pas le fait de se « trouver dans un groupe » puisqu’on peut y être sans le vouloir ; elle implique une identification personnelle par référence au groupe, des attaches affectives, l’adoption de ses valeurs, de ses normes, de ses habitudes, le sentiment de solidarité avec ceux qui en font aussi partie. Un conflit surgit si l’individu prend pour valeurs, normes, stéréotypes, les idées et les idéaux d’un autre groupe (appelé alors groupe de référence) représentant ses aspirations personnelles ou morales. Des conflits intérieurs peuvent aussi surgir de l’incompatibilité entre les pressions des différents groupes d’appartenance d’une même personne.

Un groupe d’appartenance particulier est la famille. L’entrée est caractérisée par des rituels (baptême, circoncision, nomination,…). Le maintien de l’appartenance est assuré par la transmission du mythe familial. Les rituels familiaux sont les vecteurs de cette transmission. L’appartenance à une famille a plus à voir avec cette participation à des rituels qu’avec des liens du sang ou légaux. Il s’agit de l’un des rares groupes pour lequel le désir d’appartenance est présupposé. Il semblerait donc que ce qui maintient la famille, c’est l’idée même de la famille. En thérapie familiale, dans le cas de famille dite rigide, l’approche de la fonction du rituel peut être un outil et une ouverture thérapeutique intéressants.

De l’appartenance à un groupe naît le sentiment d’appartenance que Guertin décrit comme « un processus interactif par lequel les individus sont inter-reliés et se définissent en rapport les uns avec les autres en fonction de champs d’intérêts et d’affinités ». Ce sentiment d’appartenance crée une solidarité, une loyauté entre les membres du groupe. C’est le monde de l’identité.
Neuburger précise que ce sentiment d’appartenance est la mesure du degré d’attachement et d’identification d’un individu au groupe auquel il appartient. Tout un chacun est plus ou moins investi dans ses appartenances, les éprouve comme étant plus ou moins importantes. Il en découle pour tout individu des mécanismes de conformité et de différenciation par rapport à chacun de ses groupes d’appartenance. Il s’agit du fondement de la cohésion des membres et de l’esprit d’équipe et d’autre part de la considération comme « siennes » des réalisations de groupe et comme « siens » de ses succès et échecs.

Nous amenons ici une réflexion importante : toutes les appartenances ne sont pas équivalentes. Comme il existe des relations interpersonnelles de types différents (relations amoureuses, de nourrissage ou fraternelles), il semble que l’on puisse distinguer trois groupes de relations d’appartenance. Les différences entre ce qui structure ces trois groupes sont essentiellement mythiques. Le support mythique le plus important des groupes d’appartenance de type « familial » semble être la transmission ; celui des groupes d’appartenance de type « fraternel » est le partage, l’égalité ; et celui des groupes de type « couple » est l’amour, amour pour le couple lui-même.

En résumé, la relation d’appartenance, tout en nécessitant un certain degré de conformisme idéologique ou autre, est destinée à valoriser l’individu du fait de son appartenance au groupe, en le préservant de la banalisation, de l’assimilation au reste de la société, lui donnant le droit d’être lui-même et de s’exprimer.
Au contraire, la relation d’inclusion gomme les différences entre individus, s’attache à un caractère partiel qui, seul, devra les représenter, les étiqueter, favorisant leur classement dans des « catégories ». Les rituels d’inclusion sont donc destinés à imposer des règles, à favoriser l’assimilation d’un sujet à une catégorie, à empêcher la solidarité et la libre expression de leurs membres. Il existe souvent une hiérarchie de force avec un meneur omnipotent où toute rébellion est inenvisageable.
Les groupes constitués par appartenance et ceux constitués par inclusion concernent bien entendu les mêmes individus, ils peuvent se compléter ou s’opposer.

Références :

  • Anonyme : L’appartenance à un groupe : les six-onze ans et leur rapport aux valeurs. Sainte-Thérèse : Créations pédagogiques, 1982, p.4
  • Baugnet, L. - Sentiments d’appartenance et représentations. Etude comparative : France, Belgique, Québec. Des identités géopolitiques des jeunes.http://www.u-picardie.fr/labo/curap...
  • Boucher, L.-P., Morose, J. – Responsabilisation et appartenance : la dynamique d’un projet éducatif. Revue des Sciences de l’Education, 1990, 16/3, 415-431.
  • Dubois, P. – Savoir développer le sentiment d’appartenance du personnel. Info ressources humaines, 1996, 18, 19-21.
  • Guertin, D. – Sentiment d’appartenance chez l’adolescente et chez l’adolescent en milieu scolaire. Mémoire UQAM, 1987.
  • Mucchielli, R. – Le travail en groupe. Editions ESF, 1980.
  • Neuburger, R. – Les rituels familiaux. Petite bibliothèque payot, 2006.
  • Neuburger, R. – Relations et appartenances. Médecine et hygiène, Thérapie familiale, 2003/2, 24, 169-178.
  • Porter, L.W., Steers, R.M., Mowday, R.T. etBoulian, P - Organizational commitment, job satisfaction and turnover among psychiatric technicians. Journal of Applied Psychology, 1974, 59, 603-609.

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