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Jeux familiaux schizophrènes

dimanche 19 septembre 2010 par Licitsyna Olga

Les jeux familiaux schizophrènes et thérapies familiales.

Ce sont des manipulations pathogènes entre environnement familiale et patient (malade) qui conduit le patient à devenir schizophrène, psychotique (« fou »). Ces manipulations conduisent progressivement à une perte, négation de soi, difficultés d’autonomisation, chronicité et hospitalisations multiples et durables.

Les troubles du patient sont considérés comme la résultante de conflits familiaux, aboutissant à sa désignation comme patient. La schizophrénie serait la résultante de perturbations relationnelles, produisant en effet de désignation qui viendrait à s’estomper, voire à disparaitre lorsque les communications s’améliorent.
Dans une famille par exemple, l’individu porteur du symptôme est appelé patient désigné car c’est le problème au niveau du système (famille, couple..) qui crée le symptôme individuel.

Dès 1942, T. Lidz et al. ont décrit certaines caractéristiques de l’environnement familial de patients schizophrènes :

• la déprivation d’un parent avant l’âge de 19 ans par décès, divorce ou séparation ;
• l’instabilité et l’incompatibilité chroniques des parents ; l’hostilité chronique ou de sérieuses frictions entre les parents ;
• des déviations importantes dans l’éducation par rapport aux normes culturelles ;
• des antécédents de maladie mentale dans la famille.

Les patients apparaissent écrasés par des forces intrafamiliales aversives qui interfèrent avec leurs tentatives de maturation personnelle.

Les processus psychodynamiques en souffrance dans les familles confrontées à la psychose se traduisent par l’envahissement des processus secondaires de l’activité mentale par des processus primaires, l’indifférenciation des sexes et générations, des relations pseudo-incestueuses ou « incestuelles » (Racamier), l’existence d’une psyché groupale archaïque indifférenciée et de transferts éclatés.

En explorant les modes d’organisation psychique des proches de patients schizophrènes, T. Lidz et son équipe ont mis en évidence l’importance des sentiments de culpabilité, des troubles du cours de la pensée, de phénomènes projectifs et irrationnels, des défaillances et des confusions de l’identité sexuée. Par ailleurs, le couple parental apparaît gravement désorganisé ou disloqué, soit sous la forme de relations tordues, soit sous la forme de clivages, de ruptures et distorsions (T. Lidz)

La famille schizophrène caractérisée comme un système rigide où la communication est bloquée. Il y a une distorsion entre langages digital et analogique, verbal et non-verbal. Ex. : « Viens dans mes bras » dit la mère avec un visage de colère.

Le schizophrène vit mal un message clair d’un tiers, comme s’il ne percevait pas le métamessage qui l’accompagne. Il ne peut pas concevoir le mode relationnel de ce message.

Mara Selvini décrit ces manipulations comme caractérisant les familles des patients présentant de l’anorexie ou des psychoses. Ces manipulations existantes entre les patients et leurs familles se retrouvent entre les proches des patients et les institutions, et entre soignants.

L’instigation : alliance séductrice et secrète entre deux participants d’un système pour critiquer ensemble un tiers impliqué dans la situation, mais absent au moment même. Le pouvoir du tiers absent est donc mis en cause sans qu’il comprenne pourquoi. Dans les familles des patients psychotiques, chacune des ententes en duo s’accompagne d’une disqualification du tiers absent. Exemple : les cancans entre 2 soignants en l’absence d’un autre.

L’imbroglio ou embrouillamini : contexte de confusion affective qui altère l’influence psychologique égalitaire qui caractérise les relations saines. Ex. de M.Selvini : situation d’un père qui manifeste un lien préférentiel vis-à-vis de sa fille ainée, dans un contexte de conflit conjugal, et où une fois la fille ayant atteint l’âge de la puberté, il se tourne alors vers sa cadette.
Le vécu affectif qui ressort de ces 2 mécanismes est celui de « trahison ».

Pour M. Selvini-Palazzoli, la « désignation » du patient serait ainsi la conséquence d’instigations, des manœuvres affectant les relations entre celui-ci et ses proches. Le but de la thérapie est d’atténuer les aspects pathologiques des interactions, dans l’idée de supprimer cette « désignation ». Les interventions thérapeutiques reposent sur la connotation positive, la prescription de rituels, et sont conçues comme des « contre-paradoxes », supposés traiter le caractère pathologique des paradoxes présentés par la famille.

Dans la version structurale proposée par Minuchin, les relations schizophréniques seraient caractérisées par des coalitions et des rejets, des engrenages liés à l’aspect poreux des frontières intra-, ou inter-générationnelles. La thérapie est centrée sur l’affiliation des thérapeutes au groupe familial, l’élaboration de la carte familiale, la restructuration des relations familiales par la modification des frontières et coalitions.

Dans la thérapie familiale multigénérationnelle de Murray Bowen, les symptômes schizophréniques ont été appréhendés comme le produit d’une amplification des selfs sur au moins trois générations. Les cliniciens utilisent le génogramme et cherchent à différencier les selfs et les processus d’autonomisation, à modifier les processus de triangulations et de projections sur des tiers, à atténuer les ondes de chocs émotionnelles.

Dans une perspective intergénérationnelle, Ivan Boszormenyi-Nagy et al. ont initié des thérapies familiales intensives reposant sur l’expression de l’éthique, l’évocation des processus de dons et de dettes entre parents et enfants, le repérage des transmissions intergénérationnelles, voire de loyautés invisibles pouvant lier le patient et un membre exclu de l’histoire de la famille, en renforçant les attitudes de confiance et d’entraide au sein de la famille.

Bibliographie :

1. Benoit Jean-Claude Schizophrénies au quotidien. Approche systémique en psychiatrie publique Eres. 2006

2. Benoit Jean-Claude Schizophrénie, double lien et croissance. Eres. 2005

3. Miermont J. Thérapies familiales et schizophrénies 37-295-D-10 Traité de psychiatrie Elsevier Masson SAS 2010

4. M.Selvini Palazzoli, S. Cirillo, L.Selvini, Z.Sorrentino . Les jeux psychotiques dans la famille EME 1996


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