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La violence à l’adolescence d’un point de vue systémique

dimanche 23 octobre 2011 par Jeanfils Aurelie , Maquaire Emmanuelle , Lambinet Karine , Scheyvaerts Pascale , De Boeck Reina

La violence à l’adolescence d’un point de vue systémique

 LA VIOLENCE A L’ADOLESCENCE D’UN POINT DE VUE SYSTEMIQUE

 1.) Introduction

La violence dans le contexte actuel Le problème des violences familiales est un problème très préoccupant de nos sociétés. Malgré leur gravité et leur prévalence, ce problème est rarement étudié à travers la prise en compte de la famille dans sa globalité. Pourtant, les travaux qui y sont consacrés montrent que la prise en charge de ces familles doit prendre en compte l’ensemble des membres et pas seulement chaque membre du système de manière individuelle pour obtenir des résultats positifs.

De tout temps, l’adolescence a été associée à la violence. Les transformations de la puberté sont souvent vécues comme une violence du corps à l’égard de la psyché. Les rites d’initiation signant le passage de l’enfance à l’âge adulte dans les sociétés dites primitives sont souvent associés à une certaine violence. Ils sont là pour rappeler la crainte des groupes sociaux face au pouvoir désorganisant de la puberté et à la nécessité d’en canaliser les enjeux pulsionnels. Dans nos sociétés modernes, on assiste à une « déritualisation » de l’adolescence où les transgressions des jeunes prennent dès lors la place manquante dans un mouvement d’auto-affirmation de soi, d’inscription dans le groupe ou comme figure d’opposition au monde des adultes. Il s’agit le plus souvent d’une délinquance transitoire.

Les facteurs à l’œuvre dans la violence sont souvent multiples et intriqués. Dans le cadre des conduites antisociales, toutes les recherches s’accordent sur la pérennité des réactions agressives de la prime enfance à l’âge adulte. En particulier, plus la conduite antisociale est précoce et intense, plus elle sera stable et lourde de conséquences. La pathogenèse de tels états ne peut se trouver qu’à l’intersection de plusieurs champs d’investigation : social, familial, psychique-individuel, voire biologique, mais en aucun cas à l’intérieur d’un seul d’entre eux. Chaque discipline éclaire plus ou moins les différentes facettes de l’objet. L’entrée dans la délinquance « grave » reste toutefois l’apanage des sujets très carencés dans l’enfance. La violence agie est la conséquence de toutes ces agressions qui n’ont pas pu être parlées, comprises, représentées.

Depuis quelques années, les pédopsychiatres constatent une augmentation des cas d’instabilité psychomotrice, de conduites d’opposition, des troubles du comportement et des abus sexuels alors que la pathologie névrotique tend à se raréfier. La clinique psychanalytique de la crise d’adolescence nous montre que l’adolescence révèle les tensions d’une époque et donc renvoie dans un miroir déformé le reflet de ce que la société nous propose. Certains auteurs évoquent la tendance à mettre en perspective la diversité des comportements déviants des adolescents avec l’avènement d’un nouveau « malaise de la civilisation ».

D’autre part, on constate des modifications au niveau structural et qualitatif des familles : fréquence des familles recomposées, modifications des relations entre les parents et leurs enfants où avant la différenciation des rôles était plus marquée, une remise en question générale du principe d’autorité, le principe de l’individualité primant sur celui du groupe social avec une sacralisation du désir individuel et de la réussite.

Aujourd’hui les relations familiales sont influencées par des valeurs promues par notre société actuelle fondées en grande partie sur l’hédonisme.

On assiste à une modification de la place de l’enfant. Il est considéré comme « une personne à part entière » en lien avec le narcissisme des parents. On leur demande leur avis pour tout, pour les décisions à prendre. Ils tyrannisent les autres membres. Les barrières intergénérationnelles finissent par s’éroder.

On constate également une modification de la « souplesse » au sein des familles. Maintenant les familles fonctionnent sur un mode où chaque conflit prend une importance vitale et peut dégénérer en violence. Dans certaines familles, certains membres sont incapables d’accepter le point de vue de l’autre et de manifester de la tolérance.

La crise économique et le chômage ont aussi un impact sur la société et la structure familiale. La précarité donne un sentiment d’insécurité même quand on n’est pas directement concerné. Pourtant des études nous montrent que la précarité économique n’est que très rarement un facteur de risque de violence, ce qui est souvent le contraire des idées reçues. Mais ce même rapport d’observation met en évidence qu’un déficit relationnel entre les parents et les enfants explique une grande majorité des cas de maltraitance. Ce déficit s’exprime sous forme de carences éducatives des parents conduisant à une absence de repères et à un repli sur soi. Le chômage provoque un manque de repères des jeunes, l’absence de conscience de classe, de limites. Ils n’ont ni adversaire, ni utopie, ni cause, juste la rage, la haine sans objet. Leur violence est plus imprévisible, plus sauvage qu’auparavant.

On constate aussi que l’évolution dans « un monde virtuel » a un impact sur la violence des jeunes. Les enfants d’aujourd’hui sont sans cesse confrontés à la violence imaginaire. Chacun choisit dans les images qu’il voit celles qui lui permettent de renforcer son identité. Plus un enfant est conditionné dans son milieu à des atteintes narcissiques, plus il sera réceptif aux images de violence qu’il verra. Avant il existait chez l’enfant une barrière d’enchantement créée par l’imaginaire et une capacité à inventer une rêverie. Après il y a eu l’invention de l’immédiateté à soi à travers les jeux, la télévision, les vidéos. On a assisté à une désubjectivation, une contraction du temps et de l’espace. Il n’existe plus de miroir qui nous sépare des images qui nous sont projetées directement.

 2.) La mise en place de la violence familiale

Il est important de définir ce qu’on entend par violence car il existe un amalgame et une extension indéfinie du terme violence et le risque est de justifier une violence par une violence antérieure. Le violent se justifie souvent en disant qu’il réagit à une violence qu’il a lui-même subie. L’agressivité témoigne d’un lien alors que la violence traduit une négation ou une destruction du lien.

Par violence familiale, on entend toute forme de violence s’exerçant dans les relations familiales, les relations d’intimité, de dépendance ou de confiance. Cette violence peut être physique, verbale, émotionnelle ou sexuelle. Elle peut également être des mauvais traitements ou de la négligence. Il existerait une violence fondamentale, partie des instincts de survie, force d’adaptation qui au contact de l’environnement au sens large subirait un processus de maturation avec un renoncement à la satisfaction pulsionnelle immédiate. La violence de l’enfant s’inscrit dans le cadre de relation avec son environnement qui contribue à organiser son développement. Il y a un travail de refoulement et d’inhibition permettant de nouer des relations avec les autres. Dans les registres pathologiques, ces refoulements s’opèrent moins bien et le sujet passe rapidement de l’idée à l’acte agressif. Il est fréquent d’observer dans certains contextes familiaux comment les interdits fonctionnent mal et comment l’enfant semble livrer à lui-même. Dans le cas de carences relationnelles précoces, l’enfant recherche des sensations physiques douloureuses qui ont toujours une dimension autodestructrice. La violence destructrice est souvent le seul moyen pour ces enfants carencés d’arriver à se sentir exister.

La violence peut apparaître dans diverses circonstances reprises ci-dessous.

La maltraitance comme expression d’une crise dans le cycle vital d’une famille. Elle est alors en rapport avec des stratégies adaptatives de la famille face à des changements comme la mort d’un membre, une naissance, un départ, un exil,… La maltraitance comme expérience organisatrice de la phénoménologie familiale. Familles transgénérationnellement perturbées. Ce sont les situations les plus fréquentes. Dans ces cas, parler de violence, c’est aborder la souffrance de la honte, le désir de revanche et mettre en évidence des comportements identiques dans les générations antérieures. Souvent, les adultes maltraitants ont grandi dans un milieu carencé au niveau maternel où le père ou la mère est un être affamé d’amour, ayant besoin d’être rassuré dans son identité et ses valeurs personnelles et donc ces derniers vont attendre de leurs enfants qu’ils comblent les carences du passé. Ainsi, il existe alors un risque que l’enfant soit « chosifié » car il est imaginé comme l’objet de réparation. L’enfant est utilisé comme objet transitionnel, « enfant nounours » de ses parents.

Dans ces cas de perturbations transgénérationnelles, on retrouve des silences sur les origines et la filiation. Le secret perpétue la victimisation.

Cela entraîne des troubles graves au niveau du processus de différenciation de l’enfant avec risque d’une appropriation par l’adulte du corps de l’enfant comme source de tendresse, d’affirmation de soi et risque alors d’une relation incestueuse.

Les familles à transactions violentes quand il n’est plus possible de communiquer autrement. Souvent dans ces cas, l’autorité a été exercée de manière abusive, entraînant de la maltraitance. Cela va amener des failles importantes au niveau de la transmission et l’intégration de l’autorité parentale. Ce qui va entraîner des difficultés quand l’enfant devenu adulte devra exercer ou se soumettre à l’autorité d’une figure d’autorité. Les familles avec grandes carences identitaires entre parents et enfants. Ce sont des situations où il y a peu d’interdits, où les parents se comportent comme des grands adolescents. Souvent il y est présent une difficulté à poser la Loi qui est associée à une fascination et une fierté inconsciente des parents pour leurs enfants présentant des troubles du comportement. Dans ces familles où plus aucune autorité paternelle ne peut s’exercer, l’angoisse, la peur des parents face à leur enfant domine et le sentiment d’impuissance des parents augmente le risque de violence de leur part.

Les adolescents qui ont eu une enfance très perturbée, abandonnique ou avec des ruptures affectives, soumis à la violence des adultes, n’ayant pas reçu la sécurité affective qui leur aurait donné une image positive d’eux-mêmes, une sécurité interne leur permettant de se sentir moins dépendants de leur environnement, vont avoir tendance à répéter la violence qu’ils ont subi.

 3.) Prise en charge par des entretiens familiaux

A. Les parents rencontrés dans ces situations de violence de la part de leur enfant présentent différentes caractéristiques :

Ils se sentent dépassés, immergés dans des difficultés Ils n’ont souvent plus les moyens d’intervenir face à leur enfant mis en position de toute puissance Ils ont un sentiment de gène, de honte à évoquer ce qu’ils vivent comme un échec Au niveau du rôle parental et de la disponibilité : ces familles « soi-disant » distantes montrent des parents prêts à se mobiliser s’ils ne se sentent pas coupables Souvent ils sont engloutis dans leur propre difficulté ou des difficultés de couple On retrouve parfois des traumatismes non élaborés et chargés émotionnellement.

Le but de ces entretiens familiaux :

Donner de la sécurité rapidement aux victimes S’opposer au sentiment d’impuissance et de manque de confiance Minimiser l’escalade de la violence Permettre de renouer la relation avec enfant agressif Appréhender les fonctions des parents sans donner des leçons de moral Soutenir les parents pour qu’ils n’acceptent pas cette maltraitance, qu’ils posent des limites. « L’usage de l’autorité n’annule pas l’amour de nos enfants. »

Ces entretiens avec toute la famille permettent de mobiliser les ressources émotionnelles, affectives et mémorielles de l’histoire familiale. Cela permet de mettre à jour les souffrances des membres avant que les problèmes de violence n’apparaissent et de resituer la problématique de la violence dans l’histoire familiale.

La famille a rarement au début une demande pour elle-même.

Malgré cela, une étude montre un taux d’abandon de suivi très bas de la participation effective du jeune et de ses parents en comparaison aux approches centrées sur le jeune.

Par ce type d’entretiens, on a montré aussi la difficulté des soignants et accompagnateurs de terrain car ils sont souvent enfermés dans une logique linéaire qui les met dans l’obligation de séparer ou d’exclure pour stopper l’escalade. Ils sont contaminés par le dysfonctionnement psychique dû à la chronicisation de la situation.

Dans cette même logique, on a également remarqué que la souffrance familiale se démultiplie de façon dramatique lorsque les processus de clivage et d’enfermement ont réussi à isoler la famille du monde social. Par contre, lorsqu’il est possible de réunir toute la famille, souvent cela permet de créer un espace de dialogue afin de sortir de la paradoxalité. Il s’agit d’un retour à la pensée, une circulation des affects, une levée des non-dits.

On assiste alors, souvent dans un second temps, on assiste à l’élaboration de la demande qui permet d’organiser une prise en charge pour le jeune, voire pour la famille ou le couple et pouvant déboucher sur une thérapie familiale.

B. Dans les familles où l’on retrouve de la maltraitance des parents à l’égard des enfants, on constate souvent des relations teintées d’emprise, de séduction, de contrainte et de dépendance. La violence naît à partir de l’absence de reconnaissance de l’autre, l’annulation, le travestissement des sensations et des émotions de l’autre au sein du groupe familial.

Dans ces contextes, la violence peut se manifester sous deux formes : l’agression et la punition. Cette violence au sein de la famille renvoie souvent à des troubles du fonctionnement. Parfois les parents eux-mêmes ont été maltraités.

Cette violence faite aux enfants est d’autant plus difficile à déceler qu’elle s’accompagne de mode de relation et de communication particuliers à ces familles :

On retrouve souvent dans ces familles une non-délimitation de territoires, ce qu’on appelle des territoires flottants. Personne ne peut s’enfermer ou parfois les portes ne ferment pas (les salles de bains et les toilettes n’ont pas de clefs), les lits changent. Dans ces familles, la toute puissance des parents inculque le respect et l’obéissance aux enfants, alors que les mécanismes pervers d’une emprise hypnotique les empêchent de parler. Ou bien ceux qui parlent ne sont pas crus. Souvent les gens se liguent pour préserver l’honneur des adultes et l’unité des familles au détriment des jeunes victimes. Seules les familles plus démunies sont facilement soupçonnées de maltraitance ou négligence et donc celles-ci sont plus surveillées par les services sociaux et dénoncées par les écoles.

A ce moment-là, l’enfant, subissant l’autorité des parents et manquant d’intérêt des autres adultes, ne parle pas par crainte d’être battu, rejeté, abandonné ou encore abreuvé de paroles destructrices. Aussi il ne dénoncera pas ses parents par loyauté familiale.

Dans les cas d’inceste, s’ajoute la honte et la peur de perdre le respect et l’estime de soi et d’envoyer l’agresseur en prison.

Et parfois, l’enfant qui a peur cherche à faire peur. L’enfant a peur de ce qui vient de l’extérieur, de l’étranger qu’il vit comme intrusif. Ainsi on retrouve chez ces enfants beaucoup d’actes de violence.

Souvent l’entourage participe à cette « loi du silence ». Les parents le font par crainte de se voir retirer les enfants, d’être jugés, emprisonnés pour des années. Les faits sont alors minimisés. La parole de l’adulte prévaut sur celle de l’enfant, sauf s’il y a des preuves visibles comme des coups, des abus sexuels ou de la négligence.

Pour la protection des enfants, il existe une loi qui organise un réseau de juges pour enfants, de travailleurs sociaux, de médecins et de thérapeutes. Souvent ce sont à partir des hôpitaux, des écoles et des services sociaux que se font les signalements à l’autorité judiciaire. Mais faire cesser la violence par une condamnation pénale du parent maltraitant ou par un placement temporaire ne suffit pas à rétablir l’équilibre relationnel dans la famille. Il est toutefois très important de dénoncer les violences et de trouver les moyens psychothérapeutiques pour travailler avec des familles maltraitantes et incestueuses d’autant que les violences subies dans l’enfance ont des conséquences à long terme. La violence peut se perpétuer d’une génération à l’autre. On peut parler de la sexualité et des abus sexuels aux enfants et leur apprendre à respecter leur corps et leurs émotions, les aider à se situer dans les générations de la famille. S’il arrive quelque chose à l’enfant, ce dernier pourra en parler naturellement.


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