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Contexte et isomorphisme : dans le travail de SMP et de réseau

samedi 24 juin 2006 par Rulot Géraldine

Service de consultation de Santé Mentale

Par Rulot Géraldine

Contexte de travail :

Au sein du Service de consultation où je travaille, il y a plusieurs activités : la consultation et le centre de jour. Il existe des collaborations entres ces services : par exemple, des personnes peuvent être suivies conjointement à la consultation et au centre de jour s’il y a indication.

Situation :

Monsieur, 40 ans, est en incapacité de travail depuis quelques années, pour dépression consécutive à une rupture. Il demande à être pris en charge au centre de jour où nous lui proposons un projet. Etant donné les problématiques personnelles, une prise en charge psychologique lui est proposée : c’est dans ce cadre que je le rencontre.

Limites :

Après quelques temps, nous nous rendons compte que la situation n’évolue pas. En réunion, monsieur mobilise souvent les intervenants. La question qui revient toujours est : faut-il cautionner son incapacité de travail au risque de la chronifier ou faut-il envisager une reprise rapide du travail. Dans le projet thérapeutique au centre de jour, la reprise du travail est un des objectifs à atteindre. Cette pression se ressent énormément au niveau du suivi psychologique : l’angoisse semble trop importante à ce stade et entraîne une augmentation de la consommation d’alcool. Nous sommes dans un statu quo où monsieur nous laisse décider à sa place en fonction des objectifs thérapeutiques respectifs. Après maintes discussions dans lesquelles monsieur a été inclus, il a été décidé que le centre de jour diminuerait ses exigences et que la consultation se poursuivrait. Quelques mois après monsieur se sentait mieux, avait stabilisé sa consommation d’alcool et repris le travail.

Isomorphisme :

En analysant la situation à postériori, nous nous sommes rendus compte que nous avions reproduit le fonctionnement de la famille d’origine de monsieur : un père qui a toujours été ferme et directif et une mère qui tempérait. Nous étions coincé dans un fonctionnement d’où monsieur ne pouvait sortir. Lorsque nous nous sommes désinvestis de nos rôles et que nous lui avons rendu la possibilité de choisir, monsieur a pu reprendre une place et être libéré du jeu relationnel et de ses enjeux.
V. Le réseau, partenaire et ressource de la thérapie et ses limites :

Afin de parler du réseau, nous partons d’un article qui se fonde sur la pratique de l’unité ambulatoire de traitement des troubles interactifs précoces entre le jeune enfant et son environnement « la Lice », centre conventionnée INAMI situé à Bruxelles. Sa clinique se fonde sur l’hypothèse selon laquelle « les troubles graves du développement psychique induisent et son induits par des troubles interactifs précoces entre le bébé et son environnement ».

« L’étymologie du terme réseau renvoie au latin « retis » traduit par filet, c’est-à-dire un ouvrage formé d’un entrelacement de fils » . Dans le cadre de la Lice, deux types de réseaux sont définis : les réseaux primaires et les réseaux secondaires.

Les réseaux primaires sont constitués d’individus en interaction les uns avec les autres. Les liens affectifs unissant ces personnes se sont construits lors des premières relations au sein de la famille et leur qualité influence le processus de socialisation primaire de l’enfant.

Les réseaux secondaires sont constitués par les institutions psycho-médico-sociales. Les familles reproduisent généralement leurs problématiques vécues au sein des réseaux primaire sur le plan des réseaux secondaires. A une moindre échelle, l’équipe pluridisciplinaire est une forme de réseau secondaire.

Dans la pratique, un réseau se crée avec d’autres équipes, d’autres intervenants, tout en veillant à ce que les parents et l’enfant soient partenaires de l’élaboration du projet et que le réseau se constitue à partir de leurs besoins et savoirs et non pas de leurs limites. Ainsi, les intervenants parlent « avec » la famille au lieu de parler « d’ » elle, afin d’éviter « la création d’un réseau trop serré entre les professionnels qui aboutirait à un contrôle des personnes, incompatible avec le maintien de l’expression de la subjectivité » .

Bantman et Dufour-Zelmanovitch (1995) font la distinction entre des fonctions différentes au sein du réseau : la fonction soignante (qui aborde le psychisme du patient) et la fonction sociale (qui s’occupe de la quotidienneté matérielle de sa vie). Un des risques du travail en réseau est de le confondre avec une de ses fonctions, le support social. Les fonctions soignantes et sociales doivent être à la fois différenciées et articulées et « la réflexion doit porter sur cette articulation : articulation de la pensée, articulation des intervenants, articulations des lieux et des structures, articulation des administrations compétentes » . Cette différenciation des places au sein d’un réseau « articulé » va permettre aux membres de la famille d’expérimenter une nouvelle façon d’être en relation . Pour que les différentes positions puissent s’articuler, il est nécessaire que se dégage un langage commun. Cependant, complémentarité et langage commun ne signifient pas une « horizontalité » absolue où chacun aurait connaissance de tout et pourrait se substituer aux autres intervenants.

La première fonction que remplit le travail en réseau est celle de « l’accès aux familles » . Un autre intérêt de l’intervention en réseau est d’offrir à la famille une prise en charge souple et sécurisante qui respecte sa dynamique propre. Prise en charge qui évite aux intervenants de participer inconsciemment à un processus de répétition en étant entraînés malgré eux dans une pathologie du lien.

Le support social fourni par le réseau secondaire est en fait une fonction de suppléance du réseau primaire qui vient « pour un temps » remplacer sinon seconder le réseau primaire avec, pour objectif, de mobiliser les ressources de la famille et de son entourage et de petit à petit, étoffer ce réseau et mettre en place des relais.

Une lecture du travail en réseau - J.M. Lemaire

Jean-Marie Lemaire nous propose une lecture du travail avec les familles en détresse. Il aborde la question des interventions morcelées auprès de ces familles. Il qualifie ces interventions de déconcertantes lorsqu’elles s’articulent et mettent en premier plan les dysfonctionnements, les diagnostics de pathologie d’une famille pour laisser en arrière plan les ressources résiduelles. Par « ressources résiduelles », l’auteur entend les ressources qui s’inscrivent sur un fond impressionnant de déficiences, de détresses et de souffrances.

Son hypothèse se base sur les situations où les familles mettent tout en place pour mettre plusieurs intervenants en concertation alors que les intervenants travaillent sans se concerter. Nous avons tous à l’esprit au moins une situation où le SAJ, la justice, un service social sont interpellés par une famille sans pour autant se contacter. Néanmoins, une distinction peut être faite entre communiquer et se concerter. Selon J.-M. Lemaire, ces familles nous invitent à nous concerter, ce qui l’amène à proposer des cliniques de concertations. « Déconcertés par les interventions morcelantes que sont souvent les consultations proposées ou imposées aux membres des familles en détresses multiples, nous avons cédé aux familles et fait preuve de compliance pour nous engager dans les cliniques de concertation ».

Une question subsiste sur ce qui fera l’objet de ces cliniques de concertation. Si J.-M. Lemaire nous donne un premier élément de réponse, nous avons choisi de considérer dans ce même point, le point de vue de Jacques Miermont. L’objectif de la concertation est de réunir les intervenants avec la famille afin de partager différents points de vue. Cette concertation ne signifie pas d’abandonner sa place particulière d’intervenant mais elle devrait permettre d’identifier la place de chacun avec ses spécificités propres dans l’idée de J. Miermont. Nous pouvons dès lors imaginer que reconnaître les différences et les ressources de chaque intervenant aura pour conséquence d’aider la famille à reconnaître les différences de ses membres et les ressources de chacun, la ressource de la famille étant sa force convocatrice.

Références :

(1) Benoît J-C. et al. (1988) : Dictionnaire clinique des thérapies familiales systémiques, ESF, Paris.

(2) Dessoy E. (2000) : « Isomorphisme et changement, commentaires à l’étude de cas du petit Jean. » L’Homme et son milieu. Etudes systémiques.

(3) Schröd H. (2004) : « Violence potentielle des professionnels en lien avec différents contextes », Revue Thérapie Familiale, Vol.XXV, N°3, pp. 323-338

(4) Beaujean J. : « Comment l’équipe peut-elle favoriser la rencontre thérapeutes-patients ?, http://www.systémique.org

(5) Beaujean J. (1999) : « Pouvons-nous apprivoiser notre insécurité ? Comment se pose la question du secret dans notre famille ? », Journal du Droit des Jeunes, N°189, novembre 1999.

(6) Lernout N. (2005) : « Comment utiliser le phénomène d’isomorphisme entre le système familial et le système des intervenants lors d’un placement en institution pour favoriser le changement sollicité ? », Thérapie familiale, Genève, 2005, Vol.26, N°2, pp.197-212.

(7) Meynckens-Fourez, M. (1993). Les premiers entretiens systémiques. Les cahiers de psychologie clinique. De Boeck Université. Vol (1). pp. 57-71

(8) Neuburger, R. (1984). L’autre demande. Paris : Editions ESF.

(9) Lemaire, J.-M. (2000). Les interventions déconcertantes. In Violence et contexte. Cahiers critiques de Thérapie familiale et pratiques de réseaux€. pp. 31-43.

(10) Miermont, J. (30 mai 2006). Conférence organisée par le CFTF dont le résumé se trouve sur ce site.

11 Michèle CAULETIN, Claudie DIDIER SEVET, et Bernard Masson.Ressources et compétences des contextes d’intervention. Thérapie familiale, Genève, 2004, Vol.25, N°3, pp. 283-292.


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