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Le langage analogique, un mode de communication qui surprend et explore le monde des représentations.

lundi 16 janvier 2012 par beaujean , Platteau Geneviève

Conférence Liège 29 novembre 2011

  « Le langage analogique, un mode de communication qui surprend et explore le monde des représentations. »

Geneviève Platteau

Introduction

Etant initialement, et toujours par ailleurs thérapeute du développement, c’est-à-dire une thérapie pour l’enfant qui utilise le corps comme média, et tente de retourner aux expériences archaïques, le langage analogique me tient à cœur depuis longtemps.

J’ai donc toujours pris du plaisir à utiliser le corps dans les thérapies familiales et dans les groupes de formation.
Pourquoi ? Parce que comme le disent souvent mes étudiants « on parle plus quand on fait du non verbal », et ces étudiants d’ajouter « autant une sculpture est immobile, autant elle permet de bouger (psychiquement) ». Le non verbal est « un autre langage », il crée des liens privilégiés, une ambiance de cohésion sécurisante qui implique chacun dans le processus.
C’est une manière raccourcie, abrégée de revisiter nos dynamiques relationnelles, nos positionnements dans nos familles d’origine.
Le langage du corps appartient au monde du « senti » des sensations, c’est-à-dire au monde de nos toutes premières relations dans le corps à corps.

 Utilité du non verbal.

En effet quel est l’intérêt d’utiliser le langage non verbal ?
C’est une approche moins classique en thérapie.
D’abord nous savons que tout comportement est une communication, donc notre corps n’arrête pas de parler.
Nous sommes dans le monde de l’irrationnel, de l’émotionnel, et nous laissons de côté le monde de la pensée, de l’intellectuel et du rationnel.
Toute attitude corporelle, comme tout symptôme somatique est un message.
D’autre part, lorsque nous mettons le corps en scène pour représenter un lien, celui-ci montre souvent une interaction, un affect qui ne pouvait être mis en mots, parce que tout simplement il n’était pas tout à fait présent à notre conscience.

Le corps représente souvent ce qui est latent, ainsi que quelque chose de notre inconscient.

Utiliser le corps en thérapie ou en formation est presque un jeu, il amène une dimension ludique et crée une ambiance plus fondée sur l’unité, parce qu’il n’est pas possible de ne pas s’impliquer. Il s’agit d’un jeu, mais d’un jeu sérieux, car on ne joue pas pour s’amuser mais pour « symboliser », nous dit Roussillon, pour représenter ce qu’il y a à l’intérieur de soi.

« Jouer est un expérience créative, une forme fondamentale de vie » disait Winnicott. Le premier caractère du jeu est sa « valeur symbolique ».
On peut dire que le langage analogique, comme tout média, comme tout objet tiers ou métaphorique instaure un « espace transitionnel de symbolisation ».
Ces outils permettent d’extérioriser, de mettre en scène une part du psychique, consciente ou inconsciente, de mettre en scène des images ou des interactions vécues dans le passé.

Cette mise en représentation relie, réunit l’intérieur avec l’extérieur, et favorise la verbalisation des affects. On pourrait dire que l’on joue avec le « dedans » et le « dehors » de l’individu et du groupe.
Le corps est pour moi une frontière non définie entre l’interne et l’externe ; il est le contenant de l’intra psychique, mais est lui-même contenu par le contexte extérieur.

Cette double fonction en fait un espace d’intersection entre l’identité individuelle et l’appartenance systémique. Cette intersection apparaît dans l’élaboration mentale qui naît dans la traduction du langage analogique.
Le corps reste donc cet espace privilégié réunissant « espace intra psychique » et « espace contextuel ».

Ces médias sont révélateurs à la fois du monde interne de l’individu, de sa singularité, de son identité, et du monde externe, des interactions avec les proches, du contexte d’appartenance. (Familial, culturel, social).
Le non verbal touche le niveau implicite,( les non dits)le niveau plus archaïque, ( les sensations), le niveau mythique (les croyances) et le niveau inconscient des relations et de l’individu.

On sait que la relation est essentiellement analogique, alors que le contenu est transmis sur le mode verbal.
Le corps traduit ce qui ne peut être mis en mots, il définit l’indéfinissable, il représente l’irreprésentable, il réveille ce qui « s’est absenté », il dénonce les règles implicites auxquelles nous répondons.

Philippe Caillé et Yveline Rey disent que « les objets flottants ont une force communicative propre, une magie autre que celle des mots ».
Les sculptures représentent généralement le « programme officieux » du système.
L’expérience créative du thérapeute ou du formateur s’associe à la créativité du groupe et l’un alimente l’autre de manière rétroactive, en boucle.
Il s’agit de revivre des émotions en présence de quelqu’un ou quelques uns susceptibles de les recevoir et de les comprendre.

Ces deux mondes celui de la famille et celui du thérapeute ou du formateur se rencontrent, s’influencent et se soudent transitoirement dans un espace privilégié suscitant une évolution potentielle du système.

Je voudrai vous raconter l’expérience que j’ai faite au Rwanda avec ceux que l’on appelait les « conseillers en trauma », qui s’occupaient des rescapés du génocide et avaient eux-mêmes vécus le génocide. Ils faisaient une formation « sur le tas » et c’est une ONG qui m’a proposé d’aller là bas donner un séminaire sur la gestion des émotions.
Je me suis retrouvée seule devant un groupe de 30 personnes ; personnes mises dans un rôle de soignant et ayant été victimes elles mêmes du génocide. Après une prise de contact et un temps d’affiliation, j’ai décidé de travailler avec des sous groupes qui devaient s’organiser selon les pertes vécues pendant le génocide ;

  • le premier sous groupe aborderait le « cumul » des différentes pertes ; ce sous groupe est devenu le sous groupe des veuves.
  • Le deuxième sous groupe serait centré sur la perte des parents ; il s’est composé de ceux qui avaient perdu leur père et leur fratrie.
  • Le troisième sous groupe était centré sur la perte de la fratrie ; il a été rejoint par ceux qui avaient perdu leur mère et leur fratrie.
  • Le quatrième sous groupe s’organiserait autour du thème des séparations ou des disparitions ; il fut formé par tous ceux qui vivaient l’absence liée à la disparition de proches non retrouvés.
    Très vite des images identificatoires liées aux figures d’attachement apparaissent, ce qui permet d’initier une différenciation des liens au-delà de la mort et d’éviter de rassembler tout le monde de manière indifférenciée, uniquement sur base des vécus d’injustice et de perte, niant ainsi les liens passés.

Au-delà de la consigne qui voulait différencier les générations, apparaît une forme d’attachement affectif plus différenciée à l’égard des membres de la famille.

J’ai ensuite proposé que chaque sous groupe décrive ce lien à ces décès vécus, les sentiments éprouvés avec ses proches, à différents moments dans le temps (avant, pendant et après le génocide) et que le groupe s’attarde sur les ressources actuelles à partir de ce qu’ils ont vécu. Ces sentiments seront représentés sous forme de sculptures.

Toutes ces images qui ont ainsi surgi, ont suscité de nombreuses émotions qui, mises en mots, déclencheront un processus de représentation mettant « en dehors de soi » ce qui était enfoui depuis 10 ans.
Le groupe 1 a représenté la colère et le chagrin, la confusion, le groupe 2 montrera l’impuissance et l’abandon (après la perte du père), le groupe 3 de la perte de la mère, image centrale montrera aussi la colère la confusion, le chagrin mais surtout la solitude, et enfin le groupe 4 exprime le désarroi par rapport aux disparus, le regret, la colère et le chagrin.
Dans les ressources le sens des responsabilités sera mis en exergue.

Ce passage par le corps dans des évènements traumatiques a permis d’exprimer des émotions tues depuis toujours, et a permis d’ouvrir un échange verbal sur le vécu traumatique des survivants.
Toutes ces représentations ont donné ou redonné aux participants la capacité de mentaliser et de symboliser, de se « séparer » de l’évènement traumatique, de se distancier de l’affect sous jacent et de le « transformer », dans quelque chose qui appartient plus à la pulsion de vie.
D’autres représentations ont suivi touchant aux processus de vie et de survie. L’évènement traumatique a pu se réinscrire dans une histoire relationnelle, remobilisée dans le temps et dans l’espace.
Ces conseillers en trauma, eux-mêmes victimes du génocide n’en avaient jamais rien exprimé et devaient travailler avec des groupes de rescapés bien plus important que celui que nous formions.
Ce travail représentait sans doute une sorte de rite de passage, remobilisant le temps suspendu, « le rite de passage nous disait Etienne Dessoy, fait comprendre en quoi le changement est l’affaire de la personne et de sa communauté d’appartenance, il se déroule selon un processus archaïque »
La transmission du traumatisme se fait en deçà des mots et c’est à ce niveau là que nous avons travaillé pour le rendre verbalisable,et autoriser la pensée à refonctionner et reprendre place.
Ce sont les morts sans sépulture qui viennent hanter les vivants nous dit Françoise Sironi. Ils se logent à l’articulation entre le singulier et le collectif. On ne peut s’intéresser aux vivants que après avoir enterré les morts.

L’intérêt d’utiliser le corps dans un système est la lecture et la perception qu’en ont les autres ; celles ci sont des atouts supplémentaires dans la compréhension des messages.

« La perception a besoin d’être confirmée par les autres en soi » (F.Calicis) ; en effet la richesse de cette construction c’est qu’elle n’est pas un acte isolé, puisque c’est la somme des diverses représentations, avec leurs vécus qui crée une nouvelle perception une nouvelle lecture du contexte relationnel du ou des protagonistes.

Chacun se différencie par la sculpture qu’il propose révélant quelque chose de son intériorité, et l’ensemble sculptural montre l’extériorité des interactions variées et différenciées qui forment un ensemble interactif réveillant le passé et le refoulé de manière imprévisible.

La sculpture rend visible pour soi et pour les autres et permet de se différencier à plusieurs niveaux ;

  • se différencier du groupe en s’exposant et en se dévoilant
  • se différencier par rapport aux images intériorisées du passé
  • se différencier par rapport aux projections dans l’avenir.
    Exemple ; un couple me consulte pour des problèmes de communication. Lui est un enfant adopté d’origine asiatique, et elle est Française venue en Belgique pour travailler.

Quand je leur demande ce qui les a attirés l’un vers l’autre, ils restent dans l’indéfinissable, « par curiosité » disent ils de manière indifférenciée.
Quand ils s’expliquent c’est comme s’ils appartenaient à deux cultures différentes, faisant référence chacun à des codes différents, mais contrariés tacitement de ne pas pratiquer les mêmes codes. Lui n’aime pas le conflit, donc sort quand il sent une tension monter. Ils peuvent parfois parler une nuit entière de leur relation et de leurs désaccords.

Leur couple s’est formé après le suicide d’une ex petite amie à lui.
A l’exercice proposé des distances, je suis très surprise ; ils vont chacun montrer des distances extrêmement différentes de l’un par rapport à l’autre, mais aussi contradictoires par rapport à ce qu’ils disent.
La première distance qui illustre le début de la relation ; la femme montre une proximité, mais pas trop grande et lui une grande distance, dans la deuxième définition qui illustre le moment présent, ils montrent tous les deux une grande distance, et dans la troisième qui est leur souhait pour l’avenir, elle montre une grande distance et lui une grande proximité. C’est surprenant car elle se plaint sans cesse du manque de proximité et de ne pas faire assez de choses ensemble, alors que lui protège sa bulle.

Il explique qu’au début il se protégeait de l’envahissement et la maintenait à une certaine distance pour pouvoir l’approcher ; « j’y vais par petites touches » dit il. Il se dit très déçu de ce qu’elle a représenté et dira « elle ne m’a pas compris ».

Elle se dit surprise de ce qu’il a montré, ne l’imaginant pas comme cela, c’est-à-dire si proche.
Elle réalise qu’elle a montré l’inverse de ce qu’elle lui demande ; elle veut une proximité, avoir une place, ne pas être oubliée et montre une distance à se faire « oublier ».
On voit là clairement leur carte du monde, comme le dirait Mony, officiellement, elle veut une relation fusionnelle, et en fait elle est imprégnée de relations distantes de par son histoire, et lui parle de distance et de protection mais recherche une proximité à son rythme qui « s’adopte » petit à petit .Le non verbal fut un raccourci pour témoigner de l’importance des liens passés et de leurs potentialités.

Dans un autre couple c’est l’utilisation d’un objet flottant, le jeu de l’oie qui va mes surprendre et révéler des comportements et une manière de fonctionner qui ne pouvait être dite.

Je demande à un jeune couple de me faire chez eux un trajet de 8 cases comme le jeu de l’oie avec 8 évènements importants de leur histoire personnelle, et puis d’en faire un second avec 8 évènements importants de leur histoire de couple, ceci sans se concerter. Ils doivent représenter ces évènements par un mot et un dessin dans chaque case.
Ce jeune couple s’est séparé pour réfléchir, mais tout semble aller dans le sens d’une séparation que la jeune femme demande. Dans son histoire elle comprend qu’elle est entrain d’agir ce que ses parents n’ont pas osé agir, c’est-à-dire se séparer de son conjoint.
La manière dont on répond aux consignes proposées donne déjà de multiples informations.

Monsieur a fait des papiers séparés pour chaque case, a écrit au recto verso et a fait les mêmes évènements pour sa vie personnelle que pour sa vie de couple.
Son parcours est confusionné entre vie individuelle et vie de couple, comme s’il n’existait que par ce couple.
Elle a différencié les deux parcours et il n’y a que des moments heureux mis sur un trajet rectiligne et pas en cercle comme on le voit habituellement.
Ce couple fonctionne de manière totalement indifférenciée, et la seule manière de se différencier est de se séparer.
Ils agissent simultanément leur séparation et la séparation symbolique avec leur famille d’origine.

Cet exemple montre que tout comportement ou toute interprétation de la consigne a un sens et révèle notre fonctionnement intra psychique et interactionnel. Lui montre un fonctionnement mental navigant entre le « tout ou rien », soit morcelé, soit collé à l’autre, tandis qu’elle montre ce qu’elle veut à tout prix, dans son trajet rectiligne sans question et sans « accroc » .
L’objet tiers permet au patient de vivre de nouvelles émotions, d’autres interactions dans l’ici et maintenant, pour les transférer dans le quotidien. Il s’agit de remettre en mouvement quelque chose qui est quelque peu figé.
Il est important d’utiliser le non verbal quand l’affiliation est créée avec le système et à un moment ou il semble nécessaire de redéfinir le problème ou de le complexifier en l’abordant à un niveau plus inattendu.
Ex ; un couple ou monsieur parle sans cesse de son non désir pour sa femme, du fait qu’elle ne répond pas du tout à son idéal de femme envisageant de la quitter.Dans les sculptures dans le temps il montre une relation très indifférenciée et fusionnelle dans les 3 séquences.
Dans la séance suivante, il parle d’amour et dit que le psychique et l’intellectuel sont beaucoup plus importants que le physique.
Elle montrera une distance plus adéquate ou elle peut voir l’autre et se situer par rapport à lui.

Le corps est le premier instrument de communication dans la toute première relation qu’est la relation « mère enfant » ; tout se passe dans le corps à corps.

C’est de la rupture de cette relation corporelle que naît le langage, premier acte de symbolisation.
Notre éducation apprend souvent à nier secondairement le langage du corps, à rationaliser, à intellectualiser, à verbaliser, pour mieux contrôler sans doute nos relations.
Pourtant dans toute relation amoureuse ou l’on régresse quelque peu dans un monde « idéalisé », le langage du corps redevient spontané.
Notre corps ne cesse de « trahir » notre inconscient, témoin d’une impossibilité à lui échapper, ou à le contrôler alors que cette possibilité existe au niveau verbal.

L’analogique touche à ce niveau pré verbal, il valorise le monde interne en sollicitant le monde relationnel.
Il permet de lier le dehors au-dedans, le contexte au groupe, le groupe à l’individu, la famille à ses membres, les appartenances à l’identité, le présent au passé, le passé au futur.
Il permet de faire émerger les affects refoulés grâce à la participation des « tiers » (les personnes choisies dans les représentations) révélateurs par leur vécu et par leurs attitudes, d’une vision surprenante et différenciée d’un vécu antérieur du protagoniste.
Le langage analogique réinvestit d’autres niveaux de lecture. Il touche à l’inconscient collectif à travers les expériences individuelles dans le groupe et à l’inconscient personnel « réveillé » « revisité » par les mises en scène.
L’objet tiers retisse les liens entre l’éprouvé et l’intellect, entre l’émotionnel et le rationnel.

Il peut transformer notre perception d’un vécu, d’un souvenir pour l’intégrer différemment dans notre histoire et dans notre psychisme.
Il permet d’explorer dans un contexte codifié les interactions de l’histoire familiale.
C’est une co construction qui lie « objet tiers » et émotions, identité et appartenances.
C’est aussi une co création d’un processus de symbolisation, passant par un processus de différenciation.

Exemple.

Les sculptures du couple « a ».
Le couple consulte pour des problèmes de communication ou monsieur se plaint de l’agressivité de sa femme et celle-ci se plaint du fait qu’il ne prend rien en charge.
Les sculptures abordent plus directement la relation. J’avais déjà travaillé auparavant le jeu de l’oie et j’ai travaillé ensuite sur les métaphores, nécessitant une élaboration et une symbolisation plus affirmée synthétisant leurs perceptions.
a)Je proposerai, les sculptures dans le temps, c’est-à-dire de leur relation au début, maintenant en crise et sans crise, et enfin leurs projections pour l’avenir.

  • la première est semblable chez les deux partenaires c’est-à-dire d’une grande proximité.
  • Le deuxième chez madame montre la distance, les bras sont croisés dans une position de fermeture dans la crise, contrastant avec un couple enlacé dans la non crise.
  • Monsieur a les bras croisés, il est fâché et il tente un geste de rapprochement vers sa femme ; dans la non- crise, ils sont enlacés.
  • Dans la troisième sculpture, madame les représente main dans la main.
  • Monsieur les représente très enlacés.
    Je suis aussi intéressée à travailler le lien à la mère, laquelle influe sur le choix inconscient du partenaire et est souvent le miroir de la relation amoureuse.
    Nous sommes en effet imprégnés de schémas interactionnels ou de programmes officieux, que nous répétons dans notre relation conjugale.

Je leur propose donc une sculpture montrant la distance émotionnelle vis-à-vis de leur mère. (Reprise du premier exercice)
- Monsieur se met à distance de celle-ci, froid et en face –à- face.
- Madame se met très à distance, de biais, le regard absent, et manifestant une claire indifférence.
La problématique avec leurs mères respectives reflète cette difficulté ou cette crainte du rapprochement, tout en ayant envie de la « réparer », dans leur couple et à l’intérieur d’eux-mêmes.
L’utilisation du langage analogique a permis de couper avec des discours de reproches répétitifs et de découvrir que ces conflits incluaient des tiers (mère de madame, travail de monsieur et ses rencontres avec des amies) . la conséquence fut une écoute différente, une ouverture à la souffrance de l’autre et une compréhension empathique .Leurs conflits protégeaient d’autres conflits, plus « subis », alors qu’ils étaient acteurs de leurs propres conflits.
Madame étant d’origine vietnamienne, ils parleront ensuite de leur projet de voyage au Vietnam avec toute la famille, un « retour aux sources » et à ses appartenances pour madame. Ils se montrent très heureux pendant cette séance ; madame dit avoir découvert une nouvelle manière de fonctionner dans leurs désaccords et monsieur dit qu’il a trouvé une nouvelle épouse.
Ce voyage inaugure aussi leurs vingt ans de mariage. Ils y emmènent le père de madame, afin qu’il les guide sur les lieux de son enfance.

On sait que dans toutes les cultures, dans toutes les sociétés,

Les rites et les transmissions se passent de manière analogique.
Le langage corporel est familier dans les pays du Sud fonctionnant plus dans la proximité. L’accueil, le toucher, le comportement traduisent nos cultures d’appartenance, d’affiliation et montrent ainsi en quoi nous nous différencions. Philippe Caillé dit que
« La culture joue essentiellement comme symbole d’appartenance ; l’échange non verbal prend toute sa valeur en mettant discrètement en évidence le fond commun affectif et cognitif qui sous tend l’évidente différence des cultures. Il s’agit de créer suffisamment de familier pour que l’étrange, ce qui fait la différence, soit enfin permis à l’individu et acceptable dans le milieu familial »
Le langage analogique est un langage interculturel, traducteur d’une communication universelle.

Dans ces pays du Sud le non verbal est toujours accueilli avec enthousiasme, comme si ce langage leur était familier, nous était commun et familier, et pouvait en dire plus sur leur culture, leurs appartenances,et leurs traditions..
Au Sénégal, dans le travail des sculptures dans les groupes de formation, il sera très régulièrement mis en évidence tous les non dits ou tout ce qui fut conflictuel dans les interactions familiales, mais qui n’a jamais pu être évoqué. (Séparations, polygamies)

Ne pas comprendre et ne pas savoir est souvent la règle implicite qui permet de sauvegarder une unité familiale symbolique et sociale.
Les sculptures permettent de reprendre une place différente dans la famille, tout en respectant les non dits ou ce que l’on nomme « masla » au Sénégal.
Au Liban, tous les groupes de formation commencent, à la demande du groupe par un rituel de gestes , de danse ou de chant. Les règles explicites du groupe, dans ces deux pays, sont tenues par un membre du groupe qui se propose chaque jour et est ce qu’ils appellent « le gardien du temple ». Celui-ci notes toutes les infractions des participants, et à chaque pause il y a les gages, décidés par le groupe auparavant ; de nouveau c’est très souvent danser seul au milieu du groupe.

Ceci crée une ambiance légère, de confiance et d’unité.
On peut dire que le langage analogique fait partie intégrante de la formation.

Conclusions.

Le but thérapeutique de ce type de travail est de favoriser les processus d’individuation en passant par les processus de différenciation, de séparation, ceci peut se faire en passant par la reconnaissance de ses systèmes et sous systèmes d’appartenance.

Chacun est renvoyé à quelque chose « d’équivalent », le confrontant à son espace interne, et chacun retrouve une part insoupçonnée de son passé.
Le puzzle construit par chacun est à la fois une histoire individuelle et une histoire systémique.

Roussillon dit que la symbolisation est une motricité interne ; celle-ci s’effectue entre l’interne et l’externe, c’est-à-dire entre l’intra psychique et le contexte systémique, entre l’espace privilégié de travail et l’espace extérieur, entre l’individu et la famille.

Ce qui est en souffrance dans le système est généralement ce qui ne peut être exprimé, doit rester caché, ce qui s’est absenté ou ce qui paraît non symbolisable.

Le langage analogique permet le retour de ce qui est enfoui, de ce qui est refoulé, et de ce qui ne peut être dit, de ce qui n’a jamais pu être représenté mentalement…il y a un retour du refoulé. Roussillon parle de « symboliser la non symbolisation, la dé symbolisation ».

Le passage par l’expression du corps permet à ce qui fut « absent » de redevenir présent, conscient et satisfaisant.
C’est un travail de liaison intra psychique et systémique, un travail de création qui permet une prise de conscience et un accordage entre la réalité interne et la réalité externe.

L’analogique peut donc être identifié comme objet de « liaison », utilisé dans un espace intermédiaire, reliant l’intérieur et l’extérieur, le « moi » et le « non moi »,il peut être identifié dans un processus de « transformation » réunissant ces différentes parties du moi et du contexte, afin de les réinscrire en soi harmonieusement.

Je pense que c’est là que le langage analogique est essentiel ; l’inter relationnel renvoie à l’intra psychique, l’intra psychique renvoie à l’inter relationnel, ce qui crée une unité dont l’empreinte est ce travail de liaison centré sur les ressources individuelles, groupales externes et internes.
Tout média est une métaphore des dynamiques et des processus interactionnels ; il aide à « mettre de l’ordre » dans les relations et à faire baisser l’entropie du contexte relationnel. L’utilisation des médias marque un contexte inhabituel dans la rencontre et permet l’émergence de contenus importants.

C’est une voie, « voie parallèle » pourrait on dire qui offre aussi bien à la relation qu’aux individus des occasions de changement.
Cette manière de travailler place le parcours thérapeutique à un niveau « méta » par rapport au langage verbal qui permet trop facilement de rationaliser. Le non verbal conjugue la légèreté et la gravité par ce qu’il suscite.

Le corps est la surface qui révèle un moment crucial d’une histoire énigmatique ; il appartient à la fois au réel et à l’imaginaire ;
Il s’agit de modifier nos anciennes perceptions pour en faire « naître » de nouvelles, métamorphosées et plongées dans la pulsion de vie, dynamisant de nouvelles interactions.
Le corps ouvre le champ du possible nous faisant découvrir notre dynamique subjective et inter subjective.
Il s’agit d’un langage déjà connu à « réapprivoiser », il s’agit d’une auto découverte de soi qui révèle notre monde relationnel.

Exercices proposés.
Le groupe
L’atome systémique ; en cercle et de manière successive ;

  • au signal changer de place avec l’espace qu’il y a entre 2 personnes
  • au signal changer de place avec la pace d’une personne
  • changer de place avec une personne à condition d’avoir rencontré son regard
  • changer de place avec une personne à condition d’avoir rencontré son regard et y ajouter un geste pendant l’échange.
    Se promener dans l’espace pour se l’approprier et sentir
  • comment je suis lié à cet espace
  • comment je suis lié au temps
  • comment je suis lié au groupe
  • comment éventuellement je me définis dans ce groupe.
  • ai-je envie de me rapprocher de certaines personnes et comment le montrer.
  • former petit à petit des sous systèmes, par affinités ou affiliations spontanées en marchant à côté des personnes qui m’attirent.
    Discussion

Se remettre en sous systèmes et définir les particularités de ce sous système (quoi fait que l’on s’est mis ensemble, quoi a fait lien ?, a-t-on des points communs , des différences ?) Caractériser et qualifier le sous système (quoi le rend particulier ?) En faire une sculpture à présenter au groupe.
Le groupe doit deviner le sous système

Les sous systèmes se répartissent dans l’espace et doivent montrer quelle est la distance adéquate entre eux.
Discussion

Dans chaque sous système chacun montre son identité dans le groupe.
Dans chaque sous système définir non verbalement

  • les éléments accélerateurs (=moteurs du systèm
  • les éléments freins ( = qui protégent des chanagements trop rapides)
  • les éléments « débrayage » (qui maintiennent l’homéostasie)
    Discussion
    Chaque sous système tente de définir non verbalement ses frontières par rapport aux autres et le conditions pour y entrer ; quel est le rite de passage nécessaire pour passer d’un sous système à l’autre.

2) Simulation ;
Une famille
Des co thérapeutes qui vont se succéder avec chaque fois des double derrière eux qui prennent le relais ensuite.
Aux stop ;

  • proposer de définir dans chaque couple de co thérapeutes, les alliances dans le système, les résonances éventuelles avec leurs familles, dans leurs institutions
  • se formuler des hypothèses et les tester
  • proposer une intervention non verbale.

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