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La place du psychothérapeute

jeudi 2 mars 2006 par beaujean

Réflexion sur la place occupée par le psychothérapeute dans le processus thérapeutique et parallélisme entre le système consultant et la personne en formation. Importance du réseau d’échanges.

Face à l’indicible, aux nombreux subterfuges que l’homme doit s’inventer pour rendre sa vie avec autrui supportable, les questions que se posent un psychothérapeute pourraient être de cet ordre :

Qu’est-ce que je fais quand je pratique la psychothérapie ?

Quelle place est-ce que j’occupe, et à quoi cela me sert-il ?

Suis-je un réparateur, un arbitre ?

S’il ne se les pose pas, alors le psychothérapeute pourrait être entraîné à son insu dans la spirale des jeux relationnels qui permettent d’entretenir l’homéostase du système.

Les futurs psychothérapeutes en venant en formation, pourrait s’imaginer qu’il suffit de repartir avec un bagage de modèles et se contenter de les appliquer. C’est faux.

L’impact que l’on va avoir sur les gens n’a de valeurs que s’il part d’une conviction personnelle du thérapeute, et rendue crédible par son authenticité.
Si quelque chose se dit parce cela a été lu ou appris sans que le thérapeute ne se le soit approprié personnellement n’aura qu’un effet superficiel.
Comme une décalcomanie d’une théorie assimilée, sans qu’on l’ai fait sienne.
Et il ne suffit pas d’en être convaincu seul mais de l’élaborer chemin faisant avec ceux qui nous consultent et de la co-construire avec eux(permettant à ceux-ci de la contester ou de l’affiner). Eux se l’appropriant autant que nous sans qu’elle porte le même sens.
Nous devons comprendre aussi bien nos points aveugles que les leurs.

Il convient donc à la fois :

- Être capable de travailler l’interrelationnel.

- Modéliser ce qui se passe entre le système consultant et notre système. Quels en sont les rituels, les mythes, ou les finalités ? Sur quel modèle s’échange la connaissance.

- Être capable de reconnaître la modification que cette relation introduit sur le contexte.

Exemple : Prenons une situation dans laquelle le psychothérapeute est aspiré par une première représentation de femme victimeet de l’homme bourreau.

  • Il devra se démarquer de cette seule vision rigide du couple et penser qu’il existe des représentations multiples de leur couple.
    Le contexte invite cependant à faire alliance avec un des deux pour comprendre, supporter la victime.
    Comme le psychothérapeute ne le fait pas, il risque d’y avoir une aggravation des symptômes de Madame. Comme s’ il fallait que le symptôme se montre plus pour être entendu.
  • Travailler avec eux ce contexte, c’est aussi essayer de changer le contexte de notre relation et de la relation que celle-ci a avec un entourage multiple.
    Ainsi cette attitude ne s’adresse peut-être au conjoint (mais à son exaspération de sa relation affective) ou veut dire a la relation autre chose et non pas au conjoint.
    Ou veut dire quelque chose aux loyautés identitaires que chacun d’eux a de ses parents.(reproduire ou l’inverse s’opposer).

Si l’on reste dans ce canevas d’accusation, à part se pardonner, il n’y a pas grand chose qui va changer, cela tournera en rond. Les gens se sentent en fait mus par quelque chose qui leur échappe. Il faut donc faire un changement, être présent dans l’interrelationnel, se construire un modèle de fonctionnement dans lequel le psychothérapeute se trouve, ainsi que de leur fonctionnement.

La question à discuter est la suivante : Comment puis-je savoir où j’en suis, moi, dans cette histoire ?

Cela peut me renvoyer à ma résonance personnelle, et peut entraîner un dilemme paralysant, pouvant fatiguer extrêmement, comme si la solution était de choisir et donner raison à l’un ou à l’autre.
Il ne faut pas nier que s’il est demandé aux personnes d’être formées à la psychothérapie pour pouvoir l’exercer, c’est parce qu’elles sont excessivement exposées à des rigidités défensives face au chaos.
Il faut être capable de se récupérer dans ces situations, pouvoir se demander ce que le système impose de faire. Le système de consultation imposerait de faire ce choix, comment peut-on le faire pour que quelque chose change.

Mais cela peut nous renvoyer à la conceptualisation des modèles de fonctionnement qui est le nôtre face à un problème comme celui-là.

  • > Réflexion sur la place occupée quand on est dans une relation thérapeutique

Lorsqu’on entame une formation, comme lorsqu’on vient en consultation, un certain changement dans nos pratiques est espéré. Tant sur le plan relationnel que sur le plan des modèles possédés, il existe une insatisfaction. Sur le plan contextuel, institutionnel, il règne souvent une déception face à une certaine routine qui ne correspond pas nécessairement avec le rôle que l’on s’est donné. On arrive en espérant trouver des changements de perspectives. S’il est tout aussi fatiguant d’essayer de se changer soi-même que de changer les consultants en psychothérapie, les finalités que ces derniers poursuivent auront néanmoins des difficultés plus grandes. Les enjeux concernent quelque chose qui jouent sur leur futur. Dans la psychothérapie comme dans la formation, il y a des échanges qui s’organisent autour d’un certain nombre de rituels sous-tendus par des mythes, en vue d’obtenir un certain but. Les consultants cherchent à évoluer dans la connaissance de leur problème. Il existe véritablement un échange entre eux et le psychothérapeute qui repose sur un ensemble de mythes et qui va vers une finalité. Cet échange de connaissance n’est pas si simple. Il faut faire parfois face à, par exemple, la rigidité, au fait de tourner en rond, à ne pas se positionner dans l’absurdité, etc. Il est tout aussi important pour le thérapeute de réfléchir aux résistances dans la psychothérapie qu’à celles que les consultants présentent vis-à-vis du changement. Il existe entre des facteurs d’angoisse, d’identité ou autres qui entrent en jeu.

On se retrouve donc dans un travail parallèle. Un autre parallélisme est le suivant. Quand une personne vient en formation, c’est qu’elle se trouve un peu perdue. Les consultants sont également envahis par le symptôme et perdus par rapport à cela. Se réapproprier le symptôme, au lieu de demander de le supprimer est déjà un processus de changement. Il s’agit du même problème pour la personne en formation, il faut ici s’approprier les problèmes et les modèles. Les jeux de rôles permettent entre autre de sortir de la théorie et d’arriver à les faire siennes.

Il faut également avoir conscience que l’on est pas seul pour faire cela. Quand les rapports avec l’institution, ou avec la famille pour un indépendant, sont pénibles, l’état peut être proche de celui du chaos. Il est malsain d’aborder le client dans cet état là. Il faut avoir le sentiment d’un support mais qui n’est pas le client, sinon cela deviendrait de la parentification. Le client s’aliénerait au fait que comme avec ses parents, pour être aimé il doit s’aliéner. Il faut donc se créer un support d’échanges avec d’autres et avoir un sentiment d’appartenance, un partage avec d’autres. La question est d’apprendre comment on peut rester soi-même dans certaines situations, comment se former un sentiment d’appartenance au travail, être une organisation apprenante. Voir les personnes dans un autre contexte peut également être intérressant et il s’agit d’un feed-back très positif.

  • > Il est important d’avoir une communauté d’appartenance de thérapeutes systémiques. La représentation identitaire de ce qu’est un psychothérapeute est difficile. Se la forger à apprendre avec chaque situation.

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