Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique
travail de groupe CFTF 1ère année B

coopération et approches systémiques

commentaire sur le livre de Jacques Beaujean (Eres, 2009)

mardi 11 février 2014 par Gillet Pauline , Jacob Isabelle , Bodson Anne , Bynens Audrey , Beaujean Valérie , Iweins Ariane , Roselli Maria Gabriella , Coolen Vrginie

Pour les néophytes que nous sommes, le livre« Coopération et approches systémiques - Individu, couples, institutions, formation » de Jacques Beaujean nous a, dans un premier temps, plongé dans une certaine perplexité. L’ouvrage nous est, de fait, apparu floue et difficile à appréhender. En effet, même si les différents éléments qui le composent ne sont pas compliqués à comprendre, le fil conducteur qui combine les divers concepts ne nous a pas paru immédiatement et facilement saisissable.

C’est en cherchant le sens de ce flou que nous avons compris que l’auteur souhaitait nous immerger d’emblée dans ce qui est une des notions importantes relayées par l’approche systémique : la complexité. Comme le précise Pascal Buléon (2002) :
« la complexité, ce n’est pas le fouillis, mais la reconnaissance et la prise en compte de multiples rapports et interactions qui créent de l’organisation, de l’ordre, tout en générant des processus qui vont à l’encontre même de cette organisation et de cet ordre, pour en créer des nouveaux par une succession de jeu de déséquilibres, mouvements, équilibres ponctuels ». On comprend ainsi qu’« Il ne s’agit (...) pas d’éliminer la simplicité ou de partir en quête de la complétude mais de mettre en évidence des relations et des interactions entre les individus, systèmes,… » (Tordeurs).

Comment partir du simple pour accepter ou découvrir le complexe ?
Il ne s’agit pas, pour Jacques Beaujean, de nous offrir un éventail d’outils thérapeutiques ou de modèles de réflexion mais d’aborder des concepts distillés au travers de vignettes d’expérience.

Cela nous a amené à chercher ce qui relie plutôt que ce qui distingue.
Il nous est alors apparu que chaque concept élaboré dans le livre est repris pour chaque contexte d’intervention et de coopération. Ainsi, le « consultant » devient tour à tour un individu, deux individus formant un couple, un thérapeute ou intervenant au sein de son institution, un individu en formation ou des individus au sein d’un réseau d’échanges. Par analogie, le « consulté » est thérapeute ou intervenant, formateur, ou, tout simplement, individu au sein du réseau d’échanges.

Il nous est impossible d’être exhaustif quant aux concepts abordés dans ce livre. Chaque point ouvre à la fois à une réflexion poussée et à de nombreux questionnements parce qu’il n’aborde pas de concepts théoriques en tant que tels mais demande que chacun se réapproprie chaque notion, en fonction de ce qu’il est et de ce qui lui parle. En effet, comme le précise l’auteur : « Pour que la communication qu’un thérapeute adresse à son patient soit entendue, elle doit être pénétrée de toutes les résonances personnelles du thérapeute ; elle doit faire écho en lui ».

Par cette phrase, l’auteur nous rappelle que le premier outil d’un thérapeute ou d’un intervenant est sa propre personne et nous encourage donc à prendre « soin de soi », à rester à l’écoute de ce que nous ressentons et à avoir un dialogue intérieur permanent, sans perdre en flexibilité et en ouverture vers les autres, car la confrontation humaine peut ouvrir des champs de découvertes pour le thérapeute lui-même.

Dès lors , il est important de s’interroger sur le partage, l’enrichissement mutuel dans la rencontre avec l’autre : le consultant peut nous apprendre et nous faire évoluer, pour autant que nous lui reconnaissions des compétences. Il ne faut pas être dans le tout donner et le non recevoir (don qui crée une dette relationnelle).

La confiance s’acquiert par le dialogue. Donner et recevoir sont la base de l’échange, renforce la confiance réciproque, augmente la coopération entre les différents protagonistes, permet plus de souplesse et d’ouverture et moins de revendications et de surenchères même si la relation reste asymétrique de par la position de thérapeute ou d’intervenant.

Pour Jacques Beaujean, le psychothérapeute ou intervenant social se doit d’être ouvert aux échanges, aux expériences humaines fortes, aux risques émotionnels, au défi, être avide de découvrir, être curieux de ce qu’il ne connaît pas, aimer l’aventure et construire des liens au travers de relations diversifiées.

Il doit être capable d’une qualité d’écoute telle qu’elle puisse relancer un processus d’auto-thérapie en permettantau consultant de se raconter et surtout de raconter autrement en rendant les récits de vie suffisamment ouverts, flexibles, les reprendre, les défaire...leur donner de la liberté et rendre les gens acteurs de leur propre changement. Pour y arriver, il faut multiplier les niveaux d’action, s’ouvrir à la complexité, s’inciter à penser de nouveaux choix et éviter à tout prix le réductionnisme.
Et tel un laveur de vitres, le thérapeute ou intervenant se doit de laisser le moins de traces possibles.

Pour illustrer ces propos, l’auteur nous emmène d’abord dans un face à face avec Lou.
C’est l’occasion de nous rappeler qu’une personne qui consulte va d’emblée présenter ce qu’elle connait le mieux d’elle-même, qu’elle va chercher à légitimer son état par une maladie (ce qui montre que sa collaboration est loin d’être acquise) et se protéger derrière des symptômes mobilisateurs de soins, sans qu’elle ait à prendre soin d’elle-même.

Parfois, la maladie peut être une solution de vie, une façon de se supporter. N’oublions pas que le symptôme est porteur de la demande ; la clarification de celle-ci est donc indispensable à la mise en place d’un travail thérapeutique. Mais comment passer d’une position de demande de solution magique à une position de rencontre interpersonnelle si ce n’est en passant par cette phase transitoire ?

Travailler avec le matériel symbolique ou concret apporté par le consultant, dresser un tableau de sa capacité à tisser des liens (capacité de la personne mais également celle de son entourage), activer ou réactiver les ressources de l’entourage, mesurer l’ampleur et la nature des difficultés et connaître comment la personne a pu tirer profit de ses consultations précédentes peut aider à se représenter ce que seront peut-être les avatars du parcours thérapeutique.

Il n’y a pas de posture meilleure qu’une autre ; il faut juste être attentif à la manière dont le consultant l’accepte.

Dans son approche des thérapies de couple, Jacques Beaujean explique que le thérapeute doit simplement être là pour donner un espace-temps dans lequel il est possible d’interagir, de reconstruire un lien afin que les patients multiplient les échanges qui pourront aider au discernement sur la question des responsabilités en faisant bien la distinction entre la culpabilité et ce qui en résulte, le sentiment de devoir être puni ou abandonné. Leurs sollicitations mutuelles incessantes sont des tentatives pour que l’un et l’autre puissent mieux répondre et s’ouvrir à l’autre.

Il est important de reconnaître les mérites des demandeurs d’aide, leur engagement, le bien fondé de leur manière de fonctionner : le blocage est souvent consécutif à de multiples tentatives d’évolution réalisées par les sujets eux-mêmes. Le changement n’est pas toujours souhaité et il y a même de bonnes raisons de le craindre.
S’il les aborde sans trop s’y étendre, l’auteur éveille notre curiosité et suscite nos questionnements sur les notions de contexte culturel, de groupe d’appartenance ( du thérapeute et du consultant), du sentiment d’appartenance, des résonances que cela induit chez le thérapeute, des attitudes d’isomorphisme et d’empathie... indispensables à la construction de l’alliance thérapeutique.

Dans le chapitre consacré aux institutions, il réaborde les notions de contexte dans le cadre du travail et les différentes ambiances qui en découlent ( caritative, rationnelle, de nécessité), de mythes (règles implicites) et de normes (règles explicites) qui légitiment le mandat.

Le mythe valide la norme et vice et versa ; cela donne à l’ensemble une cohérence et vise à la stabilité du système. Ils sont organisateurs du sentiment d’appartenance à un groupe au sein duquel les différences et les singularités ne sont tolérées que si elles ne mettent pas en péril les mythes fondamentaux d’appartenance.
Les normes et la hiérarchie, même s’ils font l’objet de critique au sein de l’institution, sont une protection indispensable pour autant que l’institution sache s’ouvrir vers l’extérieur ( la famille et son réseau)
Nous pensons que, tout comme le thérapeute ou l’intervenant qui doit pouvoir porter un regard sur lui-même, une équipe doit pouvoir s’interroger et se repositionner face à son mode de fonctionnement vis à vis de ses usagers. L’ouverture vers l’extérieur et la collaboration avec l’entourage reste un véritable défi dans la co-construction d’une évolution pour chacun.

Le chapitre sur la formation éco-systémique nous amène à nous poser toute une série de questions sur l’approche que nous avons nous-mêmes de notre formation en cours :
Comment permettre à un système d’évoluer ?
L’expérience des groupes de formation n’est-elle pas quasi initiatique du processus thérapeutique dans les échanges qu’elle suscite ?
Trop développer la composante du savoir ne risque-t-il pas d’enrayer la capacité d’empathie ?
Trop développer la composante identitaire n’amène-t-il pas à laisser croire que le génie seul suffit (puissance imaginaire) ?
Le savoir commun est important parce qu’il permet de s’insérer dans une collectivité ( ex : statut légal du psychothérapeute). Mais, c’est l’application du paradigme (concept théorique dominant), ce qu’on va en faire dans la pratique qui sera soignant et non pas le paradigme en lui-même.
La théorie est uneconception provisoire en voie de développement qui « doit émerger de l’interaction avec le système consultant comme une incitation à penser la situation et qui demande une disponibilité à laisser se révéler l’inattendu par un vif ressenti émotionnel... »

Au travers du réseau d’échanges de vignettes de savoir d’expérience, Jacques Beaujean nous rappelle que « faire sien le savoir suppose de s’octroyer le plaisir de le modifier en le partageant avec d’autres »

Les conceptions théoriques et le savoir d’expérience ne deviennent des références que partagées avec d’autres et demandent une capacité à l’ouverture, à la critique et à la différence de l’autre. Ce sont des rites de passage vers plus de créativité dans les échanges avec l’extérieur grâce à l’accent mis sur les évolutions personnelles, les difficultés et les richesses du mandat professionnel et la souffrance dans le milieu du travail.


enregistrer pdf
Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 1376 / 1005284

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site SAVOIR THÉORIQUE  Suivre la vie du site Échanges à partir de livres et des notes de lecture  Suivre la vie du site Échanges à partir des notes de lecture   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.1 + AHUNTSIC

Creative Commons License