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Le symbolique au quotidien, son importance en thérapie comme ailleurs

jeudi 7 décembre 2006 par Bilocq Céline

Introduction aux objets flottants

Le symbolique dans le quotidien, son importance en thérapie comme ailleurs

Ph Caillé, 2006, résumé de Céline Bilocq

″La nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles ; l’homme y passe à travers des forêts de symboles qui l’observent avec des regards familiers.″

Baudelaire, les fleurs du mal

Les travaux de Damasio (1994) nous apprennent que nous pensons en symboles avant de penser en paroles. Dès sa naissance, l’enfant construit des récits sans paroles : il se construit ses propres notions comme le calme associé à la douceur de sa mère. Ces récits sont la base des attentes ou des craintes du petit enfant, qui sont présentes bien avant l’apparition du langage.
L’apprentissage de celui-ci habillera les récits de paroles, ce qui les rendra partageables, tout en réduisant la caractère original de ces premières expériences. La logique rationnelle s’ajoutera alors à la logique symbolique. Tous les récits ne seront pas pour autant traduisibles en parole.

Les logiques symboliques et rationnelles restent présentes et s’influencent tout au long de notre vie. La logique symbolique a un lien avec les sensations corporelles, la perception des signaux, celle des signes abstraits renvoie au raisonnement. Nous avons donc besoin des deux pour évoluer. Notre perception des symboles joue un grand rôle dans notre vécu et dans notre rapport au monde.

Qu’est-ce qu’un symbole ?
Le mot symbole vient du grec symbolon, qui était un morceau de terre cuite permettant aux personnes éloignées de reconnaître qu’elles appartiennent à la même famille. Le symbolon ″se transmettait à travers les générations et garantissait la réalité de l’alliance.″
Découle de cette définition, cinq caractéristiques :

  • le symbole a un rapport analogique fort avec le signifiant, il n’est pas arbitraire comme le code digital
  • le signifiant du symbole est le résultat de l’association des traits saillants
  • il est impossible de tirer une liste exhaustive de ces traits saillants
  • le rapport entre le signifiant symbolique et ce qu’il représente est logique et compréhensible par ceux qui l’ont créé pour leurs besoins
  • mais, le symbole reste un énigme, son choix ne va pas de soi, il garde un sens caché, secret.

Toute relation humaine stable possède un référent symbolique
La relation humaine revendique un récit partagé, qui s’établit dans le temps, il ne s’agit pas d’un ″rapport de marché″ dans lequel les interlocuteurs sont interchangeables.
La relation humaine stable est fondatrice de notre identité, ″nous existons en nous racontant à nous-mêmes″ (Caillé, 2001).

L’auteur précise que le terme de récit est employé comme métaphore ici, ce récit est chargé d’expériences émotionnelles difficilement traduisibles en mots. Ce récit est une religion miniature, il devient une ″structure autoréférentielle autonome″. Il est basé sur un secret susceptible d’évolution et de modification.

Ce récit est le ″référent symbolique du système″, c’est un ″interlocuteur invisible avec lequel tous les membres du système sont, sans vraiment s’en rendre compte, en dialogue, c’est le plus un du système″. Il est une base identitaire incontournable.

Il est important que ce référent puisse parfois être interrogé, réinterprété et mis à l’épreuve. S’il devient trop imposant, il peut servir de substitut d’identité pour les membres du système, à l’image d’un régime totalitaire. Ceux-ci perdent alors leur créativité et leur individualité.
Si ce référent est trop intellectualisé, les membres ont du mal à identifier le dialogue qu’ils ont avec lui et le risque que la relation évolue vers un rapport de marché est grand.

Caillé propose de prendre l’exemple d’un couple. Quand il y a problème, c’est souvent parce que le symbolon a cessé d’être un interlocuteur fiable. Les rites sont gardés, mais sont dénués de sens. Interroger le référent symbolique ne peut se faire par la parole puisque par définition, la profondeur de celui-ci échappe au langage.

L’utilisation du référent symbolique en thérapie
Le couple venant en thérapie vient avec un problème de marché, le trouble ressenti vient du silence de l’absolu du couple. Le thérapeute ne peut avoir d’avis prédéfini sur celui-ci, il doit soumettre aux conjoints le symbole mis à mal dans le couple et le laisser à leur appréciation. La parole étant débordée de tous côtés par l’analogique, le thérapeute doit être familiarisé aux symboles pour les identifier.

″Le thérapeute est le passeur de la berge des termes de marché à celle des contenus symboliques″. Au cours du passage, le référent symbolique doit apparaître pour que les conjoints puissent le revisiter, ce sont eux qui décident de son sort. Le passeur doit juste susciter le passage, il ne lui appartient pas d’accompagner l’après-passage.

Le passeur doit pouvoir respecter des règles pour ne pas se perdre en cours :

  • différencier son espace et le domaine des passagers par un espace intermédiaire
  • séparer l’explicatif du langage du descriptif de l’analogique.
    Les objets flottants peuvent constituer la barque qui favorisera le passage. Pour le passeur, l’exploration du référent sera une découverte alors que pour les passagers, il s’agira d’une retrouvaille.
    Le passage terminé, les passagers retourneront avec un bagage transformé qu’ils prendront le temps d’évaluer avec le thérapeute un an pus tard (Caillé, 1993, 2004).

Dans la relation, le passeur différenciera le niveau des rites observés (comportements) de celui des croyances partagées (niveau mythique) par des tâches concrètes données aux conjoints. Le but sera de travailler sur l’absolu du couple en fonction de ses besoins. L’issue n’est jamais définie d’avance, et ce sera aux partenaires de décider s’ils sont prêts à modifier certains rituels. En général, le passage suscite la crativité du couple et les conjoints sont rassurés d’y apporter une contribution originale.

Caillé propose dans l’article un exemple de sculpture et de tableau de rêve que nous vous invitons à lire dans ses propres mots. Il y applique le protocole invariable qu’il a créé, à savoir deux séances communes consacrées aux sculpturations, six séances individuelles et deux séances communes, puis une séance dite de contrôle un an après la thérapie. Lors de cet entretien, il est proposé au couple d’écrire un conte du passage et de l’après passage, celui-ci ne sera jamais figé. Notre conte à chacun sera amené à évoluer et à être réécrit en fonction de nos vies.

L’auteur précise que ce parcours symbolique ne pose généralement pas de problème, quelque soit la nationalité, l’âge ou le statut social des participants.

Il conclut en signalant que ″perdre le contact avec la réalité symbolique de son couple, de sa famille, ou de tout système proche est pour l’individu un drame qui menace sa propre existence″.


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