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La différenciation peut-elle nous priver d’autonomie ?

jeudi 1er juin 2006 par beaujean , Neirynck Isabelle

La différenciation peut-elle nous priver d’autonomie ?

Un élargissement conceptuel du terme différenciation est intéressant en regard des concepts d’autonomie, de dépendance, de soumission ....

Différenciation (Bowen)(voir aussi Bolwby : terme périmé ? actuellement le terme d’autonomie est souvent utilisé.

« Pour se différencier, l’individu doit, dans ses échanges avec l’extérieur, délimiter et accroître un espace personnel » (cf Miermont, Dictionnaire des thérapies familiales).

La différenciation se négocie au contact des autres êtres humains ; l’inter-dépendance humaine crée le ciment social et la transmission du savoir. En développant son « Je », son soi de base, l’individu devient un « moi » plus ou moins « autonome », c’est-à-dire ayant ses propres croyances, certitudes, intentions, projets, et qui peut se différencier encore davantage au fil de ses expériences et rencontres, c’est-à-dire par un élargissement de son système relationnel, la multiplication de ses inter-dépendances.

L’organisme ne peut construire son individualité - et donc son « autonomie » - que par un accroissement de ses modalités relationnelles, de ses dépendances, qu’elles soient biologiques, psychologiques, sociales ou culturelles. Et ce sont les ressources disponibles dans le milieu environnant qui conditionnent la dépendance : on devient dépendant en exploitant une possibilité du milieu (et non l’inverse). L’autonomie peut alors être considérée comme la capacité de gérer ses multi-interdépendances.

Les relations d’un individu avec les systèmes dans lesquels il est actif sont faites d’inter-dépendances multiples ; l’autonomie concerne la capacité de gérer ces multi-dépendances (à devoir choisir, on doit fatalement faire preuve d’esprit de décision et donc d’autonomie), c’est de se rendre apte à gérer un certain nombre de problèmes.

Cependant, ce processus de différenciation entraîne un certain nombre de problèmes à résoudre pour l’individu. Neuberger décrit dans son livre « Les territoires de l’intime » les différents avatars auxquels peuvent être confrontés les personnes dans la construction de leur individuation, personnelle, de couple ou familiale : support familial trop fragile ou trop rigide pour permettre la différenciation, limites des territoires intimes non respectées, perméabilité trop grande ou trop faible......

Bowen propose une échelle de différenciation du self, de l’indifférenciation à la « différenciation de base suffisante », permettant alors un accès à une vie sociale.

Cette base suffisante reste une différenciation qui ne suscite pas le rejet des autres. Le désir massif d’évacuer les différences est dominant (cf par exemple la confrontation des modèles). Il apparaît bien plus confortable d’être le plus possible « comme tout le monde », que ce soit en ce qui relève des signes extérieurs (habillement...) ou de ce qui constitue l’« être intérieur ». Lorsqu’aucune différence majeure n’est apportée, cela se passe très bien. Il est plus facile de se confondre avec la masse du plus grand nombre que de s’en démarquer sans se mettre en opposition.

Plus les différences existent (même très petites), plus les problèmes se posent. Les différences affichées peuvent amener à entacher l’autonomie même de la personne « différente ».

Par exemple : les inventeurs scientifiques - qui par définition inventent, donc apportent des différences - sont régulièrement mis au pilori.

Les surdoués sont souvent marginalisés, considérés comme peu sociables. Un politicien qui s’écarte de la ligne de son parti ou de la politique en cours risque gros également.

Dans les équipes, une différenciation trop prononcée est réprimée (= manque d’esprit d’équipe), parfois jusqu’à l’exclusion.

Ainsi, trop de différenciation crée une marginalisation qui peut entraîner alors une perte d’autonomie, voire une exclusion du système : entre autres, une disqualification menant à une position de bouc émissaire, une véritable mise à l’index ne permettant plus de jouer un rôle actif dans le système (cf par exemple le « syndrome de Diogène »)....

Les pionniers de la thérapie de famille en ont fait souvent les frais. S’ils ne prennaint pas garde à prendre leur temps pour informer les autres, lever les fantasmes persécutifs contre cette nouvelle forme de thérapie, ils étaient in fine empêcher par le groupe d’utiliser leurs connaissances.

Ce concept de différenciation est très utile pour réfléchir sur la position de l’intervenant dans le fonctionnement de l’équipe :

  • comment être soi-même sans être exclu ?
  • qu’en est-il de l’autonomie des thérapeutes ?
  • de celle des patients ?
  • des ruptures dans le processus de différenciation ?

Dans le contexte clinique, révolte, autonomie, différenciation sont toujours mal vus des soignants.

Différenciation ne peut se concevoir non plus sans questionner la « trahison » ou la culpabilisation qui y sont liées.

La différenciation est vécue comme dangereuse par le système (être « contre » l’institution, ou des commentaires comme « cette personne ne devrait plus être dans cette institution ».... Les changements d’états s’articulent autour d’une culpabilisation, rarement générée quand on reste conforme...


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