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Extrait de mémoire

LE DEUIL CHEZ L’ENFANT ET L’ADOLESCENT

Par Cécile Paesmans psychologue

dimanche 28 mai 2006 par Paesmans Cécile

 LE DEUIL CHEZ L’ENFANT ET L’ADOLESCENT

L’enfant comme l’adulte est confronté, un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre, à la mort ; qu’il s’agisse d’images de médias, de la perte d’un animal familier, d’un ami, d’une personne de son entourage ou d’un membre de sa famille. Mais perdre sa mère ou son père durant son enfance est une lourde épreuve dont il est difficile d’apprécier les effets à moyen et à long termes ainsi que la charge traumatique, même lorsqu’on connaît bien l’enfant. Dans le cadre de ce mémoire, nous allons nous attacher plus spécifiquement au deuil de l’enfant suite à la perte d’un de ses deux parents.

De nombreux auteurs, dont Deutsch (cité dans Hanus, 1998, p. 267), se sont opposés pendant longtemps à l’idée que l’enfant puisse vivre un processus de deuil. Aujourd’hui, la plupart des auteurs contemporains affirment que les enfants font un deuil et que celui-ci ne se différencie pas sensiblement de celui des adultes. En effet, il est toujours principalement conditionné par la nature de la relation préexistante à la perte et principalement par la nature de la relation première et précoce à la mère. Le travail de deuil chez l’enfant diffère cependant de celui chez l’adulte en ce sens « qu’il est plus progressif, cheminant parallèlement à l’évolution de ses acquisitions intellectuelles, affectives et cognitives » (Hanus, 1998, p. 299).

 2.1. LE DEUIL « NORMAL »

2.1.1. Particularités des deuils dans l’enfance

Perdre la personne aimée est donc un phénomène réel pour l’enfant. Ce phénomène possède cependant des particularités propres à son statut d’enfant. Hanus et al. (1997) les envisagent dans les trois perspectives suivantes :

  • Le deuil survient chez un être en pleine évolution mobilisant beaucoup d’énergie psychique. Mais, lors de la perte d’un être cher, le deuil requiert des forces et de l’énergie qui ne sont dès lors plus disponibles pour le processus de croissance de l’enfant. Cette épreuve de deuil interfère donc irrémédiablement avec le processus de développement de l’enfant.
  • Face à la mort, situation à la fois inhabituelle et étrange, l’enfant, dépendant des adultes, se dirige vers eux et s’identifie immédiatement à leurs attitudes et réactions. « Le deuil des enfants se calque sur celui des adultes de leur entourage » (Hanus et al., 1997, p. 90).
  • Un deuil important durant l’enfance entraîne des changements dans les conditions d’existence. Ces changements peuvent être, par exemple, de l’ordre d’un déménagement ce qui aura comme conséquence d’éloigner l’enfant de son cadre de vie habituel, perdant ainsi ses repères et ses amis. L’enfant en deuil doit alors faire face à des difficultés supplémentaires.

La première perspective est essentielle car elle souligne la relativité des moyens psychiques, cognitifs et affectifs dont l’enfant dispose pour assumer son deuil et entamer le processus de résolution du deuil. A ce niveau, il nous paraît intéressant de nous pencher tout d’abord sur la manière dont l’enfant, en fonction de son âge, se représente la mort. Cette représentation agira comme « toile de fond » du travail de deuil de l’enfant.

2.1.2. Le développement du concept de mort chez l’enfant

Selon Hanus (1998), les représentations et les idées de la mort que les enfants se font sont « un mélange hétérogène de conceptions subjectives et de connaissances objectives qu’ils acquièrent peu à peu » (p. 268). Ces idées personnelles de la mort proviennent de ce qu’ils entendent autour d’eux, de ce qu’ils vivent de la mort ainsi que de leur degré de maturation.

  • Avant deux ans, l’enfant ne sait pas ce qu’est la mort. La seule expérience de séparation qu’il ait vécue est la séparation d’avec sa mère.
  • Avant cinq ans, l’enfant définit la mort comme un fait réversible et il la compare à un voyage, parfois même au sommeil. Il considère celle-ci comme progressive et temporaire, la mort étant un autre état de la vie. L’animé et l’inanimé ne sont pas encore différenciés.
  • Entre cinq et neuf ans, la mort est souvent personnifiée soit comme un personnage distinct soit comme identique au défunt. Cette confusion entre la mort et le mort rend compte de la pensée concrète de l’enfant. Il commence à maîtriser la loi et la causalité et définit la mort comme quelque chose qui est imposé de l’extérieur et qui est à la fois évitable et lointaine mais pas universelle, ni nécessaire.
  • Entre neuf et douze ans, l’enfant considère la mort comme un fait irréversible qui a provoqué la cessation des activités physiologiques. Il s’agit d’un processus universel, opérant à l’intérieur de la vie et découlant d’une cause physique.

La conception de la mort qu’a l’enfant peut être influencée par différents facteurs tels ses développements cognitif et affectif, son Q.I., son expérience de vie et les explications données par l’entourage et plus particulièrement par les adultes et le parent restant (Poulaert, 2000). L’âge pivot dans la conception du concept de mort apparaît, pour Hanus (1998), être huit ans. En effet, c’est à cette période que le concept d’irréversibilité de la mort est acquis par l’enfant, que la notion d’universalité est en voie d’acquisition et que l’angoisse, même si elle est toujours présente, semble dominée par des défenses mieux organisées dans lesquelles les apports socioculturels commencent à jouer leur rôle. Il n’est cependant pas nécessaire que l’enfant ait une conception complète et correcte de la mort pour faire un travail de deuil. Mais il est évident que l’idée que l’enfant se fait de la mort influence l’élaboration de son deuil.

2.1.3. Le deuil chez l’enfant

2.1.3.1. Le travail de deuil

Le travail de deuil est constitué, comme chez l’adulte, de trois grands mouvements inconscients ; ceux-ci se réalisent cependant de façon particulière chez les enfants. Il s’agit de l’acceptation de la réalité, l’intériorisation de l’objet perdu et les identifications, et les sentiments inconscients de culpabilité (Hanus et al., 1997).

Le premier temps psychique du travail de deuil est l’acceptation de la réalité, à la fois dans sa dimension concrète, matérielle et dans ses implications psychiques, affectives. Les enfants n’ont pas les mêmes relations avec la réalité ni les mêmes façons de la concevoir que les adultes. Chez ces derniers, la réalité est bien tranchée et délimitée même si par moments, ces limites peuvent être incertaines. Leur relation avec la réalité est gouvernée par les principes de causalité et de non-contradiction. Ce dernier n’a pas cours chez les enfants. Le monde de l’enfance « est un monde de pensée magique, de croyance inébranlable en sa toute-puissance, d’une grande ambivalence et de plus en continuelle évolution » (Hanus, 1997, p. 401). En effet, pour eux, une personne peut être à la fois vivante et morte.

Ceci permet de comprendre l’attitude double des enfants en deuil qui se comportent vis-à-vis de leur parent mort comme s’il allait finir par revenir tout en le tenant pour parfaitement mort. Ce sont les explications précises et les attitudes concrètes des adultes endeuillés de leur entourage qui leur permettront de renforcer l’emprise de la réalité de la mort dans leurs conceptions internes.

Le deuxième grand processus du travail de deuil est constitué de l’intériorisation de la relation. Chez les enfants, la dimension intérieure des relations avec les proches n’a pas la même consistance que chez les adultes. Elle varie beaucoup chez ceux-là selon leur degré de maturation et aussi selon les vicissitudes objectives de cette relation. Contrairement aux adultes, l’évocation intérieure des souvenirs dans le deuil n’est pas à la portée des enfants sous cette forme : c’est un exercice douloureux. De fait, spontanément, les enfants fuient cette douleur et ne retrouvent leurs souvenirs que lorsqu’ils sont énoncés explicitement, verbalement et avec plus ou moins de délicatesse par des membres de leur famille, de leur vie scolaire et/ou sociale.

Chez l’adulte, les processus identificatoires sont réactivés par le deuil dans ce mouvement d’intériorisation, sous des modes particuliers généralement latents. Par contre, les enfants ont un tout autre rapport avec ces processus identificatoires, leur développement de croissance dynamique étant en bonne partie porté par ces identifications. Il existe deux modes de fonctionnement, dans le jeu identificatoire, qui se déroulent à deux moments différents de la petite enfance.

L’identification primaire, appelée aussi identification narcissique, est la première chronologiquement ; elle est en place presque dès la naissance. Elle signifie qu’au tout début de son existence, le bébé ne se vit pas différent de sa mère. L’identification primaire représente ainsi davantage un état d’identité, d’indistinction que vraiment d’identification car elle n’implique pas un mouvement dynamique aboutissant à une certaine identité partagée.
Les identifications secondaires sont, elles, principalement liées à la structure du complexe d’Oedipe : le petit garçon s’identifiant à son père pour le supplanter auprès de sa mère ; la petite fille s’identifiant à sa mère pour la supplanter auprès de son père.

Ces identifications secondaires portent sur des personnes réelles et proches avec lesquelles les enfants sont en contact dans leur vie quotidienne. Lorsque cette personne meurt, le processus identificatoire s’interrompt à ce niveau. Ce n’est qu’au bout d’un temps variable, lorsque l’enfant aura pu de nouveau investir une image maternelle ou paternelle, que le processus identificatoire pourra reprendre.

Le dernier grand processus du travail de deuil est l’élaboration des sentiments inconscients de culpabilité. Ces sentiments liés aux souhaits ambivalents qui existent dans toutes les relations, font partie intégrante de tous les deuils, à la fois chez l’adulte et chez le tout petit enfant. Ces sentiments inconscients de culpabilité sont d’ailleurs beaucoup plus intenses que ceux des adultes car leur ambivalence est nettement plus vive que chez ces derniers. Cette ambivalence est notamment renforcée par leur mode magique de pensée qui les pousse à croire que tout ce qui se passe autour d’eux vient d’eux. Ce sentiment de culpabilité est également renforcé par le suicide d’un parent et particulièrement lorsqu’il s’agit du parent avec qui l’enfant était en rivalité oedipienne.

2.1.3.2. Le processus de deuil

Lorsque les enfants grandissent et commencent à reconnaître la mort comme une séparation irréversible, leurs manifestations de deuil ressemblent à celles des adultes : ils présentent aussi une phase initiale de choc, une période centrale de dépression et une phase de terminaison du deuil. Cependant, les expressions de ces différents mouvements se différencient assez bien de celles des adultes (Hanus et al., 1997).

  • C’est particulièrement lors de mort inattendue et brutale que la période de début du deuil est caractérisée par un choc évident. Cependant, les enfants réagissent souvent, provisoirement, de manière insensible. Ils ont, en fait, besoin de temps pour réaliser ce qui vient de se passer et manifestent souvent une phase transitoire de déni plus longue que chez l’adulte. On voit alors apparaître, en particulier chez les jeunes enfants qui viennent de perdre un de leurs parents, des comportements d’absence d’affliction et de régression des affects. Ceux-ci ne sont pas significatifs d’une quelconque insensibilité de l’enfant par rapport au décès mais plutôt d’une façon de se protéger de l’extrême intensité de ses réactions affectives dont il a peur d’être submergé. Les premiers temps après la mort sont synonymes de perturbations pour l’enfant, celles-ci étant en relation avec les troubles qui touchent les autres membres de la famille.
  • La période centrale du deuil est constituée chez l’enfant, comme chez l’adulte, par un véritable état dépressif. Les manifestations de la dépression sont cependant particulières chez l’enfant. Ce dernier montre de la tristesse et du chagrin mais ne peut garder à l’intérieur de lui une douleur morale lourde et persistante. Il l’exprime alors rapidement au travers de modalités émotionnelles et caractérielles de ses relations avec les autres. Si cela ne suffit pas, ses comportements familial et scolaire s’en trouvent affectés. Dans des cas plus graves, on peut voir apparaître des troubles fonctionnels tels qu’insomnie, anorexie, énurésie, asthénie, apragmatisme. Par contre, si l’enfant, de par sa structure et/ou son environnement, ne peut pas exprimer et investir son chagrin et sa douleur dans les diverses manifestations que nous venons de citer ci-dessus, il y a beaucoup de chance qu’il tombe malade, souffre de troubles du comportement ou d’un accident.

L’état dépressif du deuil chez l’enfant comporte donc certaines modalités particulières propres à celui-ci et qui le différencient du deuil chez l’adulte.

1. Pour l’enfant, le parent mort est toujours là dans son monde imaginaire. Il le voit, peut lui parler, lui écrire. Ce « parent imaginaire » est nécessaire à la fois pour l’évolution de son deuil mais également pour la poursuite de sa croissance. Ce qui serait signe de complication chez l’adulte, apparaît au contraire normal et nécessaire chez l’enfant, celui-ci ayant d’autres manières que l’adulte de traiter la réalité.

2. L’enfant endeuillé peut donner une valeur démesurée à un objet personnel qui appartenait au défunt. Cet objet, ayant eu une certaine valeur pour le parent mort, est un souvenir qui atteste à la fois de la présence du parent auquel il a appartenu et de sa disparition puisque l’enfant en devient l’héritier.

3. Les enfants endeuillés jouent davantage que les autres enfants à la mort. Ces jeux de la mort leur permettent une certaine maîtrise de la situation ainsi que la possibilité de se créer des images et des représentations, via les échanges et le jeu entre enfants.

  • La dernière étape du deuil, la terminaison, se profile lorsque des désirs de renouveau sont consciemment acceptés et même recherchés. Cependant, selon Bacqué et al. (2000), aucun deuil n’arrive jamais à sa fin, laissant derrière lui une cicatrice indélébile. Ceux des enfants ne font pas exception. En effet, les deuils des enfants « laissent toujours une partie du chagrin et du travail d’élaboration à reprendre plus tard durant les premiers temps de la vie adulte à l’occasion d’un nouveau deuil ou d’une autre séparation » (Bacqué et al., 2000, p. 94). Les enfants commencent normalement leurs deuils mais ils ne possèdent pas les moyens de les mener jusqu’au bout, laissant une partie pour la fin de l’adolescence et le début de la vie adulte. Ainsi, pour M.F. Bacqué et M. Hanus, les deuils des enfants sont toujours des deuils différés.

2.1.3.3. Le déroulement du deuil selon l’âge : enfant et adolescent

Quid de l’enfant ?

L’enfant étant en constante maturation psychologique, il est évident que l’âge intervient dans le degré de compréhension de la situation et donc dans la façon dont le deuil va se dérouler (Fauré, 1995). En effet, « on sait que les états dépressifs et autres troubles psychopathologiques sont d’autant plus fréquents et d’autant plus graves que la perte non métabolisée qu’ils manifestent s’est produite à un plus jeune âge » (Raimbault, 1995, p. 181). La perte d’un proche, et particulièrement d’un parent, est considérée comme très grave si elle se produit au cours des six premières années de la vie, et comme grave si elle survient entre sept et seize ans (Toman cité dans Goldbeter, 1998, p. 59).

Nous avons également déjà pu constater que la conception de la mort chez l’enfant évolue en fonction de l’âge de celui-ci. La notion de mort et l’âge sont donc deux facteurs importants dans la compréhension des comportements de l’enfant (Poulaert, 2000). Ces affirmations nous ont motivée à nous arrêter quelques instants sur les différentes tranches d’âge afin d’étudier comment, au fil des années, l’enfant comprend la mort et s’y adapte.

  • L’enfant de moins de 6 mois.
    Peu d’informations sont actuellement disponibles pour évaluer l’impact du décès d’un parent sur le petit enfant. On ne sait pas exactement comment l’enfant vit l’absence de sa mère ou de son père. Par contre, il semble que l’enfant soit sensible à toute modification de son environnement (Fauré, 1995). Il va ressentir, à un niveau ou à un autre, la tristesse, la détresse et l’absence de ses proches. Lors de ce deuil, l’enfant peut aussi faire l’expérience d’une certaine lourdeur affective dans son environnement mais également d’une diminution de l’investissement du parent endeuillé à son égard. On peut imaginer ici l’importance de l’entourage, à la fois pour l’enfant et pour le parent, sur l’impact du décès.
  • L’enfant de 6 mois à 2 ans.
    Alors que sa conception de la mort est inexacte et peu précise, l’enfant va réagir à l’absence du parent décédé, dans un premier temps, via une phase de recherche. Cette recherche, notamment dans tous les lieux où le défunt avait l’habitude d’aller, est empreinte de sentiments de colère et de protestation en réaction à l’abandon que l’enfant a vécu. N’ayant pas encore acquis une maturité suffisante, l’enfant de cet âge ne peut supporter le stress de la perte de façon prolongée, il est possible alors qu’il adopte une attitude de retrait protecteur ou qu’il s’investisse de façon assidue dans diverses activités afin de nier la réalité de la perte. Progressivement, il va abandonner ses recherches et entrer, tout comme l’adulte, dans une période dépressive. Celle-ci a besoin d’être identifiée par l’adulte pour ne pas laisser l’enfant se replier sur lui-même trop longtemps ou s’installer dans un détachement à l’égard d’autrui (Fauré, 1995).
  • L’enfant de 2 à 5 ans.
    A ce stade, le petit enfant est réellement fasciné par la mort. Le concept de celle-ci est en cours de maturation chez lui, bien qu’il ait encore difficile à en comprendre le caractère permanent. Le fonctionnement de l’enfant se caractérise par un fort égocentrisme. L’enfant peut ainsi penser que si son parent est mort, c’est parce qu’un jour, il avait dit à ce parent « Je voudrais que tu sois mort ». Un énorme sentiment de culpabilité accompagne cette pensée. A cet âge, les façons de réagir de l’enfant sont très variées. Les périodes de déni protecteur alternent avec des moments de grande détresse accompagnés de comportements régressifs. Le désarroi de l’enfant peut également se manifester par une agressivité envers ceux qui l’entourent. L’enfant, bien qu’ayant encore des difficultés à se projeter dans l’avenir, est tout à fait conscient que sa sécurité de base est sérieusement menacée, ce qui le rend anxieux (Fauré, 1995).
  • L’enfant de 5 à 8 ans.
    A 8 ans, le concept de mort est assez proche de celui de l’adulte. L’enfant s’étant rendu compte du caractère irréversible de celle-ci, présente une plus grande tristesse mais sa meilleure intellectualisation et un début de conceptualisation d’un au-delà lui permettent de la verbaliser (de Broca, 1997). Comme dans les autres tranches d’âge, l’enfant manifeste du déni au travers de comportements d’insouciance, de jeux et de rires. Pour répondre à la demande de l’entourage ou pour mettre à distance ses propres besoins d’être lui-même pris en charge, l’enfant va montrer le désir de prendre en charge des rôles autrefois attribués au parent décédé. Ce désir d’identification peut se montrer bénéfique dans la mesure où il permet à l’enfant de « se reconstruire », par contre une identification totale au parent décédé est bien évidemment inappropriée. C’est aux adultes qui veillent sur lui à rétablir le cap si l’enfant s’engage dans la mauvaise direction (Fauré, 1995).
  • L’enfant de 8 à 12 ans.
    A ce stade, la compréhension de la mort est quasi identique à celle de l’adulte. Le pré-adolescent saisit davantage les implications du décès à court terme et les répercussions que celui-ci aura dans les années à venir. Dans les phases initiales du deuil, on retrouve des attitudes de déni, de détresse et/ou d’anxiété. Ces sentiments laisseront ensuite la place à une détresse semblable à celle de l’adulte. De temps à autre, l’enfant est absent transitoirement de toute émotion. Cette dissimulation de son désir de retrouver son parent peut s’expliquer notamment par la peur de se montrer infantile lorsqu’il exprime ses sentiments, tels l’impuissance et le désarroi. Mais aussi parce qu’il sait que ce décès va entraîner de profonds bouleversements dans sa vie. Cette absence de réaction doit donc, comme nous l’avons déjà signalé, être davantage comprise comme un moyen de défense de la part de l’enfant et non comme de l’insensibilité de sa part (Fauré, 1995).

Quid de l’adolescent ?

Nous aimerions étoffer ce point par une brève description du deuil chez l’adolescent ; par « adolescent », nous entendons « toute personne étant dans l’adolescence c’est-à-dire dans la période du développement au cours de laquelle s’opère le passage de l’enfance à l’âge adulte » (Grand Dictionnaire de la Psychologie, 1999).

Dans un premier temps, nous allons en quelques mots décrire la période de l’adolescence afin de poser notre cadre.
L’adolescence est une période de transition à la fois riche de promesses mais aussi troublée du fait de la rapidité relative des changements importants et multiples qui s’y effectuent. Cette transformation progressive, souvent chaotique et désordonnée, de l’enfant en adulte est marquée par des modifications corporelles et psychiques.

Si les transformations corporelles se font d’elles-mêmes sans aide particulière de l’entourage et du milieu, les changements psychiques, eux, s’opèrent en bonne partie au travers des échanges dynamiques avec les proches et la famille d’un côté et les camarades de l’autre. Ce travail psychique de changement avec ses mouvements d’acceptation et de renoncement, de modifications des investissements et des modalités de fonctionnement interne personnel fait évoquer le travail de deuil (Hanus et al., 1997).

En effet, l’adolescent, avant même de connaître la douleur de la perte, est déjà en deuil de lui-même et de l’enfant qu’il était (Fauré, 1995). A chaque instant, il construit l’adulte qu’il va devenir et toute son énergie se trouve engagée dans cet ambitieux projet.

La mort se pose comme une aberration pour l’adolescent qui tente, avec toute la violence qui le caractérise de combattre cette absurdité. Tout ce qu’il avait progressivement essayé de mettre en place, en dépit de tous ses doutes et de ses interrogations, se trouve soudain remis en question. Le deuil lui usurpe ainsi la possibilité de contrôler son environnement qu’il commençait à peine à savoir manier.

De plus, face à son travail de deuil, l’adolescent va, tout comme l’adulte, tenter d’utiliser tous les moyens dont il dispose pour y faire face de la façon la plus adaptée possible. Cependant, celui-ci ne dispose pas de la même capacité à moduler ses émotions que l’adulte ; en effet, l’adolescent se trouve souvent dans les émotions extrêmes, pouvant à la fois s’enfermer dans son silence ou exploser émotionnellement.

Dans certains cas, ne pouvant dire sa souffrance, l’adolescent la montre via des « mises en acte » tels qu’un refus de se rendre à l’école ou des disputes dans le cercle familial. En effet, « agir » apparaît souvent à l’adolescent moins « dangereux » que de courir le risque de devenir vulnérable en ouvrant son cœur et pourtant, c’est souvent un véritable échange qu’il recherche. Ceci rend compte des multiples contradictions qui sont le propre de l’adolescence et qui rendent son approche parfois si difficile.

Par le décès d’un de ses parents, le jeune adulte voit aussi disparaître des repères importants dans l’édification de sa propre identité. Celle-ci n’en sera certes pas menacée sur ses bases mais il est vrai que l’adolescent en est à un stade de son développement psychologique où il a besoin de s’identifier au parent du même sexe et de redéfinir sa relation avec le parent du sexe opposé. La disparition de l’un d’entre eux introduira donc une difficulté supplémentaire dans ce processus qui était, déjà par lui-même, a priori délicat. La perte de ces repères va inaugurer une période de grande confusion où l’adolescent va s’en remettre à sa seule intuition pour évaluer, seul, ce qui semble être bon pour lui.

Ainsi, tout comme l’enfant plus jeune, il éprouvera peut-être le besoin de trouver, hors du cercle familial, celui ou celle qui pourra faire office de « substitut » du parent disparu. On observe alors un rapprochement avec une tante, un oncle, une amie de la famille ou même un professeur que l’adolescent identifie comme étant susceptible de lui apporter ce dont il a besoin (Fauré, 1995).

On peut donc constater que, même si le travail de deuil à l’adolescence présente certaines particularités, il se révèle assez proche de celui des enfants ; ceci s’expliquerait, selon Hanus et al. (1997), par le fait qu’une partie de l’évolution adolescente consiste à se séparer des objets oedipiens et à en faire le deuil.

 2.2. PSYCHOPATHOLOGIE DU DEUIL

2.2.1. Les facteurs qui affectent le cours du deuil

La qualité de résolution du deuil de l’enfant et de l’adolescent, tout comme celle de l’adulte, est influencée par divers facteurs. Nous avons déjà cité ceux-ci dans la partie précédente. Nous aimerions cependant nous attarder ici sur deux facteurs, non-encore cités précédemment, qui affectent le deuil de l’enfant et de l’adolescent et nous semblent particulièrement pertinents pour la construction de notre mémoire. Il s’agit de

  • la façon dont les proches assument que l’enfant ou l’adolescent, lui aussi, vit un deuil.
  • la qualité des relations existantes entre l’enfant ou l’adolescent endeuillé, son parent survivant et le reste de sa famille après le décès.

La manière dont les proches assument que l’enfant ou l’adolescent, lui aussi, vit un deuil affecte le cours du deuil de celui-ci (Leclerq et al., 1998). De fait, les explications données par ces proches à l’enfant ou l’adolescent concernant le décès lui permettront de se représenter « ce qui lui arrive » et d’en accepter la réalité. Leur écoute et leur soutien envers lui faciliteront son travail de deuil.

De plus, la participation de l’enfant ou de l’adolescent avec les siens aux derniers moments, à la mort et aux funérailles va lui permettre de se laisser aller à ressentir les émotions douloureuses qu’il éprouve, telles le chagrin, la colère, la culpabilité, l’abandon, de les extérioriser et de les partager par ses paroles et ses expressions. Par contre, l’exclusion de l’enfant ou de l’adolescent aux rites funéraires, le déni de la signification de ces comportements de détresse et l’incapacité de son entourage à penser qu’il avait une relation avec le disparu rendront le deuil de l’enfant plus difficile et le prédisposeront aux complications.

La qualité des relations existantes entre l’enfant ou l’adolescent endeuillé, son parent survivant et le reste de sa famille après le décès va aussi jouer un rôle tout spécifique lors de l’expression du deuil de l’enfant ou de l’adolescent. D’après Bacqué et al. (2000), la personnalité du parent survivant est le facteur principal de l’expression du deuil pour des raisons à la fois affectives (l’enfant attendant l’autorisation de ses parents pour dire sa souffrance) mais également économiques (les difficultés matérielles privilégiant la vie au jour le jour à l’expression du chagrin).

Bacqué et al. (2000) accordent aussi une importance toute particulière au sexe du parent survivant. Si le parent survivant est la mère, elle extériorisera davantage son chagrin et les enfants et adolescents seront plus expressifs dans leur deuil. Par contre, si la mère est morte, les enfants et les adolescents s’identifieront au père et, par mimétisme, intérioriseront davantage leur chagrin. Il est donc clair que les aptitudes psychiques du parent survivant avant et pendant les premiers temps du deuil auront des incidences sur son propre travail de deuil mais également sur celui de l’enfant ou de l’adolescent ainsi que sur le dit et la vérité transmise à celui-ci (Vaneck, 1995).

En effet, les enfants bénéficiant d’un contexte familial relativement adéquat, leur exprimant la vérité par rapport au décès du parent, se montrent moins perturbés au niveau des pulsions épistémophiliques et ont un rendement scolaire moins affecté par les conséquences des pénibles événements. Au contraire, certains enfants sont confrontés à un « non-dit » manifeste ou à un « dit inadéquat » de la part de leur contexte familial. Ces enfants présentent alors davantage de difficultés intellectuelles et de troubles profonds au niveau de l’organisation de la pensée (Vaneck, 1995).En général, l’enfant perçoit les mouvements émotionnels de son entourage, et cela d’autant plus qu’il est petit. Les mots que l’adulte survivant met sur ce qu’il vit et sur ses propres réactions vont permettre à l’enfant de symboliser ce qui se passe (Lachal et al., 1988).

Leclercq et Hayez (1998) confirment l’importance d’une ambiance relationnelle positive au sein de la famille comme élément facilitateur du deuil. Cette ambiance relationnelle se traduit par un investissement abondant de l’enfant ou de l’adolescent endeuillé ainsi qu’une disponibilité à ces questions et une écoute attentive de ses réactions tout en lui expliquant ce qu’il n’aurait pas compris. L’aide que l’entourage peut prodiguer à l’enfant ou à l’adolescent en deuil est cependant fonction de sa disponibilité émotionnelle. Or, cet entourage proche du disparu est généralement lui-même en souffrance et c’est pourquoi des soutiens sociaux de qualité tels que des réunions de personnes endeuillées ou des psychothérapies peuvent constituer une aide supplémentaire à l’enfant ou à l’adolescent et contribuer également à faciliter son processus de deuil.

2.2.2. Les deuils compliqués

Les conséquences de la mort d’un parent dans l’enfance ou dans l’adolescence se feront sentir durant toute la vie, même si elles arrivent à trouver des issues satisfaisantes et apaisantes (Hanus et al., 1997). Le chagrin de ces deuils d’enfance ou d’adolescence s’extériorise généralement davantage dans les années suivantes à l’occasion d’une autre perte. Il est cependant difficile de prévoir avec précision quel sera l’avenir de ces jeunes endeuillés, ceux-ci étant vraiment contrastés d’individu à individu mais également à l’intérieur de chacun d’eux.
Selon Bacqué et al. (2000), le cours normal du deuil dans l’enfance étant déjà une source de difficultés pour l’avenir, les deuils dans l’enfance seraient toujours des deuils compliqués.

D’autres auteurs comme Leclercq (Leclercq et al., 1998) sont plus nuancés : ils attribuent le terme de deuil compliqué uniquement lorsque l’enfant n’arrive pas à retrouver le niveau de développement qu’il possédait avant le décès ou lorsque l’enfant n’acquiert pas cette maturation supplémentaire que vivent les enfants résilients après avoir vécu certaines expériences de vie difficiles et majeures.

Le deuil de l’enfant et de l’adolescent peut se compliquer sur le plan psychique du fait des perturbations dans un des grands mouvements du travail de deuil.

Au moment de l’annonce de la mort, on peut voir apparaître chez l’enfant et l’adolescent en deuil des complications au niveau de la reconnaissance de la réalité.
En effet, il peut refuser la réalité de la perte et adopter une attitude de déni par rapport au vécu intérieur de celle-ci. Cependant, cette absence d’affliction ne devient réellement une complication que parce que, moyen de défense au départ, elle n’a pas pu être dépassée par la suite. Certains enfants ou adolescents refoulent, voire nient, les représentations mentales et les questionnements pénibles autour de la disparition d’un être aimé.

Ils se montrent impassibles au niveau des affects et au niveau comportemental et vivent comme si de rien n’était sans jamais évoquer le nom du disparu, les circonstances de la mort ou la relation préexistante qu’ils entretenaient avec celui-ci (Leclercq et al., 1998). Cette absence de chagrin et de deuil est souvent le symptôme du deuil de la famille, son moyen de défense (Hanus et al., 1997). Pour maintenir le refoulement, le système défensif de l’enfant ou de l’adolescent endeuillé s’exprime dans d’autres domaines que ceux qui touchent directement le défunt : le jeune inhibe sa curiosité intellectuelle, devient de plus en plus solitaire, etc. (Leclercq et al., 1998).

A l’opposé, d’autres enfants et adolescents restent trop longtemps envahis par des pensées et des affects pénibles portant notamment sur la perte, l’absence et le manque. La dépression, l’angoisse, la honte et/ou la culpabilité inondent alors ces enfants en proportions variables (Leclercq et al., 1998). Cet état dépressif est parfois bruyamment manifesté mais est généralement vécu dans l’isolement, avec mise à distance agressive de ceux qui essaient de s’approcher. Les petits enfants, après le décès, attendent avec obstination le retour de leur maman qui, selon eux, ne peut être partie qu’en voyage.

Ensuite, en grandissant, l’enfant comprend, dans la solitude, qu’elle ne reviendra jamais et refoule alors tout ce qu’il se représente ou commence avec beaucoup de retard un deuil différé.

D’autres enfants et adolescents vont refouler tant bien que mal leurs pensées et leurs images les plus tristes afin de lutter contre leur souffrance dépressive. Ce refoulement précaire laissera cependant place aux signes indirects des dépressions masquées : fléchissement scolaire, somatisations, comportements négatifs allant jusqu’aux actes antisociaux, etc. Une minorité des enfants dépressifs, quant à eux, génèrent une protestation agressive douloureuse plus ou moins violente, plus ou moins haineuse envers leur protecteur, qu’il s’agisse du parent survivant accusé de n’avoir pas suffisamment veillé, des personnes de substitution proposées à l’enfant pour l’aimer à la place du mort, ou d’un éventuel partenaire qui a remplacé le conjoint disparu.

Les complications liées aux sentiments inconscients de culpabilité dans le deuil proviennent, quant à elles, de l’intensité éventuelle de l’ambivalence et des moyens de défense employés pour les pallier (Hanus, 1998). Dans certains cas, comme nous l’avons déjà signalé, cette culpabilité peut être générée par la croyance plus ou moins forte qu’a l’enfant dans sa pensée magique. Il pense que tout ce qui est arrivé est lié à lui et à sa propre pensée. Dans d’autre cas, la culpabilité est liée à l’analyse que l’enfant fait de son mauvais comportement. Il redoute que ce dernier n’ait pu altérer la santé du futur défunt ou être à l’origine de l’accident fatal. Or la plupart du temps, ces idées de culpabilité sont non fondées car elles ne répondent pas à un projet stable et profond de tuer. Le fait d’être survivant d’un drame ou de prendre la place du mort après coup en s’identifiant par exemple à ses traits positifs ou en lui prenant ses attributions peuvent également provoquer des sentiments profonds de culpabilité chez l’enfant (Leclerq et al., 1998).

Le deuil de l’enfant peut également se compliquer du fait des perturbations au niveau du mouvement d’identification. Certains enfants endeuillés prennent les traits et les allures de leur parent disparu. Ils nient, en jouant leur rôle, la perte de leur parent. Dans certains cas plus limités, l’enfant endeuillé peut s’identifier jusqu’au bout à son parent mort, en attentant à ses jours. L’identification avec les morts, particulièrement aiguë dans la première enfance, peut émerger à nouveau plus tard lors d’un nouveau conflit qui réactivera la réaction d’autrefois. D’où l’importance des risques de suicide chez les personnes qui ont perdu un père, une mère ou un proche entre quatre et six ans ou au début de l’adolescence (Merloo, 1966).

S’ajoutent également tous les enfants et adolescents qui se trouvent désorganisés, non pas vraiment par la mort de l’être aimé, mais davantage par ce qu’elle entraîne comme bouleversement familial. Il s’agit notamment des enfants qui acceptent de rester parentifiés à la demande du parent survivant ou/et pour s’identifier à certains traits de personnalité du disparu. On retrouve aussi dans cette « catégorie » des enfants qui sont conçus ou désignés en remplacement rapide d’un aîné, priés d’être la réplique du disparu. D’autres enfants et adolescents ont l’impression de ne plus compter après le décès parce que, par exemple, le parent disparu refait sa vie et ne s’occupe plus d’eux. Enfin, certains perdent leurs références identificatoires en perdant un aîné admiré et si, de plus, les parents idéalisent la mort et ne reconnaissent pas les qualités présentes chez les plus petits, ceux-ci vivent dans le désarroi, les sentiments d’échec et d’infériorité.

2.2.3. Les deuils pathologiques

Comme chez l’adulte, on parlera de deuil pathologique quand l’enfant ou l’adolescent endeuillé développe une désorganisation psychique durable et très importante avec les symptômes qui la traduisent. Le deuil pathologique se manifeste notamment, chez l’enfant et l’adolescent, par des décompensations névrotiques hystériques, après le décès d’un être cher. Dans des cas plus rares, certains enfants expriment de façon différée une altération psychotique, maniaque ou franchement délirante. Pour d’autres encore, l’état dépressif consécutif à la perte s’aggrave lentement jusqu’à évoquer la mélancolie. Enfin, dans les deuils pathologiques, peuvent également être inclues les décompensations liées au deuil de certaines lésions somatiques : on nomme : les « deuils somatiques » (Leclercq et al., 1998).

Les deuils et les séparations ont, en effet, une influence sur la santé physique des enfants même plus grands et des adolescents (Hanus et al., 1997). Ceci est confirmé par Leaverton et Greene & Muller (cités dans Hanus et al., 1997, p. 147) qui, de part leurs expériences, ont conclu respectivement à l’influence directe des pertes parentales et des perturbations familiales sur le déclenchement du diabète juvénile et celui de ses décompensations, et sur le déclenchement de leucémies infantiles, sans doute via l’intermédiaire d’un mécanisme immunologique, chez des sujets déjà prédisposés physiologiquement, principalement dans des familles où la mère a aussi vécu plusieurs pertes et est atteinte de dépression.

 2.3. CONCLUSION

Dans ce troisième chapitre, nous constatons que si l’enfant tout comme l’adulte est confronté à des séparations et des deuils, il vit cependant la perte d’une personne aimée avec des particularités propres à son statut d’enfant. En effet, l’enfant est un être en pleine évolution. Aussi, la manière dont il vivra un processus de deuil sera influencée par son niveau de développement, son niveau de dépendance à l’adulte et à son environnement, ainsi que son âge et de ce fait, sa capacité à se représenter l’irréversibilité de la mort. Cette épreuve de deuil requérant force et énergie interfèrera donc forcément avec son processus de développement.

Le deuil nous apparaît donc comme un facteur de risque pour l’enfant. De fait, suite à la perte d’un être aimé, et plus particulièrement d’un parent, l’enfant se retrouve seul tout en devant à la fois gérer son processus de deuil et continuer à vivre alors que son système familial, lui, va se modifier en s’appuyant sur le parent restant qui souvent est ébranlé aussi par le décès de son conjoint. De plus, la perte d’un de ses parents va apparaître d’autant plus difficile à gérer pour l’enfant que son développement cognitif et sa façon de penser la mort ne sont pas encore entièrement élaborés.

Quant à l’adolescent qui est déjà en deuil de lui-même avant même de connaître la douleur de la perte, nous constatons que, bien qu’ayant acquis le concept d’irréversibilité de la mort, il ne possède pas encore la même capacité à moduler ses émotions que l’adulte. De ce fait, face à la mort, il se trouve souvent dans les émotions extrêmes qu’il exprime sous forme de mises en acte ; ce mode d’expression lui apparaissant moins dangereux que de livrer ses émotions. De plus, la disparition d’un de ses parents va entraîner une difficulté supplémentaire dans le processus identificatoire de l’adolescent, provoquant une grande confusion chez celui-ci.

Ces divers éléments du deuil à l’enfance et à l’adolescence attirent notre attention sur les difficultés que peuvent provoquer la perte d’un être cher lors de l’enfance ou de l’adolescence. Ceci étant notamment confirmé par Bacqué selon qui, les deuils dans l’enfance seraient toujours des deuils compliqués. Tout ceci nous conduit à prôner l’importance de la prise en charge de ces enfants et de ces adolescents afin qu’ils puissent continuer leur développement malgré la perte d’un être cher. Celle-ci peut se traduire par le soutien de leur entourage et/ou leur participation à des groupes d’aide pour enfants et adolescents endeuillés.

La façon dont l’entourage va soutenir l’enfant ou l’adolescent durant son deuil nous semble en effet jouer un rôle prépondérant dans la manière dont celui-ci va assumer son processus de deuil qui, comme nous venons de le signaler, risque d’être compliqué.
Cette affirmation nous amènera à développer plus en détail, dans le chapitre 4, l’importance de prendre en compte l’ensemble de la famille dans le processus de deuil.

Avant cela, nous aimerions nous attarder quelque peu sur les particularités du processus de deuil après suicide afin de préciser notre objet d’étude.


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