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Recension de livres

Papa n’habite plus chez nous, il vit à la prison …

Mathys ne veut plus dormir

jeudi 16 mai 2019 par Pregno

Papa n’habite plus chez nous, il vit à la prison …

« Papa n’est plus à la maison », par Michel Chevillon et Marie-Hélène Graber
« Mathys ne veut plus dormir », par Jean-Paul Mugnier et Bénédicte de Sauville
Editions FABERT, collection : « Je veux ton histoire ». http://www.fabert.com

Jean-Paul Mugnier est directeur aux Editions Fabert des collections « Psychothérapies créatives », « Penser le monde de l’enfant » et « Je veux mon histoire ».

La première collection donne une place aux questions de la prise en charge des familles et publie un grand nombre d’auteurs bien connus dans le monde de la thérapie familiale. « Penser le monde de l’enfant » sert plus à nous éclairer sur la question qui consiste à comprendre que la façon de penser des enfants est différente de celle des adultes et que si nous souhaitons préserver l’insouciance et aussi la richesse de nos jeunes, il faut faire l’effort d’assimiler ce monde et de s’y accommoder : les enfants ne sont pas des adultes en miniature, l’enjeu est alors de prendre en compte la personnalité des jeunes pour ce qu’elle est et non pas pour ce qu’elle devrait être. C’est dans ce sens que je voudrais accorder une plus grande place à une série de livres qui ont été publiés dans la 3eme collection qui s’appelle « Je veux mon histoire ».

Il s’agit en fait de livres d’enfants mais qui abordent des thèmes que nous avons tendance à évacuer : des thèmes dont il est difficile de parler parce que les mots manquent, semblerait-il, et aussi parce qu’ils mettent en scène des drames que notre psychisme souvent s’interdit de penser. L’abus sexuel, l’emprisonnement d’un parent, le manque affectif des enfants, … Vous imaginez bien que si l’enfant, qui est un fin observateur, se rend compte que les adultes sont gênés d’aborder certains sujets, il va faire la même chose. La conséquence est souvent que ces enfants vont ensevelir dans leur fort intérieur des événements qui les ont marqués et qu’ils vont ignorer pour éviter de les revivre. Or nous savons que parfois il faut donner du poids aux mots pour en enlever aux événements. Les livres « Papa n’est plus à la maison » (de Michel Chevillon et Marie-Hélène Graber) ou « Mathys ne veut pas dormir » (de Jean-Paul Mugnier et Bénédicte de Sauville) sont en fait des contes qui se développent sur l’arrière-fond d’une grosse difficulté, d’un drame. Le conte, c’est prendre l’imagination pour du vrai et la réalité pour de « l’invention ». Il offre une possibilité d’aborder ces thèmes par la métaphore, donc de façon indirecte. Cela devient un support relationnel et rend vivant ce qui risque d’être pétrifié. On s’accordera à dire que c’est un livre d’enfants, mais nous savons depuis longtemps que tout livre a toujours deux lecteurs : celui qui raconte et celui qui entend. En faisant le récit de ces histoires à un enfant, l’adulte s’inscrit comme partie prenante : il est acteur protecteur à l’égard de l’enfant et aussi à son propre égard. J’allais oublier d’écrire que ce sont de beaux livres : pleins de couleurs et avec des dessins qui donnent plaisir lorsqu’on les regarde. Les textes sont fins, souvent poétiques et nous entrainent dans le monde des émotions et des images.

Un exemple ? « La fée des rêves l’attend les mains pleines de minuscules étoiles, fines comme le sable de la plage … Elle souffle doucement vers lui en l’enveloppant d’une fine poussière lumineuse ». Avant de vous laisser emporter par ce nuage de lumière, sachez que ce sont des livres qui s’adressent à un public averti, des parents certes, mais surtout des professionnels : je sais que des collègues en font une utilisation précieuse dans des contextes d’entretiens familiaux ou individuels avec des enfants seuls. Il en est de même pour ceux qui accompagnent les enfants dans la visite chez leur parent en prison.
Jean-Paul Mugnier à travers cette collection fournit une preuve de ce que cela signifie quand il évoque le fait qu’il faut avoir du tact dans les contacts avec les enfants : le tact est de la politesse et du respect en délicatesse.

Gilbert Pregno
Psychologue, psychothérapeute
(Fondation Kannerschlass 12, Rue Winston Churchill L-4434 Soleuvre
Gilbert.pregno@kannerschlas.lu )


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