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La place de l’enfant dans la thérapie familiale : techniques artistiques et poser les limites

dimanche 23 octobre 2011 par Lebrun Elise

La place de l’enfant dans la thérapie familiale : techniques artistiques et poser les limites

Techniques artistiques systémiques

Le dessin, la peinture ou la sculpture en pâte à modeler sont de très bons moyens pour permettre aux enfants de s’exprimer dans la thérapie familiale. Contrairement aux thérapies d’enfants individuelles où il s’agit d’interpréter l’œuvre de l’enfant, dans le cadre systémique, on peut les utiliser de plusieurs façons.

Les tâches parallèles : chaque membre de la famille fait sa propre œuvre, son dessin, sa sculpture, cela donne une grande masse de matériel analogique à explorer.
Les tâches individuelles : elles sont effectuées par un seul membre de la famille que les autres observent. Exemple : un jeune enfant qui a de grosses difficultés à parler d’un thème douloureux pourra utiliser son œuvre pour communiquer avec sa famille. Chacun peut avoir sa propre réaction et sa propre compréhension de l’œuvre.
Les tâches communes : cela se fait sur une seule grande feuille de papier et toute la famille ou un sous-groupe (exemple : la fratrie) travaille ensemble pour créer un seul et unique dessin. L’avantage ici est que le thérapeute peut à la fois se focaliser autant sur le processus interactionnel de la famille (de négociation, de partage, de communication, d’alliance, etc.) que sur l’œuvre elle-même.

Dans tous les cas, cela offre à l’enfant le pouvoir de s’adresser directement à sa famille. En effet, par ce moyen, il passera plus facilement à l’expression verbale. Cela améliore la communication verbale entre les différents membres de la famille.

Marche à suivre

Le thérapeute présente la tâche artistique en proposant un thème, par exemple : « Chacun de vous serait-il prêt à faire un dessin de la famille ? » ou il peut leur proposer de dessiner la famille durant une activité qu’ils font ensemble, dessiner un évènement des dernières vacances, dessiner un plan de la maison, dessiner un événement récent au cours duquel on s’est amusé en famille. Le thérapeute peut le faire dès la première séance, surtout s’il y a des enfants très jeunes. L’intérêt est que c’est un accès inhabituel aux représentations de chacun, ça donne de l’information nouvelle au thérapeute et à la famille. Lorsque l’œuvre est terminée, le créateur peut lui donner un titre. Donner un titre facilite le passage de la représentation artistique à la représentation verbale.

Le thérapeute peut aussi proposer à la famille une tâche artistique sans thème, leur dire de dessiner quelque chose ensemble. Le but est ici de voir comment ils prennent ensemble cette décision et comment ils distribuent les rôles, exécutent les tâches, etc.

Utilisations

Quand utiliser les tâches artistiques ?

Une tâche artistique peut être lancée en début de thérapie pour aider à la famille à énoncer ses objectifs de changement. La consigne peut alors être « dessiner ce que vous aimeriez être et ce que vous aimeriez que la famille soit à la fin de la thérapie ».

Nous pouvons aussi utiliser une tâche artistique pour représenter le problème. La consigne peut être de dessiner le problème dans la famille ou les changements survenus dans la famille depuis que le problème existe.

Plus tard au cours de la thérapie, les techniques artistiques peuvent encore être employées notamment lors d’une « tâche à deux images ». L’intérêt est ici de voir le contraste entre deux représentations. Par exemple, d’abord, chaque personne de la famille doit dessiner un changement négatif qui s’est produit dans la famille, par exemple : divorce, décès, crise, recrudescence de la violence. Puis chaque membre de la famille dessine la famille telle qu’elle était avant ce changement, quand ça se passait mieux. Une autre façon de faire cette « tâche à deux images » est en explorant les conséquences négatives futures. Chacun dessine d’abord la famille actuelle puis telle qu’elle pourrait être dans cinq ans si rien ne change. On peut aussi explorer les espoirs ou les conséquences futures positives : chacun dessine la famille actuelle puis telle qu’il voudrait qu’elle soit. Une version équivalente consiste à dessiner deux évènements familiaux différents et non deux temps différents. Par exemple, un évènement où on s’est senti en sécurité dans la famille et un autre qui a engendré de la peur.

Les techniques artistiques sont aussi d’une grande utilité lorsqu’on demande aux enfants de sortir quelques minutes de la pièce, par exemple si les parents veulent aborder un problème de couple. Ils peuvent alors dessiner dans la salle d’attente et revenir en parler après.

Matériel

Le matériel est très simple : crayons, feutres, feuilles, pâte à modeler, etc. et le thérapeute le présente après avoir proposé la consigne. Sinon, il reste rangé pour que la famille ne le voie pas et reste concentrée sur ce qu’elle est censée faire. Il peut aussi être utile d’avoir un tableau et de grandes feuilles pour les dessins collectifs.

Remarques

Le thérapeute doit laisser à l’adulte la liberté de dessiner ou non. Cela peut être difficile pour lui et il est souvent nécessaire de l’encourager un peu. Le thérapeute peut lui expliquer que c’est juste une autre façon de s’exprimer et qu’en plus, les enfants adorent parler avec leurs parents de ce que ces derniers ont dessiné.

Après la tâche artistique

L’étape suivante est un échange verbal élargi. L’auteur du dessin le montre aux autres et en parle. Si c’est une œuvre commune à toute la famille, ils l’expliquent au thérapeute. Souvent, à ce moment-là, chacun veut prendre la parole. Le thérapeute doit donc être particulièrement attentif aux jeunes enfants pour qu’ils puissent poser leurs questions et faire leurs observations. Famille et thérapeute parlent de l’œuvre mais aussi des interactions entre les membres de la famille lors de la tâche artistique, surtout dans le cas d’une tâche artistique commune.

Selon Carole Gammer, la plupart des familles, et presque toutes celles qui ont de jeunes enfants, peuvent immédiatement profiter des acquis de ces techniques. Exemple (voir dessin que j’amène) : Kevin est un enfant de 7 ans que je vois car il est à haut potentiel. Il a des problèmes de comportement à la maison et à l’école. A la première séance, il dessine ce qu’il se passe en classe : il est le seul à avoir terminé son devoir avant les autres. Après il ajoute deux autres bonnes élèves qui ont aussi fini leur devoir avant les autres. Cela dessin a permis d’entamer une discussion avec les parents sur comment ça se passe à l’école, les difficultés que Kevin y rencontre étant donnée sa particularité.

Poser les limites

Face à des enfants ayant un comportement provocateur ou rebelle, comment aider les parents à mettre en place des limites et comment aider les enfants à les accepter ? Carole Gammer s’inspire de techniques cognitives et comportementales qu’elle adapte quelque peu pour les inclure dans un travail systémique.

Le thérapeute peut commencer par proposer à la famille une mise en scène d’un conflit parents-enfant (voir Géraldine). Cela permet de voir comment chacun négocie les règles, quelles sont les conséquences, etc. et cela donne des informations aussi sur le contexte familial plus élargi,

Pour beaucoup de familles, une aide est nécessaire pour permettre aux parents d’acquérir des compétences pour assurer un respect convenable des règles. Les parents doivent avoir à l’esprit une distinction claire entre les « règles fixées » et les « demandes normatives ». Les règles fixées sont assez générales. Par exemple : les jours de classe, les enfants doivent être habillés avant le petit déjeuner. Les demandes normatives, quant à elles, sont des ordres donnés sur le moment. Par exemple : « S’il-te-plait, prend l’autre sac de courses et mets-le dans la cuisine ». Il faut aussi qu’il y ait des conséquences par rapport au respect des règles : des récompenses si elles sont respectées ou des sanctions en cas de non respect.

Nous ne parlerons pas des règles familiales implicites, cachées. Par exemple : ne pas parler de l’alcoolisme du Papa. Nous ne parlerons que des règles connues et déclarées.

Les règles fixées

Les règles fixées sont assez générales. Par exemple : les jours de classe, les enfants doivent être habillés avant le petit déjeuner.

Il est important de partir avec la « culture des règles » de la famille. En effet, certaines familles ont trop de règles, d’autres trop peu. Chez d’autres, elles sont trop abstraites ou changent sans cesse. Pour aborder en douceur cette « culture des règles », le thérapeute peut lancer une discussion sur les valeurs familiales, elle s’ensuivra d’une discussion sur les règles. Ou alors, il peut explorer la culture des règles des familles d’origine des deux parents et revenir sur la situation familiale actuelle ensuite.

Exemple : une famille vient en thérapie car leur fils de 5 ans pose problème à l’école : il n’écoute pas les consignes et ennuie les autres enfants. A la maison c’est pareil, il frappe ses parents et sa petite sœur. A la question sur les règles de la famille, les parents se raidissent et disent qu’ils n’ont pas de règles à la maison, les parents pensent que ca écrase la spontanéité des enfants. La thérapeute explore alors la culture des règles des familles d’origine des deux parents. Le papa a été élevé dans une famille avec trop de règles, avec des règles pour tout. Pour les faire respecter sa mère utilisait l’humiliation et son père la violence physique. La maman a vécu avec ses parents et ses grands-parents. Elle était sans cesse le témoin des conflits entre sa mère et sa grand-mère concernant les règles à la maison. Sur cette base, les parents sont prêts à discuter d’une nouvelle culture de règles qui leur serait propre et qui serait différente de leurs familles d’origine.

Après l’exploration de la culture des règles familiales, le thérapeute peut aider les parents à reformuler les règles. Pour cette étape, les enfants ne sont pas présents. Tout d’abord, le thérapeute aide les parents à étudier chaque règle séparément ainsi que l’ensemble du tableau : y a-t-il trop ou trop peu de règles ? Ensuite, les parents doivent réfléchir au comportement négatif des enfants qui les inquiète. Quelle règle mettre en place ? Quelles valeurs sont sous-jacentes à cette règle ? Ou, si une règle est déjà établie, est-elle bonne ? A-t-elle été communiquée aux enfants ? etc. Ensuite, les parents doivent voir comment ils vont communiquer cette nouvelle règle aux enfants. Elle doit être claire et formulée dans un langage qui correspond à l’âge de l’enfant. L’étape suivante consiste à étudier les conséquences. Quelle suite donner à une infraction à la règle ? Et en cas de respect de celle-ci ? Les conséquences doivent être réalistes, adaptées à l’âge de l’enfant et parfaitement claires pour lui. Il faut éviter les conséquences qui privent l’enfant de nourriture (les parents ne pourront pas respecter cette punition), qui l’envoient au lit plus tôt (ce moment doit être un moment de détente et non de stress), ou qui le privent de relations sociales ou familiales (c’est trop important pour le développement de l’enfant). Pour toutes ces étapes, les enfants ne sont pas présents. Toutefois, pour les conséquences, les parents ne rédigent que quelques lignes provisoires puis on demande aux enfants leurs idées, on négocie. Cette façon de faire rend la coopération future des enfants beaucoup plus probable. De plus, la hiérarchie est préservée : ce sont les parents qui prennent la décision finale et l’enfant se sent entendu et respecté. Dans le cas d’adolescents, ils peuvent aussi être associés à la formulation des règles.

Parfois, il est utile de faire une répétition avec les parents de ce qu’ils vont dire à leurs enfants. En effet, ce n’est pas facile pour eux, ils doivent à la fois être plus stricts et créer un espace pour l’expression et le respect des enfants. Un bon moyen consiste à utiliser des chaises vides qui représentent les enfants et les parents peuvent s’adresser à eux de cette façon pour exprimer la nouvelle règle. Il est parfois utile aussi de les mettre à la place de l’enfant et de voir à quelle réaction ils s’attendent. Cela permet souvent de déceler des points faibles dans la règle et ses conséquences.

Après l’entretien, la famille a alors la possibilité d’essayer à la maison le nouvel ensemble « règle-plus-conséquences » et de voir ce qui marche et ce qui ne marche pas. Une partie de l’entretien suivant sera consacrée au compte-rendu de ce qui s’est passé à la maison. Il faut en général un mois pour que la règle soit fermement ancrée dans la famille. Il vaut donc mieux y aller avec une seule règle à la fois. Le plus dur c’est de commencer, l’instauration d’autres règles sera de plus en plus facile.

Les demandes normatives

Les demandes normatives sont des ordres donnés sur le moment. Par exemple : « S’il-te-plait, prend l’autre sac de courses et mets-le dans la cuisine ».

Pour aider les parents à bien les formuler, voici quelques principes à leur expliquer : Les demandes normatives doivent être claires, concrètes et appropriées à l’âge de l’enfant. Le comportement souhaité doit être précisé. Par exemple : « il est l’heure maintenant de ranger tes jouets ». Dans la mesure du possible, il ne faut faire qu’une demande à la fois. Ne pas dire à un enfant de 6 ans :« Va mettre ton pyjama, prépare ce dont tu as besoin demain à l’école et range tes jouets » mais simplement « Va mettre ton pyjama », puis une fois que c’est fait on peut demander une autre chose. La demande doit être ciblée sur une assez petite portion du comportement. Souvent les parents donnent des consignes beaucoup trop générales. Par exemple, c’est trop général de dire à un enfant hyperactif : « il est maintenant l’heure d’aller te coucher ». Il faut lui dire « Prends d’abord ton pyjama dans le tiroir » et ainsi de suite. La demande doit être une déclaration et non une question. Eviter le « ne devrais-tu pas ranger tes jeux ? » mais dire « range tes jeux s’il-te-plait ». Eviter aussi d’ajouter un « d’accord ? » à la fin, cela laisse le choix à l’enfant. La demande normative doit être énoncée de façon la plus calme et neutre possible et elle est suivie d’un bref temps d’attente (5 à 10 secondes) après quoi le parent peut répéter sa demande et faire un avertissement à l’enfant. Enfin, si l’enfant a obéi, le parent lui fait un petit compliment.

Pour aider les parents à communiquer les demandes normatives aux enfants, la mise en scène peut être, là-aussi, très utile.

Moyens d’action

Le système de points et le time-out sont deux moyens d’action qui peuvent soutenir les parents dans la mise en place des règles et dans leurs demandes normatives. Souvent, il faut compter plusieurs séances pour régler minutieusement le fonctionnement de ces outils.

Le système de points : Le principe est le suivant : un comportement obéissant fait gagner des points et le contraire n’en fait pas gagner ou en fait perdre. Tout d’abord, les parents doivent choisir les comportements de l’enfant qu’ils aimeraient voir changer. Ils doivent ensuite décider des avantages qu’ils pourraient accorder à l’enfant quand il aura atteint un certain nombre de points. Exemple : regarder la télévision, jouer à un jeu vidéo, recevoir de l’argent de poche, manger un dessert particulier ou, si on cumule plus de points : aller au cinéma, avoir une sortie spéciale, etc. Il faut faire un tableau où on inscrit les points obtenus et perdus. Pour les enfants de 4 à 8 ans, il vaut mieux utiliser des jetons ou des autocollants plutôt qu’un tableau, c’est plus concret.

Exemple : un Maman divorcée élève seule ses 4 enfants. Elle se plaint de leurs insultes et chamailleries au moment du repas. La thérapeute demande alors aux enfants de sortir de la pièce et elle discute avec la maman de la mise en place d’un système de points. La nouvelle règle est la suivante : les insultes ne sont plus permises. Quand les enfants reviennent dans la pièce, ils listent un maximum d’insultes. Ensuite, chacun négocie les récompenses qui pourraient l’intéresser. Chacun gagnera trois points par jour sans insulte et en perdra un par gros mot. Les points cumulés pourront être échangés contre des récompenses (exemples : 3 points pour aller se coucher 15 minutes plus tard, 9 points pour aller manger une glace).

Le time-out : Il est utile avec des enfants de 2 à 9 ans. Le principe est le suivant : les parents appliquent le time-out directement après un comportement indésirable de l’enfant. L’enfant doit alors aller dans un endroit prédéfini et y rester seul un certain nombre de minutes sans jouets ou autres distractions. L’enfant est informé à l’avance de la règle à respecter et de la conséquence time-out en cas de non respect. Le thérapeute peut suggérer aux parents de commencer par un avertissement. Exemple : « Eteins la télé » puis, s’il ne le fait pas : « Eteins la télé sinon je te donne un time-out ». Concernant le temps où l’enfant doit rester à l’endroit prévu, Carole Gammer suggère de l’y laisser une minute par année d’âge. Par exemple : 6 minutes pour un enfant de 6 ans. L’enfant peut prendre un minuteur avec lui pour voir le temps restant. Où ? Il faut trouver un endroit ennuyeux mais pas effrayant. Ca peut être par exemple les escaliers ou les toilettes. Pendant le time-out, l’enfant reste seul, les parents ne communiquent pas avec lui. Cela permet à l’enfant de se calmer tout seul. Il est utile d’expliquer à la famille que le but du time-out est d’augmenter la capacité d’agir et la maitrise de soi de l’enfant. C’est une aide aussi bien pour les parents que pour les enfants. Une fois le time-out terminé et si l’enfant a retrouvé son calme, le parent lui dit qu’il peut quitter cet endroit et si nécessaire, lui réexpliquer pourquoi le time-out a du être utilisé. Si la cause est que l’enfant ne voulait pas faire quelque chose, il doit le faire en sortant du time-out. Durant la séance thérapeutique, les enfants sont présents quand le thérapeute explique le time-out. Ils peuvent ainsi donner leur avis quant au lieu, avec ou sans minuteur, etc. Comme pour le système de points, faire participer l’enfant à ces décisions augmente la probabilité d’obtenir une coopération. Une mise en scène peut aider à la famille à voir comment cela pourra se passer à la maison.

Le time-out est particulièrement utile dans les familles qui connaissent des escalades intenses dans les conflits parents-enfants. Il arrive que l’enfant refuse de faire le time-out ou hurle ou ne reste pas à l’endroit prévu. Le parent peut relancer alors le time-out de 0 ou ignorer ses cris par exemple. Cela peut se discuter lors d’un entretien pour voir ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas marché. Cela peut prendre du temps pour que tout soit minutieusement réglé mais l’obstination porte en général ses fruits.

Exemple : lorsque Kevin pique des crises de colère, ses parents lui demandent d’aller quelques minutes sur les escaliers. Il peut revenir seulement s’il est calmé et qu’il s’excuse.


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